Revendications des gilets jaunes : quelle place pour l'étranger ?

Les gilets jaunes viennent de publier via leur délégation une liste de revendications qu'ils considèrent sans doute eux-mêmes comme une ébauche.

L'étranger y est évoqué. A travers quelles mesures ?

"Fin du travail détaché. Il est anormal qu’une personne qui travaille sur le territoire français ne bénéficie pas du même salaire et des même droits. Toute personne étant autorisée à travailler sur le territoire français doit être à égalité avec un citoyen français et son employeur doit cotiser à la même hauteur qu’un employeur français."

"Que les causes des migrations forcées soient traitées."

"Que les demandeurs d’asile soient bien traités. Nous leur devons le logement, la sécurité, l’alimentation ainsi que l’éducation pour les mineurs. Travaillez avec l’ONU pour que des camps d’accueil soient ouverts dans de nombreux pays du monde, dans l’attente du résultat de la demande d’asile."

"Que les déboutés du droit d’asile soient reconduits dans leur pays d’origine."

"Qu’une réelle politique d’intégration soit mise en œuvre. Vivre en France implique de devenir français (cours de langue française, cours d’histoire de France et cours d’éducation civique avec une certification à la fin du parcours)."

 

La première évocation renvoie au contexte européen et cette mesure de Bruxelles du "travailleur détaché". Elle exige une égalité de traitement économique entre tous les travailleurs de France. Mais au-delà, c'est pour l'ensemble des étrangers, d'Europe et du monde, puisque "toute personne" doit jouir de cette justice professionnelle.

Transition est donc faite avec le cas des étrangers extra-européens

La première mesure concerne logiquement les causes des migrations forcées qu'il faut régler. Et lorsque l'on sait quelle souffrance cela peut être que de quitter ses racines, sa vie, ce n'est pas être fasciste que d'admettre cette nécessité. Mais cet humanisme ne parle pas à tout le monde et "régler les causes des migrations" stimule aussi les vilains.

On aurait par conséquent aimé que ces causes soient définies, nous donnant une idée de ce que pense la délégation du mouvement. S'il faut y voir les contextes politiques et économiques, les problèmes environnementaux, les guerres, y apporter une solution  demande d'en désigner les origines. Précisément, ce n'est pas la même chose de considérer que les peuples qui migrent sont seuls responsables de leurs dirigeants et conditions de vie, comme on le lit souvent, ou que les grandes puissances qui se disent souvent démocratiques y jouent un rôle fondamental. Ce n'est toujours pas la même chose d'affirmer que c'est l’Islam qui cause les massacres des conflits comme on nous le rabâche incessamment ou bien que ces derniers sont les résultats, sous alibis fallacieux, des politiques impérialistes des Occidentaux et de leur alliances internationales, notamment capitalistes et puissantes, ou encore russe ou chinoise et autres...

Les gilets jaunes appellent-ils à la fin des soutiens français à certaines dictatures, à cesser ses guerres civilisationnelles, au profit d'une aide militaire et politique sur le long terme à l'établissement réel de régimes démocratiques, stables, décidée à se battre enfin contre ceux qui tuent pour leur compte et/ou celui de tiers leurs semblables souhaitant vivre normalement ?

Appellent-ils la France à cesser ses ingérences économiques et financières criminelles ?

Au contraire, espèrent-ils un regain de contraintes et guerres impérialistes au nom du "Bien", sur fond de mensonges historiques, à force duquel les peuples qui migrent seraient tenus rester chez eux, de supporter les tyrans, l'indigence ?

Les mesures suivantes ne permettent pas de répondre à cette interrogation tant elles sont contradictoires. L'une conseille le bon traitement humain, alimentaire, scolaire des demandeurs d'asile avec, cependant, l’assignation vraiment pas souhaitable à vivre dans des camps, tandis que l'autre renvoie le débouté dans son pays d'origine au mépris total des risques potentiellement mortels qu'il encourt !

La dureté de cette dernière proposition fait comprendre pourquoi nulle dénonciation de la chasse aux sans-papiers et son climat de racisme consécutif  n'apparaît dans ce texte !

Une fois l'étranger admis à vivre en France, nous retenons d'une mesure précédente qu'il doit jouir des mêmes droits professionnels. Egalement sociaux lorsqu'il est dit ailleurs "Même système de Sécurité sociale pour tous, y compris artisans et autoentrepreneurs" ? L'étranger doit également s'intégrer, à savoir apprendre le français, l'Histoire de France, connaître les principes civiques en vigueur ici et passer un examen certifiant ces acquis.

Il est intéressant et heureux de constater qu'être "français" se borne à connaître la langue officielle, l'évolution du pays, le droit civil. Il n'est pas réclamé au nouveau venu de s'assimiler, à savoir d'être en tout à l’identique du citoyen français, traditionnel, calqué sur l'une des cultures "nationales". On ne note donc nulle xénophobie manifeste, cette hostilité maquillée en vertueuse "assimilation" dont les médias français se font trop souvent le relais. La religion n'est pas évoquée, ce qui est une bonne chose, en particulier en ces heures de haine anti-musulmane et d'un certain renouveau de l'antisémitisme traditionnel qui animent de nombreuses consciences.

L'absence d'une mesure pourtant emblématique, très discutée, le droit de vote aux élections locales, voire nationales, montre tout de même la volonté de maintenir l'étranger admis à vivre ici comme une personne à part !

 

 

 

 

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