Fichiers biométriques T.E.S et vie privée, mais qui surveille l'Etat?

La semaine dernière je vous parlais de la militarisation de la police et de son impunité augmentée, voilà qu’un nouveau chapitre s’écrit en termes de libertés publiques et d’émergence d’un état policier.

Fichiers biométriques T.E.S et vie privée, mais qui surveille l'Etat? - Yasser Louati © Yasser Louati

La semaine dernière je vous parlais de la militarisation de la police et de son impunité augmentée, voilà qu’un nouveau chapitre s’écrit en terme de libertés publiques et d’émergence d’un état policier.

Pendant que chacun prenait ses vacances de la Toussaint, notre joyeux tandem tandem Jean Jacques Urvoas et Bernard Cazeneuve ont fait passer en douce une mesure qui met en place un nouveau fichier biométrique pour toute la population.

Alors, jusqu’ici on avait le fichier des délinquants et leurs délits, maintenant on va avoir un fichier des gens honnêtes et puisqu’on a rien à leur reprocher, qu’est ce qu’on va mettre dans ce fichier TES « Titres électroniques sécurisés »

L’état civil
Couleur des yeux
Taille
Adresse
Filiation des parents
Image numérisée du visage
Empreintes digitales
Signature numérisée
Adresse mail
Numéro de téléphone
Tarif du timbre payé
Et même le code de connexion internet lorsqu’on fait la demande de passeport ou de CNI en ligne.

Et qui pourra utiliser ces fichiers TES? Le Ministère de l’intérieur, la police nationale, la gendarmerie, les services de renseignement, les préfectures, la direction central de  la police judiciaire et donc par conséquent Interpol et le système d’information de l’espace Schengen.

Quand on combine ce fichier TES avec la loi sur la surveillance passée en Juillet 2015 pour enregistrer toutes nos conversations téléphoniques ou en ligne, les sites que nous visitons, les livres que nous achetons, nos messages sur les réseaux sociaux, les films que nous regardons, les personnes que nous contactons et à quelle fréquence, l’installation de micros dans n’importe quel domicile sans passer par le juge; on ne peut plus dire que nous vivons dans un  état de droit et de libertés mais sous l’autorité d’un état libre de toute contrainte.

Pour info, la seule fois où la France a établi un fichier général de la population, c’était sous Vichy, en 1940.

Avec le projet de déchéance de nationalité voilà une deuxième mesure sous un gouvernement de gauche qui nous renvoie à la collaboration.

Pour les naifs qui voudraient croire qu’une telle base de données serait inviolable, je rappelle qu’en   2006, une base de données similaire avait été volée au gouvernement Israélien et…et… mis en ligne, rien que ça.

De leur côté, le Conseil national du numérique (CNNum) et dans une moindre mesure la Commission Nationale Informatique et Libertés ont étrillé le projet

Mais comme toujours, le problème ne vient pas des hauts fonctionnaire mais de nous même.

Qui ne s’est jamais dit: “je m’en fiche, je n’ai rien à cacher”
Et oui personne n’a tellement rien à cacher que personne ne met de verrous à sa porte, de rideaux à sa fenêtre, de codes à ses comptes Facebook, twitter ou à sa carte de crédit.

Est ce qu’on a le même comportement dans notre intimité et en public? Et si je vous dis qu’avec cette surveillance de masse, on risque de ne plus avoir d’intimité?

Donc quand on combine, loi de surveillance, fichage de la population, surarmement de la police et opacité de l’état avec en plus la répression de l’état d’urgence, je me pose une question;

Mais au fait, si l’Etat nous surveille qui surveille l’Etat?

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