Finalement, on n'aura rarement autant évoqué 68 que sous le règne sarkozyste.De fait, on y retrouve partout la même virulence et la même sincérité.
J'ai lu quelque part que Sarkozy, premier président divorcé de la Vème Répulique, puis aussitôt remarié à un mannequin grâce à l'intercession d'un magnat de la pub -lequel a toute sa vie vendu de la réussite sociale comme d'autres vendent des rolex- était "malgré-lui un héritier de 68".
Qu'il soit un héritier, çà ne fait aucun doute, mais est-ce vraiment malgré-lui ?
Héritier de 68, il applique pour lui-même comme un drapeau cette revendication populaire: "jouir sans entraves":
Avant la réussite sociale, les rolex, et les mannequins, il se rasait le matin en y pensant, puis une fois acquis, via le Fouquet's, fêtait l'augmentation de ses émoluments de 174%, soutenait Johnny dans son désir d'un autre pays avec moins d'entraves fiscales, avant de se précipiter dans une série de réformes de plus en plus impopulaires, mais fidèlement inspirées, compulsivement, de ce simple programme: "jouir sans entraves"...
N'est-ce pas ce "programme", que la majorité d'entre nous imaginaient partager, qui du reste l'a porté au pouvoir: augmentation du pouvoir d'achat, donc baisses d'impôts, bling-bling pour tous ?
Un jour contre la privatisation du marché de l'énergie, le lendemain mettant en vente GDF.Un jour en faveur du régime de retraites par répartition, le lendemain prétendant le sauver en l'amputant de quelques années au profit de la retraite par capitalisation.
Un jour en faveur de l'environnement, puis le lendemain "çà commence à suffire l'environnement".
Un jour une larme pour Guy Môquet, une autre le lendemain pour De Gaulle; un jour à gauche, le lendemain à droite, le surlendemain à l'extrême droite, en captant au passage quelques voix socialistes au prétexte d'une jouissance sans hypocrisie, donc vertueuse.
Finalement cet homme est-il de gauche, de droite, est-il sincère, a-t-il un programme ?
Qui, en somme l'a élu au nom de l'intérêt général ? -A ma connaissance, personne.
Malgré le désordre dont ses déclarations contradictoires font preuve, ce président reste cependant constant dans la revendication de son idéologie politique: le libéralisme.
Définition du "Libéralisme" :"Ensemble de courants de pensée affirmant la primauté de l'individu et de sa liberté sur toutes les formes de pouvoir, en particulier ceux des organisations collectives, dont l'État."
Est-ce une pensée de gauche, ou de droite ?
C'est pourtant au périmètre de cette définition que nous avons voté: moins d'impôts, plus de pouvoir d'achat, mais autant de services publics; des grèves, mais avec service minimum de façon à ce qu'elles n'entravent pas le travail de ceux qui ne se sentent pas concernés, et des commerces ouverts le Dimanche, à condition qu'on ne soit pas obligé d'y travailler, tout un monde qui aspire à "jouir sans entraves"...
Notre monde ne souffre pas de la pauvreté, mais tout simplement d'égocentrisme.
Pour Jean Piaget l'égocentrisme est un stade normal du développement de l'enfant qui perçoit le monde à partir de son propre point de vue, par exemple lorsque, interrogé, il dit que la "lune le suit" parce qu'il la voit se déplacer.
Que dire de plus ?