Les rêves ne meurent jamais

Je préfère dire d’emblée que je n’ai aucune légitimité pour écrire ce texte. Je ne suis ni militante, ni activiste, ni journaliste ni quoi que ce soit. Je n’ai que mon vécu et mon ressenti. Celui d’une tunisienne qui, a treize ans, a eu la chance de vivre des événements extraordinaires et qui a vingt ans a la chance de poursuivre ses études à l’étranger.

 © Hamideddine Bouali © Hamideddine Bouali

 Je préfère dire d’emblée que je n’ai aucune légitimité pour écrire ce texte.

Je ne suis ni militante, ni activiste, ni journaliste ni quoi que ce soit. Je n’ai que mon vécu et mon ressenti. Celui d’une tunisienne qui, a treize ans, a eu la chance de vivre des événements extraordinaires et qui a vingt ans a la chance de poursuivre ses études à l’étranger.

Aujourd’hui, cela fait sept ans qu’un certain Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu embrasant le pays tout entier. La suite des événements, nous la connaissons tous et toutes. Certains l’appelleront la révolution du Jasmin, d’autres le printemps arabe,  d’autres encore préféreront les théories complotistes. En réalité, peu m’importe.

Sept ans plus tard, le monde a bien changé. La Libye n’est plus un état, la Syrie est en ruine, les morts ne se comptent plus, les cadavres s’entassent et les réfugiés aussi. Le terrorisme, le rejet et la haine s’exportent plus facilement que n’importe quelle denrée. Les frontières se referment, les enfants se noient et les noirs se vendent dans des marchés d’esclaves. Tel est l’état de notre monde, sept ans après.

Mon pays, n’échappe pas à cette morosité ambiante. L’unique avantage qu’on a pu tirer de cette révolution est ceci. Le fait que de cette chambre d’étudiant, un jour de pluie, je puisse vous raconter ce que je vous raconte. Alors je fais la seule chose que je suis capable de faire, je vous écris.

Bouazizi a été le premier d’une longue liste.  Aujourd’hui encore, les flammes continuent de brûler les corps calcinés d’hommes et de femmes qui n’ont pas trouvé mieux pour fuir la misère, le froid et la faim. Et quand certains brûlent, d’autres se noient. Sous le bleu paisible de cette méditerranée  que je chéris tant, se cache un cimetière qui a englouti les corps perdus et les rêves désenchantés d’une jeunesse désabusée.

A cette jeunesse incomprise je dédie ces quelques lignes. A mes amis, a mes camarades et à ceux qui ne liront jamais ceci.  A ceux à qui les générations précédentes préfèrent adresser de grands discours moralisateurs plutôt que de tendre la main, à ceux qui croupissent dans des cellules surpeuplées pour un joint ou un test d’urine trafiqué. A ceux à qui on a interdit d’aimer, à ceux qui s’aiment quand même en cachette, a ceux qui affrontent tous les jours le rejet, à ceux qui supportent quotidiennement la laideur de ce monde hostile, à ceux qui ont perdu espoir et à ceux qui continuent d’espérer, à ces rêveurs, aux « fainéants », aux utopistes… notre tour viendra. الحلمة عمرها ما تموت[1]

 

[1] Le rêve ne meurt jamais

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