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Billet de blog 6 sept. 2022

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Pénurie d'eau potable à venir en Loire-Atlantique en septembre ?

Des informations alarmantes sur les ressources en eau potable dans le 44 mais une opacité totale des autorités.... Exigeons des informations transparentes et claires et une anticipation démocratique du risque ! L'eau est un besoin primaire et un bien commun !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous sommes deux habitant.e.s en Loire-Atlantique vivant de part et d'autre de la Loire.

Yoann est paysan bio en maraîchage sur sol vivant, formateur pédagogique technicien en agro-foresterie. Béné est autrice et journaliste indépendante sur les questions d'écologie et d'alimentation.

Nous sommes toustes deux militant.e.s politiques, habitons en milieu rural et pouvons constater chaque jour les conséquences de la sécheresse sur nos écosystèmes et les cultures, sommes désespéré.e.s et en colère, et nous avons voulu informer au maximum sur la situation écologique et hydrologique critique à travers nos expériences et recherches.

Situation hydrologique critique en Loire-Atlantique (44) : les grandes marées de septembre ou d'octobre vont-elles achever la ressource en eau ? 

Nous vivons une sécheresse record des sols et des eaux de surface. Le risque de pénurie d'eau potable dans le 44 du fait du faible débit de la Loire (qui approvisionne pourtant la majorité de la population du département en eau potable) est pourtant peu évoqué !

La Loire connait cet été une baisse très importante de son débit (moins de 100m3/seconde, frôlant mi-Août le niveau historique de 1976) : un débit certes moins critique qu'en 1976 mais plus grave du fait de la remontée ces dernières années du bouchon vaseux de la Loire (nous y reviendrons) et des lâchers d'eau réguliers ces derniers temps des barrages en amont de la Loire qui compensent la situation (construits après 1976)...

Les chiffres communiqués sur les débits des cours d'eau en juillet étaient également plus qu'alarmants !

Ce ne sont pas les quelques pluies qui sont tombées ces deux dernières semaines, dans le 44 comme ailleurs, qui suffisent à annihiler les effets de la sécheresse et la situation hydrologique déjà très inquiétante bien avant les épisodes caniculaires.

La Loire est ainsi toujours à un débit préoccupant, malgré les lâchers d'eau des barrages en amont du fleuve : niveau de la Loire à suivre sur le site vigicrues par ICI (à Montjean sur Loire)

Les besoins en eau sont de plus en plus importants dans la région notamment à cause du tourisme, de l'augmentation de la population et de l'irrigation des cultures, alors que l'approvisionnement en eau est en chute libre. 

Nul besoin d'un doctorat en physique pour comprendre que lorsque les besoins sont supérieurs aux ressources, cela pose problème, et un problème très sérieux lorsqu'il s'agit de nos ressources en eau. 

Telle la Bretagne, la région Pays de la Loire est une des plus exposées aux sécheresses de longue durée comme celle que nous connaissons actuellement, du fait de son approvisionnement en eau principalement via les eaux de surfaces, comme le mentionne ce document de la préfecture dont en voici un extrait :

" Les eaux de surface représentent en Loire-Atlantique 80% des volumes distribués sur le département et la Loire à elle seule les 2/3 des eaux consommées.

Le captage de Mauves-sur-Loire utilisé par Nantes Métropole produit 240 000 M3/J, dessert environ 550 000 habitants de l'agglomération nantaise et complète l'approvisionnement de l'agglomération nazairienne, viennent ensuite Férel (la Vilaine) et Basse Goulaine (nappe alluviale).

Le département comporte peu de ressources souterraines ce qui est lié à la nature de son sous-sol constitué de schistes et de granites peu riches en grandes nappes d'eaux souterraines. 20% seulement des eaux produites sont d'origine souterraine et seules quelques nappes phréatiques importantes sont exploitées : Campbon (calcaire), Nort sur Erdre (sable + calcaire), Saint Gildas des bois (calcaire), Soulvache (galerie minière), Saffré (calcaires karstiques) ainsi que Mazerolles (sable)."

Le département de Loire-Atlantique (près d'1 million 500 000 habitant-e-s), est donc approvisionné en grande majorité par deux usines de traitement de l'eau potable, elles-mêmes directement dépendante du débit du fleuve de la Loire et de la qualité de ses eaux (notamment pour l'usine de traitement de La Roche à Nantes qui traite l'eau provenant directement de la Loire (via la station de pompage de Mauves-sur-Loire). 

Le risque est important dans les semaines à venir de ne pas connaître de dégradation pluvieuse notable capable d'imbiber/de s'infilter dans les sols et de recharger les nappes et rivières/fleuves... Pour compenser une sécheresse de surface et notamment hydrologique historique, il faudra plus que quelques orages...

Pour autant, aucune communication réelle et transparente sur les risques de pénurie d'eau potable dans le 44 n'est effectuée par les autorités. 

Un arrêté crise de niveau maximal sur l'eau potable dans le département a bien été émis par la préfecture, mais sans aucune donnée claire sur l'état actuel des disponibilités en eau, ni projections chiffrées sur les disponibilités dans les semaines à venir si prolongation de la sécheresse !

Or, l'arrêté crise sur l'eau potable signifie bien qu'il y a un risque de pénurie sur l'eau potable dans les semaines qui viennent !

Les risques de crise majeure en eau potable devrait être un sujet d'inquiétude, d'attention et de mobilisation central et nous pensons que la communication préfectorale et le traitement médiatique autour de ses arrêtés ne sont pas à la hauteur et ne permettent pas de saisir les enjeux déterminants pour notre avenir, à court terme comme à long terme.

Usines de production et conduites principales de transport d'eau potable en Loire-Atlantique (situation 2019)

Quelques explications techniques sur le rôle de la Loire et l'approvisionnement en eau potable du département :

- Un débit du fleuve minimal (étiage) inquiétant  : Pendant la sécheresse de 1976, le débit est descendu à 73m³/s et 49 m³/s en 1949. Cet été, on a approché 90 m³/s mi-aout, et depuis le débit oscille à des valeurs très basses (autour de 100/110m3/s).

Mais à l’époque, nos besoins en eaux étaient drastiquement plus faibles et les barrages en amont de la Loire n'existaient pas...

En effet, les barrages de Naussac en Lozère (1983) et de Villerest dans la Loire (1985) assurent depuis les années 80 un soutien de débit minimal du fleuve (étiage) en relâchant quelques m³/s. Permettant de pérenniser l'approvisionnement en eau potable du département et et le fonctionnement des centrales nucléaires en aval. En sachant que leur soutien en étiage ont des limites...

Depuis quelques années, la durée d'étiage de la Loire est allongée, les périodes de sécheresse se prolongeant parfois tardivement dans l'année. Ainsi, il n’est plus rare que le débit du fleuve minimal dure jusqu’au mois de décembre. Ces dernières années, ont également été relevés de moins en moins de crues et avec une intensité et un débit moindre.

- Le bouchon vaseux et sa remontée progressive en aval de la Loire : Le fleuve charrie des sédiments qui se déposent en partie ou se concentrent dans l'Estuaire. Cette concentration en sédiments dans le fleuve est appelée "bouchon vaseux".  

Lors des crues du fleuve, le bouchon vaseux est repoussée plus loin en aval jusqu'à l'océan Atlantique. Il est nécessaire d'avoir des crues à 4000 m³/s pour évacuer ainsi le bouchon vaseux.

Avec l'augmentation des conséquences du réchauffement climatique et de nos besoins en eaux tout au long du fleuve, la durée d'étiage de la Loire est rallongée et les crues insuffisantes de ces dernières années n'ont pas permis de l'évacuer (en dessous des 4000m3/s).

Le bouchon vaseux a tendance à grossir et à remonter de plus en plus en amont du fleuve, poussé par la force de la mer lors des grandes marées.

Le curage de l'Estuaire de la Loire durant des décennies ainsi que son endiguement (action de construire des digues) ont également favorisé l'envasement de l'Estuaire jusque Nantes, ainsi que l'influence des marées toujours plus loin en amont de la Loire. Influence des marées qui ne feront qu'augmenter au fur et à mesure de la montée du niveau des océans...

Ne vous y trompez d'ailleurs pas, si vous remarquez parfois un niveau du fleuve important, cela peut simplement être du à l'influence des marées loin en amont du fleuve, ce qui peut ainsi s'observer à Mauves-sur-Loire...

Dans un récent rapport, l'établissement GIP Loire Estuaire a estimé à 5km en amont la remontée du bouchon vaseux et de son panache dans la Loire d'ici 2040-2050, or le point de captage de Mauves-sur-Loire était déjà menacé en 2019 et l'est à nouveau cette année...

Déjà en 2014, cet établissement avertissait du danger, dans ce rapport disponible ici et dont en voici un extrait :

" De plus, pour un même débit, plus le coefficient de marée est élevé, plus la vase se retrouve en suspension et se disperse. L'extension du bouchon vaseux est donc maximale pour desétiages sévères (débit durablement inférieur à 150 m3/s) et vives eaux exceptionnelles
(coefficient de marée supérieur à 110), comme au cours des mois de septembre et octobre 2011.
Le bouchon vaseux est alors détecté de SainteLuce-sur-Loire (Bellevue) à Donges, soit surune distance d'au moins 55 km, et son panache est mesuré à Mauves-sur-Loire, comme en aval de Saint-Nazaire. "

- Les 2 usines d'eau potable du département assurant la grande majorité de l'approvionnement en eau potable

L'usine d'eau potable de Basse-Goulaine approvisionne en temps normal plus de 500 000 habitant-e-s en eau potable (notamment une partie de Nantes Métropole et une grande partie du sud du 44). Il semblerait qu'elle tourne actuellement à plein régime pour fournir en eau potable une autre partie du département, notamment les secteurs aux nappes phréatiques superficielles déjà bien entamées ! Elle s'approvisionne auprès d'un point de captage situé également à Basse-Goulaine et prélevant les eaux de la nappe phréatique alluviale de la Loire (reliée au fleuve).

L'usine d'eau potable de Nantes (La Roche à Malakoff) approvisionne quand à elle près de 650000 habitants de Loire Atlantique (la majorité des habitant-e-s de Nantes Métropole et une bonne partie du nord du département, notamment l'ouest via des ventes auprès la Carène et de Saint-Nazaire). 

L’eau potable issue de l'usine de La Roche était produite à partir de l’eau de la Loire pompée à Nantes (depuis 1894).

Dans les années 1980, en période de débit minimal du fleuve, la remontée de plus en plus fréquente et loin en amont du bouchon vaseux, ainsi que la montée du taux de salinité, rendait critique le traitement de l’eau de la Loire à Nantes.

Face à cela, une nouvelle station de pompage en Loire a été installée à un endroit où l’eau était de bonne qualité même en étiage (débit minimal assuré). Est alors retenu le site de Mauves-sur-Loire (à 15km en aval de Nantes). Mise en service en 1991, le point de captage assure aujourd'hui l'alimentation principale en eau de l’usine de traitement de La Roche à Nantes.

Le risque d'une remontée du bouchon vaseux jusqu'à Mauves sur Loire ayant été identifiée récemment, la construction d’une station de pompage de secours dans une autre ressource que la Loire, au cas où cette dernière serait provisoirement polluée, a été décidée dans l'Erdre avec une construction achevée en 2011.

Des réserves d'eau sont stockées en cas de panne ou autre problème critique d'une des deux usines de traitement d'eau du département, dans des châteaux d'eau et autres réservoirs, mais cela représente seulement une journée de consommation de la population ! 


Des enjeux techniques qui vont poser des problèmes majeurs à l'avenir

En 2019, le panache du bouchon vaseux est remonté jusqu’à Mauves-sur-Loire devant la station de pompage, fait historique et inquiétant !

Au cours de l'été 2022, ce même phénomène a été observé lors des gros coefficients de marée . Les grandes marées de Septembre et d'Octobre sont donc à plus haut risque pour la station de captage et le traitement de l'eau. Et les prévisions ne vont pas dans le sens d'une amélioration du débit de la Loire qui permettrait d'évacuer le bouchon vaseux...

L’usine de production d’eau potable de Nantes-La Roche peut traiter une eau chargée en matières en suspension (en lien avec la remontée du bouchon vaseux) jusqu'à un certain point. La station de pompage de l'Erdre pourrait être utilisée en secours, sachant que la qualité de l'eau son eau est également inquiétante et que son traitement ne sera peut-être pas envisageable...

Les débits historiquement bas de la Loire, dûs à l'augmentation de la sévérité des sécheresses, mais également aux besoins en eau qui ont nettement augmenté au fil des décennies sur l'ensemble de la Loire, font peser un risque supplémentaire déjà soulevé dans de nombreux documents officiels.

La montée du niveau des océans s'ajoute à ce débit faible et fait peser un risque sérieux d'impossibilité de capter l'eau provenant de la Loire par remontée du bouchon vaseux et/ou remontée du taux de salinité lors des périodes de sécheresses !

Les grandes marées de septembre ou d'octobre, avec une forte montée naturelle des eaux océaniques, risquent d'être le couperet qui acheverait la possibilité du point de captage de Mauves-sur-Loire d'être opérationnel !

Les autorités envisagent de déplacer le point de captage bien plus loin en amont de la Loire dans les années à venir, mais en attendant ?

Et quid de repousser le problème au lieu de le prendre à la racine, c'est à dire de libérer la Loire de son endiguement, de ne plus bétonner ses rives (cf le projet mortifère de zone industrielle du Carnet), de revoir à la base les priorités de prélèvement, de les diminuer et tant d'autres actions urgentes à réaliser ?!

La remontée du bouchon vaseux autour du 11 septembre, lors des plus grandes marées de l'année, couplé au débit dangereusement bas de la Loire, risque grandement d'occasionner un taux de sédiments/salinité au niveau du bassin de captage de Mauves-sur-Loire impropre à la traiter !

Ce qui signifie qu'il faut se préparer dans les semaines à venir, ou lors des grandes marées d'octobre au mieux (si la sécheresse perdure), à une pénurie d'eau potable pour une grande partie de la population du département ! D'autant que les stocks en eau potable ne permettront de tenir qu'une journée ou deux via les châteaux d'eau et autres réserves du département !

L'usine de Basse-Goulaine pourrait peut-être éviter une pénurie pour une grande partie de la population du département, mais au prix de forts rationnements en eau pour l'ensemble des habitant-e-s du 44, puisque l'usine fonctionne déjà à 100% de ses capacités pour soutenir plusieurs zones du département déjà en risque de pénurie d'eau potable ! 

Les risques de pénurie ne feront par ailleurs qu'augmenter dans les années et décennies à venir comme le mentionne l'excellent rapport du GIEC Pays de la Loire pages 42 et 46 du rapport, extrait :

" Tensions sur l’eau potable

Dans un contexte de changement climatique, l’approvisionnement en eau potable devient bien logiquement un enjeu majeur. Dans la mesure où, pour sa plus grande part, l’eau potable est prélevée dans la Loire et où pour maintenir la qualité de l’eau potable, la température de l’eau ne doit pas dépasser 25 °C, celle du fleuve constitue un facteur déterminant pour l’approvisionnement régional. Or, voilà déjà plusieurs années que la limite est franchie en été. Dans les prochaines décennies, la température du fleuve pourrait même atteindre ponctuellement 30  °C pendant les mois les plus chauds de l’année. S’ajoutera alors un second problème puisque les réseaux d’acheminement de l’eau potable sont conçus pour un débit minimum. S’il devient insuffisant, l’eau qui stagne dans les tuyaux soulève alors un enjeu d’insalubrité. Or à la fin du siècle, le débit de la Loire pourrait avoir baissé de 20 % à 50 % par rapport à la période 1971-2000, voire davantage à l’étiage. Résultat: on pourrait observer dans la région une baisse globale des ressources en eau disponibles de 30 % à 60 % sur la même période, sans même compter la demande agricole supplémentaire prévisible ou celle liée à l’afflux touristique. "

" Enfin, avec la baisse du débit de la Loire, la probabilité s’accroît d’une augmentation de
la salinité et d’un déplacement du bouchon vaseux [...]"

Communication de la préfecture opaque et déconnectée de la réalité : mise en danger collective

Que pouvons-nous donc lire dans le communiqué de la préfecture ? Une information ne veut rien prise isolément ! (preuve de la fausse transparence des autorités et d'une mauvaise communication sur le risque qui pèse sur nous !)

La préfecture parle simplement d'un problème de "salinité de l'eau" pour évoquer le risque de rupture de l'approvisionnement en eau potable dans le département...

Comment peut-on comprendre cette information si on ne connait pas la manière dont est fournie l'eau potable dans le 44, les causes et conséquences de cette montée du taux de salinité ?

Une communication illisible et incompréhensible ! Les autorités ne veulent surement pas nous faire paniquer...

Mais comment géreront-elles une potentielle rupture d'approvisionnement pour près de la moitié de la population du département si l'usine d'eau potable de La Roche ne peut plus fonctionner du fait d'une incapacité de traiter l'eau de la Loire ? Et quid de l'usine de Basse-Goulaine dépendante également de la qualité des eaux de la Loire ? (bien que moins directement puisque prélevant l'eau de la Loire au niveau de sa nappe superficielle)

Il ne sera évidemment pas possible d'approvisionner une des plus grandes agglomérations de France en eau potable avec des camions citernes, comme c'est le cas dans plusieurs centaines de petites communes depuis plusieurs semaines en France !

Des rationnements en eau sont peut-être envisagés en basculant l'approvisionnement en eau potable du département sur une seule usine, celle de Basse-Goulaine. Mais comment feront les autorités pour gérer ces rationnements en eau ? Notamment si la population n'a pas été suffisamment prévenue en amont des risques et enjeux, et des manières de s'adapter à ces risques !

Au lieu d'être transparents sur les risques, de permettre aux habitant-e-s de se préparer individuellement et collectivement à une éventuelle rupture en eau potable, les services de l'Etat font le choix d'un communiqué incompréhensible, dénué de tout caractère d'urgence, qui serait pourtant opportun !

Pourtant en 2019, alors que la Loire connaissait une situation critique mais moins inquiétante qu'aujourd'hui, la presse locale s'était emparée du sujet. Qu'en est-il aujourd'hui dans la presse locale, à part quelques rappels de bonne conduite à tenir et des messages rassuristes, excepté cet article de 20 minutes ?

En été 2019, des collectifs luttaient d'ailleurs contre l'installation du surf park de Saint-Père-en-Retz (44), bassin en béton à vagues artificielles pour du surf sur des dizaines de millions de litres d'eau potable à quelques kilomèmetres de l'océan pendant que nous subissions déjà des arrêtés de restrictions d'usage de l'eau...

Les militant.e.s contre le projet dont nous faisions partie ont pourtant subi répression et menaces régulières, reflétant le manque de compréhension des enjeux liés à l'eau et la volonté de faire taire toute dissidence politique envers les projets destructeurs qui accaparent l'eau.

Les recommandations effectuées par les autorités, Nantes Métropole, la région Pays de la Loire et consorts sont totalement déconnectées de la réalité de la situation et ce n'est pas en prenant des douches courtes que la crise en eau potable va s'atténuer. 

Les pouvoirs publics montrent leur incapacité totale à anticiper les crises en eau potable et à prioriser l'accès à l'eau. 

Et que dire des conséquences de la non-anticipation des autorités sur la gestion de l'eau sur les zones humides et sa biodiversité (cf ce communiqué de France Nature Environnement Pays de la Loire), dans le 2ème département en terme de superficie en zones humides !

Les zones humides ont été sacrifiées au nom de l'attractivité du territoire (Nantes Métropole se félicitant par exemple de pouvoir accueillir plusieurs dizaines de milliers de personnes supplémentaires dans les années à venir), du tourisme de masse (qui explose chaque année davantage avec son lot de résidences secondaires et de piscines privées) et des besoins sans cesse plus importants chaque année de l'agriculture industrielle sous perfusion d'irrigation sur sols mort incapables de retenir l'eau...

Pendant ce temps, la faune des rivières et marais du 44 meurt en silence. 

Pour des informations accessibles et transparentes et des actions politiques collectives et radicales

Nous devons connaître l'état de la situation hydrologique actuelle. Nous devons exiger une transparence totale quant à la gestion et aux données sur l'eau. 

Les pouvoirs publics doivent informer les habitant.e.s sur les conséquences potentielles d'une rupture en approvisionnement en eau potable dans le département.

La réalité est là, qu'elle soit malheureuse, brutale et dérangeante n'y changera rien : nous allons manquer d'eau dans toutes les sphères de nos vies, et des choix radicaux sont à faire dès maintenant quant à son utilisation !

Sans mobilisations collectives, ne comptons pas sur les autorités pour effectuer ces choix radicaux nécessaires et pour anticiper au mieux les risques de pénurie !

Quelles solutions individuelles et collectives alors ? 

- Investissements massifs dans la gestion de l'eau et la rénovation des conduites d'eau potable à l'heure où 1 litre sur 5 d’eau potable n'arrive jamais jusqu’à nos robinets

- Investissements massifs dans l'agriculture agro-écologique bien moins consommatrice en eau que l'agriculture industrielle (amélioration notable de la capacité des sols à retenir l'eau et l'infiltrer dans les nappes grâce à son taux de matière organique, sa meilleure structuration grâce à la vie du sol, au travail moins destructeur des sols et à la non-utilisation de pesticides et engrais chimiques,...)

- Investissement massifs dans l'agroforesterie dans les fermes, jardins et espaces publics

- Soutien financier aux particuliers, notamment aux plus précaires d'entre nous pour des réserves d'eau, l'installation de toilettes sèches, des équipements économes en eau (merci aux collectivités locales de recommander cela face à la pénurie d'eau aux habitant-e-s du 44 sans compensation financière, en connaissant pourtant la précarisation croissante de la population qui peine déjà à s'alimenter !)

- Réduire les besoins en eau et prioriser les interdictions (il n'est évidemment pas normal que les golfs bénéficient de dérogations d'arrosage pendant que les particuliers qui disposent de potager ne sont pas autorisés à les arroser entre 8 et 20h) 

- Informer de manière transparente et accessible la population des risques encourus par la raréfaction de l'eau et sur les secteurs la consommant

- Déprivatiser la gestion de l'eau potable, organiser des comités d'habitant-e-s pouvant participer aux décisions sur sa gestion

- Se mobiliser pour que la Loire ne soit plus un objet dont on peut disposer à sa guise

- Stocker l'eau à échelle de quartiers et communes avec des dispositifs respectueux des écosystèmes (ce qui n'est pas le cas des méga-bassines destinées à l'irrigation de l'agriculture industrielle)

- Généraliser les toilettes sèches dès que c'est possible

- Réduire notre consommation en eau drastiquement dès que c'est possible (pour se laver, cuisiner, faire la vaisselle...)

Voici un visuel réalisé par nos soins résumant les actions individuelles et collectives possibles proposées ci-dessus, sentez-vous libre de le partager et de l'utiliser à votre guise !

Contenu de l'image en version écrite :

Pistes d'actions pour une meilleure gestion de l'eau avec les pénuries à venir

Le dérèglement climatique, les vagues de chaleur et la sécheresse mettent en danger notre approvisionnement en eau potable et donc nos communs et besoins primaires. Voici quelques pistes pour une meilleure gestion collective et individuelle de l'eau dont vous pouvez vous saisir en fonction de vos capacités. 

Actions individuelles :

- Réduire drastiquement sa consommation de viande et de produits laitiers dont la production est très gourmande en eau 

- Récupérer l'eau de pluie via des récupérateurs d'eau 

- Récupérer l'eau potable lorsque l'eau de la douche chauffe 

-  Se laver le corps au gant de toilettes lorsque l'on peut se passer d'une douche (76% des français.e.s se douchent tous les jours sans en avoir nécessairement besoin) 

- Faire sa vaisselle à la brosse et au bloc de savon de Marseille, récupérer l'eau grise et l'utiliser pour arroser des cultures (fleurs, arbres et fruits / légumes qui ne touchent pas le sol principalement)

- Installer des toilettes sèches autant que possible

- Soutenir les paysan.ne.s bio / en agro-écologie autant que possible 

Actions collectives :

- Questionner l'objectification et l'accaparement de nos cours d'eau, fleuves... 

- Lutter contre les projets de fermes-usines, les élevages intensifs et l'agriculture industrielle, extrêmement gourmande en eau 

- Inciter les collectivités à investir massivement dans la gestion de l'eau et la rénovation des conduites d'eau potable à l'heure où 1 litre sur 5 d’eau potable n'arrive jamais jusqu’à nos robinets 

- Récupérer l'eau collectivement à échelle de résidences / quartiers / communes avec des solutions respectueuses des écosystèmes 

- Inciter au soutien financier aux particuliers, surtout aux plus précaires, pour installation de réserves d'eau, de toilettes sèches, des équipements économes en eau

- Réduire les besoins en eau et prioriser les interdictions en fonction des besoins

- Demander des informations transparentes et accessibles aux autorités pour alerter la population sur les risques encourus par la raréfaction de l'eau 

- Déprivatiser la gestion de l'eau potable, organiser des comités d'habitant.e.s pouvant participer aux décisions sur sa gestion

La liste est non-exhaustive, à nous de nous approprier ces sujets collectivement et localement, de les pousser autant que possible dans le débat public en instaurant des rapports de force face aux collectivités locales, en organisant des soirées-discussions et par un tas d'actions possibles autour de nous. Au risque de répéter des poncifs : l'eau est à la base de toute vie, de notre alimentation et c'est notre avenir commun qui en jeu ici et maintenant !

Nos excuses d'avoir fait nos "écolos marchands de peur" comme peuvent le dire les défenseur.se.s du statu quo, nous ne souhaitons qu'informer à notre échelle sur des réalités factuelles et dramatiques afin que le plus grand monde puisse s'emparer de ses sujets. 

Béné (@benecologie) et Yoann (@permabocage)

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