[Industrie] Fonderie de puces électroniques & politique

Samsung et TSMC tiennent le haut du pavé tandisque le géant Intel semble accumuler les retards. L'Europe a quatre choix. Ce moment actuel de chiffrage de projet ne devrait pas éclipser que le chiffre est plus important que le projet. Projet qui sera un marqueur majeur du monde que nous voulons.

Un monde politique polarisé : USA et Bloc Asiatique. 

Un monde économique imbriqué : l'industrie électronique tenant le haut de pavé se situe aujourd'hui dans cette zone démilitarisée qu'est Taiwan.

Une europe à la croisée des chemins : sa puissance financière lui permet aujourd'hui un choix parmi quatre possibilités :

  1. ne rien faire ou jeter ses milliards dans un projet paravent ou être un suiveur ;
  2. lancer une industrie autonome européenne de fonderie de puces électroniques ;
  3. participer à Intel ;
  4. participer à TSMC ou Samsung.

La première possibilité est ce que l'Europe a fait de mieux, souvent, ces 30 dernières années. Trop occupée à construire une administration romaine pour gérer ses affaires internes. La seconde possibilité est celle faisant actuellement l'objet d'un chiffrage, ce qui dénote d'une volonté nouvelle sur le questionnement de la souveraineté pour ce sujet majeur d'une indépendance de production d'électroniques. La troisième possibilité est l'oubliée, semblant déjà impossible de la part l'hégémonie que les usa ont toujours imposé à l'Europe, mais elle existe sur le papier au moins : une participation financière donc décisionnelle dans Intel pour refaire de ce géant une industrie capable de concurence. La quatrième possibilité est celle de faire de l'Europe une terre d'accueil pour des capacités de production de Samsung et/ou TSMC.

Pourquoi le chiffrage dont fait aujourd'hui l'objet le projet d'un éventuel fondeur européen est au final plus important que le projet lui même ? Parce que ce chiffrage est d'abord un financement et que la hauteur estimée de celui-ci pour une émergence d'un champion industriel européen en électronique devrait être gardé en étalon pour tout autre choix.

Éliminons la première possibilité et restons positifs en gageant que l'Europe a cette fois une réelle volonté de dépasser son statut de client pour devenir un acteur sur cet enjeu là. La seconde possibilité semble bien incertaine, autant en terme de planning que d'issue politique : si des industriels existent encore sur ce segment dans quelques pays, dont la France, arriver à un niveau de recherche et de production concurrentiel à l'industrie taïwanaise semble bien lointain, une décennie pour attraper ce niveau pendant laquelle le concurent continue ses avancées ; c'est de plus une possibilité qui mènerait à consolider un monde politique polarisé : est-ce bien ce que nous voulons ? La troisième possibilité n'est que théorie : avons nous déjà vu les USA acceptée de partager le décisionnel d'un de leur champion ? Sans preuves pas de certitude possible, alors seul le constat est un élément probant : Intel n'a jamais placé de fonderie majeure en Europe.

Il reste la quatrième possibilité : celle que le chiffrage initialement fait pour un éventuel lancement d'une industrie indépendante devienne le budget alloué à l'investissement pour TSMC et/ou Samsung afin qu'ils placent en Europe des capacités majeures de production. C'est le choix de la raison : pragmatisme d'imbrication économique construisant un chemin où l'on dépolarisera un peu et doucement ce monde politique.

Quant à la souveraineté, qu'elle soit nationale ou européenne, aucune théorie ne fait face à la terre : peu importe la marque, peu importent les actionnaires, peu importent les flux financiers, peu importe le nom de l'entreprise, le seul élément réellement central est le sol sur lequel seront posées les capacités de production.  

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