Mélenchon parle de la paix dans sa conférence de presse impromptue

Hier au soir, Jean-Luc Mélenchon a fait une courte conférence de presse improvisée pour parler de cette "mauvaise journée". En attendant que tous les journaux en fassent leur "une", il nous a prévenus que nous étions désormais sous les ordres d'un "Quartier général européen de la défense" sans qu'aucune instance n'ait été consultée.

Ce qui est bien, avec Jean-Luc Mélenchon, c'est que lorsqu'il est content, ça se voit et quand il est triste ou préoccupé, ça saute aux yeux. Il était triste après le vote sur le CETA, il était triste ce soir lors de sa conférence de presse. Et alors, c'est un peu communicatif... Ah, voilà le pouvoir du gourou, diraient certains. "Le grand chef est malheureux, donc, tous ses adorateurs sont malheureux" (je l'écris tout de suite, comme ça, on économise du temps). Mais n'est-il pas souhaitable de pouvoir partager quelques émotions et pas seulement des mots avec quelqu'un qui parle pour nous, quelqu'un avec qui on voudrait faire un bout de chemin, fût-il politique et par ondes interposées. Cela implique que l'on croie à la sincérité, à la spontanéité d'un homme politique. Pas facile avec toutes ces "affaires" qui nous polluent presque chaque jour. Vraiment, on peut remercier  tous ces inconscients qui nous font dire: "Tous pourris". Tous ? Je ne le crois pas, sachant qu'on se trompe toujours lorsqu'on  généralise (les... sont...). Je sais qu'il y a de tout, comme dans ma rue, comme dans mon village, comme dans ma profession mais j'aime cette phrase du Professeur Jacquard (je crois)  qui disait: "à la fin, ce sont les bons qui gagnent", même s'il faut du temps.

Que partagent les soutiens de Fillon ou de Le Pen avec leur candidat pourtant soupçonné, sinon d'être malhonnête, du moins d'être immoral? Est-ce de l'intérêt (il défend mes intérêts et tant pis pour les autres)? Est-ce de l'orgueil (je ne peux pas m'être trompé à ce point)? Est-ce de l'affection (quoi qu'il ait fait, je l'aime quand même)? Beaucoup, parmi eux doivent être encore incrédules et c'est forcément douloureux.

Heureusement, mes réflexions, mes choix m'ont portée vers les idées de la France insoumise et il est plus facile de parler d'empathie avec un homme qui, au moins, a toujours été de gauche et ne vient pas de se "refaire une virginité". Il n'est pas un gourou, ni un chef de bande . En tout cas, je ne le vois pas comme ça. Il y a lui et il y a son équipe, ses sympathisants qui dégagent un enthousiasme "rafraîchissant" (comme dirait un certain M. Gattaz...) et une compétence joyeuse et communicative. Une association de gens dont on sent qu'ils veulent tout simplement un monde meilleur et pas seulement pour eux-même (espérons qu'ils garderont au fil des ans cette "fraîcheur"). Mais pour n'importe quelle association d'humains, il faut un porte-parole car tout le monde ne peut pas donner son avis tout le temps. Ainsi, quoi de plus normal que de trouver un représentant intelligent  qui "fasse le poids", qui sache s'adresser aux gens, qui puisse expliquer avec clarté et simplicité des enjeux qui, sinon, resteraient inaccessibles au commun des mortels que nous sommes et si, en plus il a  de l'expérience, c'est enrichissant et s'il a de l'humour, c'est du plaisir en plus. Et le plaisir, ça compte car avant de décider de voter pour quelqu'un, il faut tout lire, tout écouter; les discours, les interventions, les universités, les meetings, du début à la fin (re-merci Internet), car on ne peut donner sa voix à l'un d'eux que si l'on est sûr de partager un maximum d'idées. Alors oui, on peut s'engager, on peut soutenir avec joie un candidat vraiment de gauche qui s'intéresse "aux gens sans importance" (dont je suis) qui leur permet d'apprendre encore et encore et de comprendre un peu mieux comment va le monde.

Alors oui, ce soir, la conférence de presse où il a parlé du "Quartier général d'une défense européenne", décidé sans quelque consultation que ce soit, m'a ébranlée. M.Mélenchon  n'est pas du genre à jouer sur nos peurs alors, si cette annonce qui, apparemment, n'a pas (encore?) fait la une des journaux l'inquiète, c'est qu'il y a une bonne raison et il a bien fait d'en parler et de nous amener, d'ores et déjà, à y réfléchir. Défense de qui? Contre qui? La guerre froide serait-elle revenue sous une forme plus tiède ou plus froide encore? Nous qui avons eu la chance de naître après la guerre, dans un pays comme la France, et de ne jamais connaître l'horreur absolue de voir un matin sur un mur une affiche annonçant : "Mobilisation générale", nous ne pouvons ignorer  ces femmes qui, étant nées au mauvais moment, ont vu partir pour deux guerres leur père, leur mari, leur frère, leur fils ni  ces hommes dont la vie a été brutalement piétinée. C'est pourquoi, étant donné que nous ne sommes pas encore "re-sortis" de l'OTAN (et que seule l'ONU est habilitée à défendre qui en a besoin), nous devons être vigilants et nous ne pouvons que mettre la paix en tête de nos préoccupations car elle est la condition nécessaire à toute proposition politique et sociale aussi alléchante soit elle.

Voilà pourquoi j'aime que M.Mélenchon soit mon porte-parole parce qu'il en a le talent et la force de conviction, mais je reste maître de ma voix au moment de voter et libre de ne pas suivre d'éventuelles consignes (qu'il ne donnera pas, ce serait décevant) pour soutenir l'un quelconque des candidats.

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