Partisans de la sortie de l'UE, voilà pourquoi nous ne fêtons pas le Brexit

Nous publions ici la réponse de Ramzi Kebaïli et Yazid Arifi, membres de la campagne "Frexit de gauche", invités par l'Union Populaire Républicaine à fêter le Brexit de droite de Boris Johnson

Membres de la campagne pour un « Frexit de gauche », nous avons reçu une invitation personnelle de la part de M. Asselineau à une soirée le 31 janvier pour « fêter » le Brexit mis en place par Boris Johnson. Nous souhaitons exprimer ici succinctement les raisons de notre refus.

 

Tout d'abord, précisons que nous sommes intervenus à plusieurs reprises en faveur du Brexit, aussi bien dans des médias francophones [1] qu'anglophones [2]. Et cela aussi bien par simple respect du vote britannique du 23 juin 2016, que pour une raison politique profonde : la sortie des traités donne la possibilité aux futurs gouvernements britanniques de mener une politique alternative, une fois déliés de l'obligation juridique supra-nationale de respecter la sacro-sainte libre-circulation des marchandises et des capitaux. Un récent article de Mediapart [3] rappelait par exemple que selon certains économistes, les projets du type « Green New Deal » défendus par les partis européens de gauche et écologistes, souhaitant s'inspirer des démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, étaient tout simplement impossibles dans le carcan libéral des traités européens.

 

Or, selon nos informations, le projet défendu par Boris Johnson ne consiste pas à faire moins de libéralisme, mais plus de libéralisme. Certes, cet habile politicien a fait plusieurs promesses contradictoires pour se faire élire, mais un signe ne trompe pas : il a le soutien des financiers de la City [4]. Fondamentalement, loin de remettre en cause la libre-circulation des marchandises et des capitaux, il propose comme alternative à l'UE un traité commercial avec... les États-Unis de Donald Trump [5] ! Or le libre-échange, qu'il s'effectue avec des pays européens ou non-européens, met en concurrence les différentes économies et rend donc inéluctable des mesures d'austérité au nom de la compétitivité, qui sont toujours une catastrophe pour les droits des travailleurs et pour les protections environnementales. Quant à la politique étrangère alternative proposée par Johnson, elle consiste à pousser la soumission jusqu'à défendre l'idée grotesque d'un « Trump deal » [6] pour remplacer l'accord sur le nucléaire avec l'Iran.

 

Un Brexit libéral-atlantiste serait donc une négation totale de nos valeurs politiques, une négation des idéaux de progrès humain, d'écologie et de justice sociale que notre campagne pour un « Frexit de gauche » porte spécifiquement, mais également une négation de l'indépendance nationale que devrait partager tout opposant à l'UE. Nous entendons bien l'intention des organisateurs de cette soirée, qui vise à rassembler les partisans d'une sortie de l'UE indépendamment des projets politiques que l'on porte pour le jour d'après. La métaphore employée est celle de la prison dont il faudrait d'abord se libérer, avant de décider de ce qu'on va faire de cette liberté. Sauf que pour nous, cette analogie est incomplète car l'Europe n'est pas « la » prison unique dont la sortie signifierait la remise en liberté, mais plutôt le quartier haute sécurité de la prison libérale-atlantiste dans laquelle le Brexit de Boris Johnson garantit le maintien. En s'aveuglant sur le sens véritable de ce Brexit, l'UPR prouve selon nous l'impasse intellectuelle dans laquelle elle se fourvoie : la sortie de l'UE finit par devenir un but en soi, par-delà toute orientation politique qui motiverait ce rejet de l'UE (lui reproche-t-on d'être trop libérale, ou pas assez ?), et parfois même par-delà l'indépendance nationale s'il s'agit de se soumettre intégralement à un Donald Trump dont le bellicisme menace la planète. Nos propos peuvent paraître durs, mais ils s'appuient sur des faits facilement vérifiables. A ce titre, nous sommes d'ailleurs tout à fait disposés à en débattre avec l’UPR, afin que chacun puisse expliquer et faire comprendre les divergences fondamentales pouvant exister entre les opposants à l'UE.

 

Ramzi KEBAILI et Yazid ARIFI,
membres de la campagne pour un Frexit de gauche

Sources:

1 https://www.youtube.com/watch?v=sRplkoXVXnI
2 https://www.thefullbrexit.com/frexit
3 https://www.mediapart.fr/…/green-new-deal-comment-transpose…

4 https://www.europe1.fr/…/elections-legislatives-au-royaume-…

5 https://www.ft.com/con…/11316094-def4-11e9-9743-db5a370481bc
6 https://www.bbc.com/news/uk-politics-51104386

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