Enquête : Luxembourg, le paradis fiscal des Frères musulmans ?

Si la Suisse est connue pour avoir été une base arrière des Frères musulmans, en revanche, le Luxembourg a longtemps été ignoré. Pourtant, historiquement, le Grand-Duché a joué un rôle central dans la stratégie financière de cette organisation.

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« Au nom de dieu, la banque islamique du Luxembourg »

Le Luxembourg est devenu l’une des places fortes de la finance islamique mondiale et ses autorités s’en vantent : « En tant que deuxième plus grand centre mondial pour les fonds et hôte de la principale Bourse du monde pour les valeurs mobilières, le Luxembourg est aujourd’hui un centre clé pour le développement de la finance islamique en Europe », déclarait Tom Theobald, directeur général adjoint de Luxembourg for Finance fin 2017.

Il est vrai que la publicité et le lobbying réalisés autour de cette « finance islamique » prête à croire que cette « finance » là, serait plus propre, plus éthique parce que religieuse ! Au nom de dieu, est-elle moins néolibérale et moins opaque ? Que nenni. De telles affirmations relèvent au mieux de l’absurdité au pire de l’imposture.

Mais en réalité, la valorisation de ce soi-disant nouveau marché cache, tout simplement, la stratégie d’entrisme financier des Frères musulmans et de certains pays du Golfe.

Un projet construit depuis plus de 40 ans…

En 2005, le journaliste suisse, Sylvain Besson a publié un ouvrage remarquable « La conquête de l’Occident » que tout le monde a malheureusement oublié et qu’il serait bon de remettre au goût du jour.

Dans ce livre, l’enquêteur-écrivain raconte qu’après les attentats du 11 septembre, la police suisse a effectué une perquisition chez Youssef Nada, PDG d’un groupe nommé al-Taqwa, soupçonné d’avoir financé al-Qaeda. Dans la maison de Nada, les policiers mettent la main sur un document exceptionnel, il s’agit du « Projet » des Frères musulmans écrit en 1981. Ce document établit la stratégie globale des Frères et plus précisément de celle qui est envisagé en Europe.

Lors d’une seconde perquisition dans les bureaux d’al-Taqwa, les enquêteurs trouve un autre document passionnant nommé « stratégie financière des Frères musulmans ».

Ce texte édifiant détaille les structures financières créées par les dirigeants des Frères dans les années 1970, grâce à des fonds principalement venus des pays du Golfe.

La place centrale du Luxembourg y est clairement exposée dès les premières pages « la Banque Islamique Internationale au Luxembourg est l’unité principale qui dirige et contrôle toutes les autres institutions. ARINCO, une entité affiliée gère les investissements à long terme. »  Nous y voilà !

Un business en plein essor…

Ces structures ont été utilisées pour financer clandestinement des centres islamiques des Frères musulmans en Europe et aux Etats-Unis pour, comme l’écrit Sylvain Besson, « étendre la sphère de l'islam et mettre fin à l'hégémonie de la civilisation occidentale sur le monde. »

L’un des personnages qui a longtemps détenu les clés de la finance islamique au Luxembourg se nomme Gamal Attia, d’origine égyptienne, et membre influent des Frères musulmans. Il a notamment fondé la Banque islamique de développement à Djeddah et était, ce n’est pas un hasard, un proche de Youssef Nada

Gamal Attia a même été consultant-expert pour les Nations unies dans les années 1980s. Il est également considéré, avec son compatriote Abou Saud, comme le père de la finance islamique…

Si ARINCO a été dissout en 1989 et la Banque Internationale Islamique du Luxembourg en 1994, cela ne signifie pas, bien entendu, que le business a disparu, bien au contraire.

Les Frères se sont seulement réorganisés et ont élargi leur influence sur les places financières, à tel point que la finance islamique est devenue un phénomène tendance qui gagne chaque jour un peu plus de terrain…

 

Comme le révèlera le prochain article, des structures affiliées aux Frères musulmans utilisent toujours le Luxembourg comme paradis fiscal pour protéger son trésor de guerre. Un mystérieux fonds financier que j'ai pu identifier détient des sommes supérieures à 150 millions d'euros.

A suivre.

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