[vaccins] Le piège au serpent

Nous connaissons le prix d'aujourd'hui de cette belle victoire à venir. Mais avons nous évalués les conséquences ?

Les hypothèses de conditions d'émergences de variants, suffisamment différents pour être problématiques, sont essentiellement de deux ordres : le réservoir humain et le saut d'espèce. Le réservoir humain étant l'hyptohèse largement privilégiée aujourd'hui, la seconde semble ne recevoir qu'un quasi désintérêt.

Les données manquent encore pour établir des certitudes sur le rôle exact de chaque vaccin envers le caractère infectieux d'une personne contaminée après une vaccination et son temps complet pour plein effet. Les bonnes nouvelles existent, telle qu'une quasi absence d'infectiosité pour un vacciné par le biontech/pfizer (qui tombe à moins de 2 jours.) donc probablement pour le moderna également. Mais, pour la plupart des autres vaccins, si on regarde les chiffres autrement on voit qu'une bonne part des vaccinés (de 20 à 50% selon les vaccins et les estimations connues) peut retomber malade. Ils seront très bien protégés contre les formes sévères grâce à la vaccination.

Maintenant la donnée manquante : une estimation de moyenne pour le temps nécessaire à ce virus pour muter suffisamment.

Regardons ailleurs. Pour le moment les yeux sont tournés vers le Brésil. Les miens sont tournés aujourd'hui vers le Chili, Israël, la Grande Bretagne, et bientôt le Butan. Israël dans une moindre mesure, on le garde pour plus tard (enfin.. en espérant que non!)

Revenons en France. La campagne de vaccination s'accélère vraiment, il semble bien que *quelque chose* se soit passé depuis que Thierry Breton a pris ça en main. Peu importe, ce n'est pas le sujet ici et maintenant. L'horizon de juillet/septembre peut être tenu pour atteindre de 60 à 70% de la population adulte vaccinée (je préfèrerai qu'on s'occupe des enfants, cf précédent billet, mais là non plus ce n'est pas le sujet). Septembre.

Voilà tout est posé, certes sans explication cette fois mais y en a t il vraiment besoin, là ? Il y a un risque non néglieable, bien au delà de l'épiphénomène, qu'en l'absence soit d'un vaccin protégeant quasi totalement du caractère infectieux soit d'un traitement curatif de pleine efficacité, nous entrions dans  un piège au serpent, celui ci se dévorant lui même.

Cette hypothèse a été adressée dès octobre l'an dernier, aujourd'hui à mesure que les données s'accumulent elle devient plus tangible, et c'est une bien mauvaise nouvelle. Pas pour demain, pas pour cet été, même pas pour l'automne prochain. L'hiver prochain il y aura deux chemins :

  • Celui d'une Europe où la vaccination sera annuelle, devenant un blockhaus plus encore qu'aujourd'hui pour les entrées ;
  • Celui de fournir au monde un vaccin ou un traitement selon un mode d'organisation tellement difficile qu'il rends cette probabilité quasi illusoire.

Une belle victoire se profile, celle d'une alliance entre l'investissement public et la production privée. C'est la victoire des finances communes et de l'entreprise privée. Une belle défaite se profile aussi, celle d'une Europe divisée et dont le cadre dirigeant a été dans l'incapacité de faire ce qu'il était censé faire de mieux : des négociations de contrats internationaux. C'est la défaite de la politique. Nous connaissons le prix aujourd'hui de cette belle victoire. Nous pouvons estimer celui de la défaite .. et sa correction : pas grand chose et surtout pas de remise en cause. Mais par contre sommes-nous sûr de l'addition finale ? Je ne crois pas que beaucoup ai pu avoir un 'avis éclairé' sur ça.

Pour adresser ce futur problème la réponse efficace ne peut être que concertée, et même au delà de l'Europe. Nous ne prenons le chemin ni d'une stratégie "zérocovid" ni d'une concertation au moins atlantiste. Alors, chers amis européens, préparez vous à recevoir votre dose vaccinale semestrielle. Pour aussi longtemps que sera l'attente d'un traitement curatif efficace.

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