Sarkozy, Hollande, Macron et le zonage national

Alain Badiou avait parfaitement définit les nouvelles stratégies des puissances impérialistes en Afrique et au Proche-Orient.

Considérant qu'il est trop laborieux de piller les autres par l’intermédiaire d’États, de lourdes bureaucraties établis par leur soins dévastateurs, toujours des dictatures explicites ou maquillées en démocraties, les hydres impérialistes ont initié "le zonage" des territoires à spolier.

De quoi s'agit-il ? Piller en douce à la faveur de guerres permanentes entre leurs propres armées et divers groupes qu'ils s’ingénient à faire prospérer (vente d'armes) et se battre entre eux également, les montant les uns contre les autres à partir de provocations de tout type (aggravation de tensions anciennes, de privilèges accordés à l'un et non au voisin....).

C'est la stratégie de la guerre de tous contre tous. Et si la toute puissante armée américaine n'en a toujours pas fini avec les petits talibans d'Afghanistan, c'est aussi parce qu'elle n'a pas intérêt à en sortir.

Parmi ces groupes, on retrouve invariablement les loyalistes des États attaqués, des gens de la population extrémisés par les violences qu'ils ont subies, des ensembles sociétaux, religieux dont les conflits ont été exacerbés par les néo-coloniaux ou profitant de la situation. Il y a en outre des mercenaires officiellement à la solde de ces derniers parfois présentés comme ennemis politiques ou civilisationnels pour des raisons de politique interne, ou véritablement hostiles, œuvrant pour les puissances concurrentes....

En définitif, un chaos guerrier qui justifie la présence éternelle des forces impérialistes, un désordre criminel excepté dans les zones dont il faut retirer les richesses et qui sont sécurisées soit par leurs forces, soit par des mercenaires locaux, encore une fois pour certains désignés, mais c'est un mensonge, comme l’ennemi juré : c'est l'exemple bien connu de Daesh et Lafarge

Il est évident que c'est, pour l'heure toute proportion gardée, la même stratégie que les dernières présidences françaises et leurs gouvernements ont en tête pour nous. Elles souhaitent de la sorte satisfaire leurs objectifs violents de transformation des cultures dans le cadre de toujours plus d'intégration européenne et in fine américaine, de l'écrasement économique du plus grand nombre et de matraquage identitaro-culturel des minorités.

Les oligarchies ont établi leur zonage : l'imposition européenne, ses exigences économico-financières, les réformes structurelles très violentes, consécutives en maints domaines (notamment les privatisations des services publics), l'organisation d'une société active d'indépendants, de contractuels, la fiscalité en faveur des très riches, l'encouragement à l'évasion fiscale, le matraquage fiscal des autres, la réduction des prérogatives de l’État au profit des collectivités locales, la gentrification de la société..

L’État détient l'exclusivité en matière de violence légale et de forces armées aux ordres. Les failles du genre humain, l'individualisme forcené, le désir de violence, les complexes de supériorité hiérarchique, économique, n'épargnent pas les populations qui en grande partie apportent, malgré les conséquences négatives pour elles-mêmes, leur caution à ses méthodes lors des élections et génèrent les accablantes et violentes divisions sociales, sociétales, culturelles que l'on constate, profitant d'une dépénalisation officieuse, mais réelle de bien de délits.

L’État profite de cette situation pour pratiquer ses politiques injustes et inconséquentes en contenant les réponses sociales et sociétales de manière à ce qu'elles se dirigent non pas contre lui, mais dérivent en conflits populaires.

Et c'est ce que l'on constate lors des grandes grèves et autres blocages, quand bien même ces dernières initiatives peuvent apporter des solutions à l'échelle des entreprises : les oligarchies et l’État sont épargnés, les directions restent en place, les populations entrent en conflit interne. 

Dans le but d'attirer la pitié des puissants, untel empêche le membre de sa famille, son voisin de continuer son quotidien, eux qui n'en pensent pas forcément moins, mais qui ont aussi leurs contraintes. D'autres effraient les gens qui veulent passer et qui paniquent commettant l'irréparable. Les tensions désinhibent les haines culturelles outrancièrement encouragées par les puissants. On en vient à des actes racistes.

C'est pour partie le défouloir d'une violence intra-populaire qui résulte en réalité de l’impossibilité d'atteindre les décideurs et leurs hommes de mains.

 

 

 

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