Une belle et grande démocratie. Ouhai ouhai ouhai.

Effervescence des journaux autour des candidatures pour la présidentielle 2022. Réactions : certaines déplorent l'absence d'union des gauches, d'autres scrutent d'un bon oeil Xavier Bertrand, certains s'amusent de Zemmour, et beaucoup font des projections précipitées entre scrutins locaux et le principal national.

Certains y analysent aussi sous l'angle de 2027 : «Si Hidalgo y va, c'est moins pour 22 que 27» et «eelv se construit en première force de gauche pour 27.» Mouarf. 

Un peu de tout cela ici, avec en plus la question : «4 ou 6» ? 

4 candidats  : LePen, Bertrand, Macron, Hidalgo (et à la marge JLM)

6 candidats : LePen, Bertrand, Xdroite, Macron, Xgauche/Hidalgo, Xverts (et à la marge JLM)

4 ou 6 candidats principaux cela passerait d'un premier tour plus équilibré à une élection haute en couleurs. Dans les deux cas nous pourrons dire, ou plutôt entendre : «une réussite, une belle et grande démocratie, la France rappelle au monde que la démocratie représentative ne peut se contenter d'une bipolarité.» Et, certes, cette configuration à 4 ou 6 nous donnera de belles campagnes, denses, actives, intéressantes, où il faudra se démarquer sur de vrais sujets et non seulement sur la tronche ou l'éloquence, un probable petit rebond de militantisme, au final un très beau suspens et une belle leçon de démocratie. Une belle leçon de démocratie ? Ce dernier point est-il vraiment sûr ?

Du point de vue des appareils de partis, nul doute que ce chant sera entonné. Mais mais mais ? Mais est-ce bien cela la démocratie que nous voulons ? Celles des marques, des appareils, des logos et des gueules ? En sommes nous encore là au 21è siècle, à l'éloquence et la capacité verbale pour des joutes oratoires ? Pffff. Quelle déception en fait. Mais quelle déception. Une belle et grande déception.

Les moyens techniques de mises en œuvre d'une communication à double canal n'ont jamais été aussi nombreux, faciles d'accès et si peu chers. Pourtant nous allons continuer d'écrire des programmes de 470 pages, dont 460 parlent de 'refaire le monde', dans de petits cercles d'initiés ou de manière un peu collaborative_fuckée dans le meilleur des cas. Nous allons continuer de distribuer cela comme une sainte parole. Nous allons continuer in fine à plus défendre des appareils et organisations professionnelles que des idéaux généraux qu'elles sont censées porter, plus que leurs réponses concrètes aux questions du temps et plus que leur capacité à s'insérer dans l'ensemble vaste européen et international. Nous allons prendre les gens pour des cons, en espérant qu'ils soient moins cons et qu'ils se raccrochent au moins à un idéal général en plus d'une gueule. 

Il semble que le système des partis soit à bout de souffle. Que la relance récente avec les scrutins locaux pourrait donner aux apparatchiks l'espoir de consolider leur appareil face aux autres appareils. Mais c'est un sursaut mortifère, pour s'enfoncer probablement toujours plus dans la défense d'une marque plus que d'une idée. Nous pourrions espérer un premier tour citoyen, des primaires dans chaque grande famille, où le respect du résultat mène à la discipline du participant et du militant, mais il n'y aucun Bernie Sanders chez nous. 

Ces dernières années nous avons souvent entendu qu'il fallait "refaire le logiciel", nov-langue détournant un terme moderne pour causer sans rien dire. Mais le logiciel ce n'est pas un corpus d'idées, c'est un outil. Alors dans sa définition, oui il faut refaire le logiciel, il faut revoir l'outillage, regardez ce qu'il apporte en nouvelles possibilités et s'en servir. Aucun savoir, aucune capacité d'anticiper, aucun pouvoir n'évolue dans une tour d'ivoire.

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