La Machine s'arrête, une stupéfiante anticipation par E.M. Forster

La Machine s'arrête, une nouvelle publiée en 1909 par E.M. Forster, dénote du registre habituel de l'auteur pour nous surprendre par sa stupéfiante contemporanité. Accrochez-vous, la fiction datée d'il y a un siècle rejoint largement notre réalité !

La machine s'arrête montre une société dans laquelle la technique est arrivée à son paroxysme. La nature a été exploitée jusqu'à son épuisement total par la succession des sociétés humaines du passé, rendant la surface de la Terre morne et dépeuplée de vivant. Ainsi, les humains vivent désormais sous terre, au coeur d'alvéoles individuelles, dans lesquelles tous les besoins sont comblés par la Machine.

La population est devenue totalement dépendante d'une machine qui est en capacité d'assouvir toutes les volontés : vous avez faim ? Appuyez sur un bouton. Vous voulez voir vos amis ? Appuyez sur un bouton, ils apparaîtront virtuellement. Vous voulez dormir ? la machine vous apporte votre lit après l'avoir demandé. Nuit ou jour ? La Machine régule les cycles, qui ne sont plus qu'artifice. La machine comble vos besoins, tous vos besoins, jusqu'à s'ériger en une nouvelle religion incontournable et essentielle à tout un chacun.

L'hyper technicisation de la société et l'omniprésence de la machine a des effets sur l'humain. Les muscles perdent de leur tonus, les sens n'ont plus d'utilité, les corps deviennent une enveloppe superflue, l'agacement de l'attente de ce qui sort du cadre prévu atteint les humains qui ont désormais leurs envies comblées en un instant par la machine.

Comment ne pas faire le parralèle inquiétant avec notre société de l'immédiateté ?
Pour nous aussi, les besoins sont aisément comblés par la technique. Comme le rappelle Pierre Thiesset en préface, "Dans notre monde toujours plus technicisé, le système industriel nous fournit tout : de l'électricité 24h/24, du chauffage, de l'eau, de l'alimentation sous vide en provenance de l'autre bout de la Terre, du divertissement à domicile, des véhicules motorisés, des écrans portatifs sur lesquels nous pouvons communiquer à distance, consulter les informations planétaires, regarder des images défiler... Internet en particulier est devenu cette machine omnipotente à laquelle nous vouons un culte."

En prophétisant le paroxysme de la technicisation et du capitalisme du XIXème siècle, Forster nous questionne toujours aujourd'hui : qu'adviendra t-il au bout de notre société dans laquelle les évolutions si rapides et si centrales dans la vie des sociétés transforment l'humain et détruisent la nature ? Qu'adviendra t-il au bout de la course folle au tout technologique et au tout numérique ?

Nous avons vécu un premier confinement du tout numérique (travail, culture, relations sociales, commandes de nourriture...), cette nouvelle nous plonge dans l'enfer d'une société dans laquelle cette parenthèse est le commun de la vie.

 

Première de couverture "La Machine s'arrête"  - E.M. Forster, ed. L'Echappée © Ed. L'Echappée Première de couverture "La Machine s'arrête" - E.M. Forster, ed. L'Echappée © Ed. L'Echappée
   La Machine s'arrête
   E.M. Forster

 Traduit de l'anglais par Laurie Duhamel

 Préface de Pierre Thiesset

 Postface de Philippe  Gruca et François Jarrige

 

   

 Editions L'Echappée

 112p, sortie le 10 septembre 2020, 7 euros.

 

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