Maryam Pougetoux: L'islamodiversion et les idiots utiles de Macron

Sans grande surprise, celui qui a encore une fois tiré la carte de l’idiot utile, après avoir hurlé avec les loups pendant l’affaire du burkini, n’est autre que le leader de la France Insoumise, Jean Luc Mélenchon qui estime pour sa part que la religion, comprendre l’islam, est de plus en plus visible.

Mélenchon: "C'est comme si j'arrivais avec une énorme croix" Mélenchon: "C'est comme si j'arrivais avec une énorme croix"

Après les multiples crises d’hystéries nationales des années 90 et 2000, les mamans voilées, les nounou voilées, les jupes longues, le burkini, et les multiples lois islamophobes votées dans la foulée pour interdire toute visibilité musulmane dans l’espace public, faisant de la France le seul pays ou le nombre de femmes voilées est plus important que le nombre de chômeurs ou de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, le foulard de Mennel, le foulard de Latifa Ibn Ziaten pour ne citer qu'elles, voici qu'une énième polémique autour de la tenue vestimentaire d’une femme de confession musulmane est orchestrée. Il s'agit bien entendu de Mariam Pougetoux, militante au syndicat étudiant UNEF à la Sorbonne.

Alors que le mouvement étudiant bat son plein, M6 interroge une syndicaliste s'exprimait au sujet de leur mobilisation, personne n'a retenu son propos mais l'attention s'est portée sur ce qu'elle porte sur la tête, la réduisant comme des millions d'autres femmes, à sa tenue vestimentaire.

Symbole de la suprématie blanche qui gouverne ce pays, personne n’a voulu entendre ce que la jeune femme avait à dire. Ni au sujet de la mobilisation étudiante et, symbole de cette suprématie blanche doublée d’un patriarcat primitif, la jeune femme a beau s’être expliquée au sujet de son foulard, chose qu’elle n’avait pas à faire je le rappel, tout le monde s’est écrié: “Non c’est pas vrai” et accusé la jeune femme d'être une agent de ce qu'on nomme sans le définir, l'islam politique.

Encore une fois, la polémique a  été déclenchée par un lâche aux méthodes de dégonflé plus connu sous le nom de Laurent Bouvet et son groupe de pression le Printemps Républicain. Il est vrai que la diabolisation des femmes est devenue la spécialité de la nébuleuse laïcarde française, surtout lorsqu'elles s'affirment comme de confession musulmane.

Malgrè le procédé nauséabond, qui a suivi celui qui déclarait en pleine affaire de viol “Nous sommes tous strauss-khaniens” et “balance ton mec super cool” en pleine affaire #BalanceTonPorc? Marlène Schiappa qui occupe je cite, le poste de secrétaire d’état aux droits des femmes et pour engager la responsabilité de l’état dans cette hystérie islamophobe, c’est le crypto-facho et Ministre de l’intérieur Gerard Collomb qui fait le parallèle entre port du foulard et militantisme au profit de groupes terroristes.

Il y a certes de quoi être ulcéré par la campagne de diabolisation contre une jeune femme qui devra vivre avec pour le reste de sa vie. Mais ce que cette hystérisation du débat publique révèle, c’est qu’elle est comme toutes les autres avant elles, savamment orchestrée et alimentée en plein mouvements sociaux.

Sans grande surprise, celui qui a encore une fois tiré la carte de l’idiot utile, après avoir hurlé avec les loups pendant l’affaire du burkini, n’est autre que le leader de la France Insoumise, Jean Luc Mélenchon qui estime pour sa part que la religion, comprendre l’islam, est de plus en plus visible. Le personnage en devient risible tellement sa posture d'alternative à Emmanuel Macron, le place aux côtés de ce dernier lorsqu'il s'agit d'invisibiliser un mouvement social au profit d'une hystérie identitaire.

Maintenant que le racisme anti-musulman prouve une nouvelle fois qu’il est le point de convergence de tout le spectre politique français, il faudrait se demander tout de même à qui cela profite t il. Ainsi que le déclarait un autre apôtre du Printemps Républicain -et jadis Premier Ministre de l'état d'urgence et de la déchéance de nationalité- Manuel Valls en plein mouvement Nuit Debout: “Oui il y a le chômage, oui il y a l’économie, mais ce qui compte c’est la bataille culturelle, c’est la bataille identitaire”.

L'opinion publique française n'a pas fini d'entendre parler de foulard et théories du complot sur le spectre islamique à l'assaut de la république. Emmanuel Macron est parvenu au pouvoir avec un mandat néolibéral clair: l'austérité et la précarisation des travailleurs. Tout comme la tneue vestimentaire de Maryam Pougetoux a mis en sourdine la mobilisation étudiante, d'autres débats émergeront pour permettre la destruction de la formation professionnelle, la destruction de l’apprentissage, la réforme de l’assurance chômage, la mise sous surveillance des chômeurs, le démantèlement des transports publics en la mise au pas de la société française aux intérêts du CAC 40.

Néanmoins, on aurait pourtant tort de croire que ces manoeuvres de communication politique sont anodines et que l'opinion publique française est victime du racisme de ses élites. La France joue depuis plusieurs décennies le rôle de laboratoire de l'islamophobie au point de devenir "la" référence citée par d'autres groupes de pression islamophobes exiger des législations d'exception contre les minorités musulmanes dans leurs pays. Le racisme ne provient pas seulement d'une élite profondément raciste. Si l'islamodiversion est si facile, c'est parce que le racisme structure encore les rapports entre institutions et citoyens et les citoyens entre eux.

Le martèlement des thèses islamophobes depuis bientôt une trentaine d'années après avoir remplacé le racisme primaire du Front National, a donné une respectabilité au racisme qui fait craindre que demain sera pire qu'aujourd'hui aussi bien pour les populations racisées que pour la population majoritaire.

 

 

 

 

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