De l'urgence de désobéir

« la loi n‘a jamais rendu les hommes un brin plus justes, et par l’effet du respect qu’ils lui témoignent, les gens les mieux intentionnés, se font chaque jour les commis de l’injustice ». Une des conditions de la désobéissance civile, c’est qu’il y ait prise de conscience et je doute qu’il faille faire un dessin aux uns et aux autres pour prendre justement conscience.


Via Meltingbook.com
Chronique du 23.01.2017 sur le Grand Forum de Radio France Maghreb

[AUDIO] Désobéissance Civile: De l'urgence de désobéir © Yasser Louati


Je vais vous surprendre en citant Bruno Le Maire, qui, malgré son discours de petit bourgeois raciste, a quand même réussi à dire quelque chose que j’estime être vraie:

“Notre système politique est à bout de souffle. Le miracle, c'est que la France tienne encore debout. Je mesure votre soif de renouveau.” fin de citation

Il avait bien raison le bruno même s’il proposait les pires solutions.

La grogne gronde de toutes parts et avec elle la défiance qui s’exprime par des taux d’abstention record, des manifs, des grèves, des tirades sur les réseaux sociaux ou encore par un vote dit “contestataire” pour une bourgeoise qui vit dans un chateau et prétend défendre les classes populaires, ou encore, se dresse pour défendre la patrie en se faisant financer par la Russie.

Puis il y a la majorité silencieuse, ouvriers, habitants des quartiers populaires, minorités religieuses et oui les musulmans sont toujours première ligne, populations racisées, classes moyennes menacées par le racket organisé de l’Etat, qui tous sont démunis face à une république bourgeoise qui les assomme de taxes et impôts tout en détruisant le service public à commencer par l’école et la santé.

Avec la crise des réfugiés qui sont poussés à risquer leur vie pour venir vivre avec nous, en plus de les avoir déshumanisés, voilà qu’on a inventé le délit de solidarité avec des procès pour l’exemple comme pour les militants Houssam el Assimi ou Cédric Herrou.

Quant à nos derniers remparts pour défier la corruption qui gangrène nos institutions ou les multinationales,

la guerre est déclarée non pas à leurs délits et crimes, mais contre les lanceurs d’alerte qui risquent leurs carrières et parfois même leurs vies pour dénoncer l’inacceptable.

Avec l’état d’urgence et la batterie de lois sécuritaires passées sans débat, celui qui remportera la prochaine élection présidentielle héritera d’un état encore plus opaque, un appareil sécuritaire plus puissant que jamais avec une impunité rendue encore plus légitime, un parlement qui confirme être la maison des laches qui refusent de questionner les choix de l’exécutif comme on l’a vu avec les renouvellement successifs de l’état d’urgence.

Lorsque ceux qui décident en notre nom ne sont plus fichus d’agir dans notre intérêt, j’estime pour ma part que pour sauver l’intérêt commun, leur désobéir devient une obligation morale.

C’est un secret pour personne qu’une loi n’est applicable que si tout le monde s’y soumet. Mais alors que deviennent des lois injustes, que tout le monde s’accorde à dénoncer et que personne ne respecte; sont-elles toujours applicables?

Que faire lorsque ni la raison, ni la morale ni la simple envie de vivre en paix dans une société juste, ne suffisent à justifier cette soumission à un Etat raciste, une élite corrompue et des institutions qui ne jouent plus leur rôles?

Un décideur ne peut décider sans notre consentement. Une injustice ne peut perdurer sans notre silence. Un gouvernement ne peut appliquer des lois ouvertement injustes sans notre soumission.

Je rappelle que ce qu’ont tente de nous enlever, de l’égalité citoyenne (sur papier je vous l’accorde)  à l’Etat providence, n’ont été acquis qu’aprés des luttes amères.

Or voilà que pour rester au pouvoir, les enfants du système osent se présenter comme les porteurs d’un programme…antisystème. Les mêmes qui squattent les bureaux de la république et qui pour la plupart ne connaissent pas nos peines, s’érigent donc en sauveurs contre des injustices qu’ils ont eux mêmes alimentées.

Et quand bien même, ils en arrivent à être trainés devant les tribunaux, riches et puissants se retrouvent soit devant des cours spéciales pour être acquittés comme on vient de le voir avec Christine Lagarde reconnue coupable de négligence, mais, mais…dispensée de peine; 

soit tout bonnement blanchis, comme vient de l’être la famille Wildenstein pourtant accusée par le parquet, je cite, de la «fraude fiscale la plus longue et la plus sophistiquée de la Ve République».

Meme le ministre de la justice Jean Jacques Urvoas reconnaissait que la classe politique refuse que la justice soit autonome.

Quand l’indignation atteint des sommets, on peut soit se résigner et renoncer, soit reprendre son destin en main et retirer aux décideurs leur légitimité et ne plus accepter leur autorité.

L’heure n’est plus à l’attente. Le prochain président ne nous sauvera pas et quand bien même il le voudrait, il n’y arrivera pas. Les forces en place sont bien trop puissantes et solidaires et nous sommes bien trop affaiblis par manque de solidarité.

Une des conditions de la désobéissance civile, c’est qu’il y ait prise de conscience et je doute qu’il faille faire un dessin aux uns et aux autres pour prendre conscience.

Quant à celui ou celle qui viendra prôner le respect de la loi, je lui rappellerai que les lois sont votées par des hommes et des femmes comme nous et qu’ils ne sont pas infaillibles ou incorruptibles. Si ces personnes se mettent au service de ceux qui, comme le disait si bien Hollande, n’ont “pas de nom, pas de visage, pas de parti, ne présenteront  jamais leur candidature et qui pourtant gouvernent”, alors la désobéissance civile n’est plus qu’une obligation morale pour sauver cette république que des bien escrocs ont prise en otage.

Un signal nous a été envoyé à travers le monde avec les manifestations en défiance à Donald Trump et à son discours fascisant.

Ironie de l’histoire, au même moment, Marine Le Pen faisait son discours sur le retour aux état nations, prouvant de fait qu’elle est prête au retour des génocides commis par les état nation européen.

Démissionner alors que les prédicateurs de haine qu’il soient de gauche comme Manuel Valls ou de droite comme les Le Pen ou François Fillon, ne nous mènera que vers un suicide collectif.

Comme le disait l’historien Howard Zinn: “les pires choses, qu’il s’agisse des guerres, des génocides ou de l’esclavage- n’ont pas été les fruits de la désobeissance, mais de l’obéissance”.

Et là je vais tutoyer l’auditeur en lui demandant, que ferais tu si tu n’avais pas peur. Que choisirais tu entre subir et désobéir?

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