France Insoumise et internationalisme: la nécessaire mise au point

Ca y est, les chiens de garde sont de sortie. Maintenant que l’hypothèse d’une présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour de la présidentielle commence à sérieusement prendre forme, la campagne de désinformation et de diffamation vouée à discréditer la France Insoumise et son candidat a enfin pris son envol.

Que reproche-t-on exactement à Jean-Luc Mélenchon? En ce moment, essentiellement deux choses: sa conception de la politique étrangère et ses sympathies internationales inquiétantes. Jean-Luc Mélenchon serait ainsi un « Chavez français », partisan d’un alignement diplomatique et militaire de la France sur le Venezuela, Cuba, la Syrie, l'Iran ou encore la Russie.

Il est vrai que les positions de candidat des Insoumis en termes de relations internationales sont en net décalage avec celles de l’essentiel (pour ne pas dire la totalité) des candidats à la présidentielle. Ce que le candidat de la France Insoumise propose comme principe directeur de la politique étrangère française, c'est l'internationalisme bien pensé.

Les Insoumis, promoteurs d’un internationalisme intelligent

L’élément qui est présent en filigrane dans l’ensemble du programme l’Avenir en Commun, c’est la nécessité de tisser des liens d’amitié, de solidarité et de fraternité avec les peuples du monde afin de sortir de l’engrenage infernal des conflits armés qui surgissent partout sur la planète, mais aussi pour relever collectivement les défis écologiques et sociaux de notre époque.

Ceci étant dit, promouvoir l'amitié entre les peuples ne veut pas dire apporter son blanc-seing à tout ce qui traverse les frontières. Et c'est là que la France Insoumise prend ses distances d'avec la pensée altermondialiste et humaniste mainstream, prompte à avaliser toutes les "mondialisations" sans discernement. Car il faut en prendre acte: s'il est des mondialisations désirables (celles de la culture, de la science, des études...), il en est d'autres dont les peuples ne veulent pas, sans pour autant être de féroces xénophobes. Il en va ainsi de la mondialisation de la marchandise et de la finance, qui a ravagé la planète et détruit les économies nationales de tous les pays, jetés à leur corps défendant dans une lutte de tous contre tous où celui qui l’emporte est le moins disant social et environnemental.

De même, la mondialisation de la police et de l’armée doit être rejetée avec la dernière énergie, et la participation à des alliances militaires comme l’OTAN remise en question de toute urgence. Le rôle de la France dans le monde ne saurait se limiter à l’alignement servile sur les intérêts de telle ou telle puissance impérialiste. Il doit être celui d’une nation indépendante, souveraine et préconisant le respect des principes élémentaires du droit international : le droit des peuples à l’autodétermination et la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres nations.

Les interventions armées pseudo-humanitaires, qui ont le vent en poupe depuis l’effondrement du mur de Berlin, ont systématiquement eu des résultats calamiteux dans les pays qui en ont fait l'objet : Irak, Somalie, Kosovo, Bosnie, Afghanistan, Libye… Partout où ils sont passés, les chars des puissances impérialistes ont semé le désordre et le chaos, alors même qu’ils prétendaient libérer les populations locales du joug de la dictature.

Aussi l’Avenir en Commun propose-t-il le renforcement et le réinvestissement de l’ONU comme seul organe légitime pour assurer la sécurité collective, la construction de la paix dans le Proche et Moyen-Orient sur la base du dialogue diplomatique et du respect des résolutions onusiennes, et l’établissement d'une multitude de coopérations réellement altermondialistes et internationalistes avec les autres pays du monde. Union du petit bassin méditerranéen autour d’objectifs de développement humain, adhésion à la banque de développement des BRICS, soutien au projet de monnaie commune promu notamment par la Chine, coopération spatiale et maritime avec les pays en développement, relance de la politique de co-développement et de coopération scientifique, universitaire et sanitaire avec les pays émergents… La France Insoumise veut démultiplier les ponts avec le reste du monde, en dialoguant, en partageant et en échangeant sous des formes qui ne soient ni libre-échangistes ni militaires.

… Et l’alliance bolivarienne, dans tout ça ?

La proposition de la France Insoumise d’intégrer ce regroupement de pays d’Amérique latine et des Caraïbes découle logiquement de son positionnement internationaliste et altermondialiste. Cette mesure forte a vocation à réaffirmer l’appartenance de la France à l'espace latino-américain : faut-il rappeler que les Antilles et la Guyane sont des territoires français, et que la frontière terrestre la plus longue de la France est celle qui sépare la Guyane du Brésil ?

L’alliance bolivarienne est une organisation de coopération créée officiellement en 2004 à l'initiative des présidents cubain et vénézuélien d’alors, MM. Fidel Castro et Hugo Chavez. Elle se donne pour objectif d’offrir une alternative au projet étasunien de création d’une gigantesque zone de libre-échange allant du Canada à l’Argentine, la ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques). En assumant pleinement l’héritage de Simon Bolivar, l’homme qui a libéré les peuples sud-américains du joug colonial, l’ALBA entend rassembler les peuples d’Amériques non seulement autour du commerce mais aussi des domaines social, politique et culturel.

Depuis 2010, l’ALBA s’est même dotée d’une monnaie commune, le Sucre, dont les raisons d’être sont le renforcement des échanges entre pays membres et l’émancipation du dollar américain. La Russie a été observatrice à l’ALBA en 2009, tandis que la Syrie et l’Iran le sont actuellement…sachant que ces pays sont membres de l’UNESCO et de l’ONU. Pour autant, qui songerait à faire sortir la France de ces organisations ?

Ainsi, l’ALBA n’est ni une alliance diplomatique, ni une alliance militaire, mais bien une institution de promotion de l'intégration des pays de l'Amérique Latine et des Caraïbes. Y adhérer permettrait aux territoires d’outre-mer de s’insérer pleinement dans l’aire géographique à laquelle ils appartiennent, sous une forme respectueuse de l’environnement et de des économies nationales. On le voit donc, le fait que les puissants et leurs porte-parole s’accrochent à cette mesure pour discréditer le projet des Insoumis en dit long sur la solidité de leur argumentaire…

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