Et si elles étaient heureuses?

Le débat sur les femmes voilées, les propos de Mr Blanquer et autres hommes réticents ou opposants fermes au port du voile montrent deux choses. D'une part une méconnaissance de la complexité de ce qui détermine un comportement, et d'autre part un mode de pensée patriarcal.

Les comportements, les idées, les choix de chaque individu ne sont qu'un mélange complexe d'éducation, de moral, de traditions, d'inconscient, de conscient, de croyances rationnelles, irrationnelles, de convictions personnelles.... Considérer le port du voile comme étant exclusivement le fruit de la soumission des femmes est trop réducteur. Il y a probablement autant de raisons de porter le voile que de femmes voilées. Si certaines se voient imposer cette pratique, cela n'est probablement pas le cas de toutes. Pudeur, croyance, tradition, identité, provocation, respect, conviction religieuse, habitude.... sont autant de déterminants pouvant expliquer qu'une femme décide seule, en toute liberté, de porter le voile. On ne peut pas condamner ou interdire un comportement, un choix de vie, sous prétexte que l'une des multiples raisons déterminant ce choix ne correspond pas à "nos valeurs". Car, dans ce cas, que dire d'une femme qui choisit d'arrêter de travailler pour s'occuper de ses enfants, laissant à son mari le soin de gagner de l'argent. Ce choix est peut-être motivé en partie par un modèle de vie patriarcal (qui en dit long sur la condition féminine) mais, peut-être aussi par des questions pratiques d'organisation, une envie personnelle, des questions financières, des questions d'éducation.... Après tout, peu importe, tant que ce choix est libre et éclairé. Personne n'aurait idée de lui interdire ce choix sous prétexte qu'il correspond à un modèle patriarcal posant alors des questions sur la condition de la femme, et remettant en cause l'égalité homme/femme... Peu importe les motivations conscientes, inconscientes et les influences sociales de ces choix, ces femmes ont leur libre arbitre.

De la même manière, que pourrait-on dire de nos choix vestimentaires? Ne sont-ils pas soumis, en grande partie, à la pression publicitaire, à la mode, à notre statut social, à la pression des magasines, des "amis" sur twitter, instagram... Voilà des pressions sociales tout aussi envahissantes et déterminantes dans nos choix que celle du modèle patriarcal. Est-ce que cette pression est souhaitable dans notre société ? Il y a t'il une pression qui soit plus noble qu'une autre, qui réponde mieux à nos fameuses "valeurs"? Personne ne pense supprimer les publicités, les réseaux sociaux, ou empêcher les gens d'acheter car ils agissent, en partie, sous la pression et le dictat de la mode et des réseaux sociaux ? Nous avons notre libre arbitre, nous pouvons décider d'acheter ou non.

Pourtant, d’après Mr Blanquer, le voile ne serait pas "souhaitable dans notre société". Ce qu'il "dit sur la condition féminine n'est pas conforme à nos valeurs".


Ce qui parait important c'est de nous questionner, nous, tous, individuellement, hommes, femmes, croyants, non croyants, sur l'origine de nos choix, et sur les très nombreuses raisons qui nous poussent à agir. Puis ensuite,  l'important est d'avoir la liberté de décider de faire ou de ne pas faire, ainsi que la liberté de changer d'avis au fil du temps en fonction de l'évolution de nos croyances, de nos influences, de nos expériences.

Ne peut-on pas considérer que la plupart de ces femmes, en France, ont leur libre arbitre et sont consentantes ? Et que, si elles ne le sont pas, il existe des lieux pour les aider? Ne faut-il pas arrêter de vouloir imposer un mode de pensée, une conduite à tenir aux femmes (que l’intention soit sois disant louable ou non)?
Aussi, n’est-ce pas surprenant qu'elles ne soient presque jamais présentes sur les plateaux de télé, à la radio pour débattre de ce sujet sachant qu'elles sont les premières concernées ? A t'on pris la peine de leur demander ce qu'elles souhaitaient et si elles se sentaient libre de leur choix?

Des hommes qui imposent une vision à des femmes sans leur demander leur avis, en considérant qu'elles n'ont pas leur libre arbitre... n'est pas une vision très patriarcale?

Et si la plupart de ces femmes étaient heureuses?

Et si on leur laissait le choix et qu’on leur foutait la paix?

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