Pierre Rabhi, aimé ou détesté, en tout cas contesté

L'article du Monde Diplomatique sur le Système Rabhi, a fait vibrer beaucoup de claviers. Certains se sont satisfait qu'un journaliste, enfin, s'en prend à l’icône Rabhi et d'autre fustige un article à charge. En tout cas il a déchainé les passions.

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L'article du Monde Diplomatique sur le Système Rabhi, a fait vibrer beaucoup de claviers. Certains se sont satisfait qu'un journaliste, enfin, s'en prend à l’icône Rabhi et d'autre fustige un article à charge. En tout cas il a déchainé les passions. Dans cet article je voudrais centraliser les différentes questions que pose Mallet à travers son article et ses interventions TV, les réponses des principaux protagonistes et bien entendu je ne pourrais pas m'empêcher de donner mon avis.

JBM = Jean Baptiste Mallet, PR = Pierre Rabhi

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Avant de lire - Présentation des protagonistes :

Avant de lire cet article, et si ce n’est pas déjà fait, je vous invite à lire l’article de Jean Baptiste Mallet sur Pierre Rabhi que vous trouverez en accès libre sur le monde diplomatique : https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981 .

Sur France Inter : https://www.youtube.com/watch?v=735CQFuTauY&feature=youtu.be  https://www.franceinter.fr/emissions/l-interview/l-interview-15-septembre-2018

Il y a également l’interview de JBM sur LeMediaTV qui est une nouvelle WebTV ambitieuse dont je suis socios : https://www.youtube.com/watch?v=OPLt-yd0jQo

Pour ses défenseurs il y a l’article de blog de Fabrice Nicollino, initiateur du mouvement nous voulons des coquelicots, ami de Pierre Rabhi et accessoirement rédacteur en chef de Charlie Hebdo : http://fabrice-nicolino.com/?p=4615

Il y a la réponse des Colibris fondé entre autres par Pierre Rabhi et Cyril Dion, qui propose des MOOC pour faire des oasis de vie pour des sociétés alternatives, pour l’agroécologie et la permaculture : https://www.colibris-lemouvement.org/magazine/notre-ambition-mieux-articuler-changements-individuels-et-collectifs

La réponse de Cyril Dion acteur et réalisateur du film « Demain » et bientôt « Après Demain » qui est le film écologiste avec le plus grand succès. Il est aussi responsable de la collection « Domaine du possible » chez Acte Sud et auteur du livre « petit manuel de résistance contemporaine » :  https://www.facebook.com/cyril.dion2/posts/10155873495218602?hc_location=ufi  

La réponse de Terre & Humanisme qui est une association pour la transmission des techniques d’agroécologie et de permaculture fondées par Pierre Rabhi : https://www.facebook.com/notes/terre-humanisme/droit-de-r%C3%A9ponse-de-terre-humanisme/1737929382996397/

La réponse des Amanin qui est fondé par Michel Valentin soutenu par Pierre Rabhi et dans laquelle on trouve un potager en agroécologie, une école alternative… https://www.facebook.com/notes/les-amanins/droit-de-r%C3%A9ponse-des-amanins/1516366431798963/

Réponse de Bernard CHEVILLIAT, président du Fonds de dotation Pierre Rabhi sur le site LaCroix :

https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Beaucoup-bruit-rien-defense-chiffree-factuelle-Pierre-Rabhi-2018-09-27-1200972009

Réponse de Gabriel Rabhi et de Pierre Rahbi : http://systeme-pierre-rabhi.do4change.com/

Jean Baptiste Mallet, quant à lui est le journaliste ayant investigué sur l’industrie de la tomate et a écrit ce livre : « l’empire de l’or rouge », à investiguer sur Amazon, sur la théosophie et l’anthroposophie.

Quant à moi, je préfère vous expliquer qui je suis pour comprendre d’où vient mon raisonnement. J’ai pour ambition de monter une oasis de vie, en mêlant habitat participatif et jardin en permaculture, donc les formations des Oasis sont très intéressantes pour moi. Bien entendu je m’informe aussi via les livres de la permaculture de Bill Mollinson, Steve Holmgren, Steve Read et d’autres. Je suis athée, je ne crois pas aux religions, mais je les accepte. Au niveau politique je me situe plutôt entre le programme défendu par Benoit Hamon et l’avenir en commun de Jean Luc Mélenchon. Je suis très intéressé par les écoles alternatives et je me suis renseigné sur Montessori, Freinet, Steiner, Alice Miller… J’ai déjà vu sur internet des conférences de Pierre Rabhi qui je trouve sont intéressante, mais qui disent assez souvent la même chose. J’ai vu la conférence de Sophie Rabhi sur TEDx et elle est source d’inspiration.

Bon, après cette présentation un peu longue, rentrons directement dans l’article :

 

Gourou et escroc

Pour sa première critique, Jean Baptiste Mallet, veux montrer que PR est un escroc-gourou. Pour ce faire je vous laisse lire ce passage :


« Cela doit faire dix fois que je viens écouter Pierre Rabhi ; il dit toujours la même chose, mais je ne m’en lasse pas », confie une spectatrice. « Heureusement qu’il est là !, ajoute sa voisine sans détacher les yeux de la scène. Avec Pierre, on n’est jamais déçu. ». L’enthousiasme se répercute dans le hall adjacent, où, derrière leurs étals, des camelots vendent des machines « de redynamisation et restructuration de l’eau par vortex », des gélules « de protection et de réparation de l’ADN » (cures de trois à six mois) ou le dernier modèle d’une « machine médicale à ondes scalaires » commercialisée 8 000 euros.


Et dans l’interview de LeMédiaTV, il dit ceci :


4.50 : « Il est invité par des organisations qui sentent le souffre, il a des proximités avec de lieux à dérive sectaire »

5.30 : « on vendait des machines pour purifier l’eau »


Pour JBM, PR est un gourou aux yeux de certaines personnes et les organisateurs de conférence vont pouvoir vendre n’importe quel objet farfelu a ces gens manipulés par les charmes de PR.

Pour moi, c’est assez manipulateur de procéder de cette façon puisqu’il attaque indirectement PR pour des choses dont il n’est pas responsable :

  • PR ne peut pas être responsable que des personnes soient en admiration complète devant lui. Pour exemple, Krishnamurti a passé sa vie à faire des conférences en insistant sur le fait qu’il ne faut pas ni le voir en gourou ni avoir de gourous. Ça n’a pas empêché des critiques de le désigner en gourou.
  • PR n’est pas responsable des objets ou services que les organisateurs de conférence peuvent vendre à travers des assos ou société dans les conférences ou PR est invité. Heureusement que PR ne demande pas à chaque conférence qui va être invitée et quels sortent de choses vont être vendu.

Je trouve la critique facile de ces points de vue, mais en creux JBM veut faire comprendre que si PR est invité dans ce genre de salon/conférence c’est que PR fait partie de toute cette crique de charlatans et que son aura permettrait un bon rendement de vente.

J’ai assisté à une conférence de PR, je me permets de dire que dans cette conférence je pouvais acheter des livres sur la pédagogie Montessori, des livres sur la permaculture et l’agroécologie, mais à ma grande déception je ne pouvais pas acheter une affiche A1 avec la tête de PR dessus…

C’est une critique récurrente à gauche, nous ne supportons pas les personnes qui ont de la notoriété. Les traiter de gourous est chose aisée, puisque forcément dans le lot de personnes assistant aux conférences certaines sont effectivement en admiration. Mais c’est sous-estimer la gauche que de pensée que nous sommes en majorité des moutons. PR est un personnage public comme d’autres et je reste persuader que ceux qui écoutent PR, écoute aussi d’autres personnes et se fait un avis avec ce mélange. Nous n’avons pas une haute opinion des autres dans notre propre camp politique.

C’est tellement vrai à gauche que pour 2012 nous avions Hollande qui n’a aucun charisme et  en 2017 Hamon. Quant à JLM c’est l’ovni qui résiste et l’exception qui confirme la règle, même si je ne le rangeais pas parmi les gourous.

 

PR est les puissants de la politique


À Paris aussi, Rabhi ne laisse pas indifférent. Le Premier ministre Édouard Philippe le cite lorsqu’il présente son « plan antigaspillage » (23 avril 2018). « Cet homme est arrivé comme une véritable lumière dans ma vie », affirme son ancienne éditrice, désormais ministre de la Culture, Mme Françoise Nyssen (2). « Pierre a permis à ma conscience de s’épanouir et de se préciser. Il l’a instruite et il l’a nourrie. Quelque part, il a été son révélateur », ajoute M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire (3).

Rues, parcs, centres sociaux, hameaux portent le nom de ce saint laïque, promu en 2017 chevalier de la Légion d’honneur. Dans les médias, l’auteur de Vers la sobriété heureuse (Actes Sud, 2010) jouit d’une popularité telle que France Inter peut transformer ça matinale en édition spéciale en direct de son domicile (13 mars 2014) et France 2 consacrer trente-cinq minutes, à l’heure du déjeuner, le 7 octobre 2017, à louanger ce « paysan, penseur, écrivain, philosophe et poète » qui « propose une révolution ».

 


On sent que ce qui dérange JBM c’est que PR peut aussi bien inspirer des personnes lambda, mais aussi des politiciens. Nous avons :

  • Edouard Philippe - le Premier ministre qui n’est pas vraiment écolo,
  • Françoise Nyssen - la ministre de la Culture qui était présidente des éditions Actes Sud donc dirigeant du capital et aussi selon JMB Anthroposophe de Steiner. Elle édite des livres de PR il y a donc un conflit d’intérêts
  • Nicolas Hulot ministre de l’Écologie auparavant présentateur Ushuaia.
  • Et les médias mainstream…

 

JBM montre alors que PR est plus puissant qu’il n’y parait à travers son attitude de paysan humble.

PR ne peut être tenu responsable des récupérations politiques. Je pense qu’il est facile de comprendre que l’inspiration prétendue d’Édouard Philippe est de façade et qu’il utilise PR pour se donner bonne conscience et de faire de la communication… Ce qui me dérange c’est que si un jour Marine Le Pen s’inspire de Macron, est-ce qu’ont pourra dire que Macron est proche de Marine Le Pen ? C’est comme qualifier d’extrême droite, Étienne Chouard par le simple fait que ces travaux remarquables sur la constitution européenne et sur les ateliers constituants sont repris par des personnalités d’extrême droite que je tairai pour ne pas leur faire de publicité.

JBM dans un futur critique montre que PR est les mouvements qui découle de ces derniers ne font pas de politique. Finalement, si PR discute avec les politiciens on peut appeler ça du Lobbying, du lobbying mou, j’imagine… mais ça reste de la politique.

C’est quelque chose de récurrent à gauche, le fait qu’on va chercher à mettre en avant les personnes les moins fréquentables. C’est ce qui arrive à Edwy Plenel avec le débat organisé avec Tarik Ramadan et par conséquent Edwy était l’allié de Tarik.

C’est facile de mettre en avant ce genre de rencontre et d’occulter la majeure partie des autres rencontres, ça permet de décrédibiliser rapidement les idéaux en s’attaquant à la personne. C’est aussi ridicule que cet exemple : Hier j


’ai acheté un sandwich à Carrefour, ça fait de moi le mouton du capitalisme, mais ce qu’on ne dira pas c’est que les autres jours j’achète local et surtout pas dans un supermarché.

 

Les accointances Vichiste de PR

PR se rapproche du docteur Pierre Richard parce qu’il œuvre pour créer le parc national des Cévennes et finalement il facilite l’installation de PR en Ardèche.


« Monsieur, écrit-il au docteur Pierre Richard, nous avons eu votre adresse par le père Dalmais, qui nous a appris que vous vous préoccupiez de la protection de la nature, que vous avez activement participé à la création du parc de la Vanoise, et que vous essayez d’obtenir la création de celui des Cévennes. Nous sommes sensibles à toutes ces questions et voudrions prendre une part active en retournant à cette nature que vous défendez. »


Pierre Richard et Rabhi deviennent très proches :


Sur une photographie du mariage célébré en avril 1961, le docteur Richard offre son bras à la mariée, Michèle Rabhi, tandis que Pierre Rabhi donne le sien à l’épouse du médecin de campagne.


Voici la description de Pierre Richard selon JBM :


Instructeur d’un chantier de la jeunesse près des mines de Villemagne (Gard), sur le mont Aigoual (5). Cette expérience hygiéniste, nationaliste et paramilitaire l’influence durablement. En décembre 1945, il soutient une thèse de médecine qui assume un « parti pris évident »  : « La santé de l’homme est atteinte, et celle du paysan en particulier, et, par-delà, celle du pays, de la nation, écrit Richard — santé intégrale du corps, de l’esprit, des biens matériels, de l’âme (6).  » Quatorze ans plus tard, en 1959, le docteur Richard joue son propre rôle de médecin de campagne dans un film de propagande ruraliste intitulé Nuit blanche, où il fustige l’urbanisation, l’État centralisateur, les boîtes de conserve et la politique de recrutement des entreprises publiques qui arrache les paysans à leurs « racines ».


Et de dire ceci dans l’interview à LeMediaTV


6.30 : « Il est à l’époque (année 60) un catholique intransigeant »

8.00 : « Moi je ne fais pas le reproche à PR de penser ce qu’il pense »

9.00 : « PR à récupérer cet héritage intellectuel (Gustave Thibon)


 Richard a participé à des chantiers d’instructions pour le régime de Vichy, comme le dit Fabrice Nicollino : « Ce n’est pas glorieux, mais nous ne savons pas combien de temps il y est resté ». Cela n’empêche pas JBM d’écrire que cette expérience l’influence durablement. Avant d’aller plus loin, il est important et je vous invite à faire une petite parenthèse sur ce site qui décrit qui est Pierre Richard : http://ahpne.fr/spip.php?article79

En bref c’est un médecin écologiste, qui défend la création du parc national des Cévennes qui est aussi très (trop) catholique. Selon sa famille il aurait fait partie de la résistance pendant la guerre de 39-45.

Pour démonter Pierre Richard, JBM parle de film de propagande. Mais quelles sont les idées défendues par ce film :

  • La centralisation de l’état : nous sommes beaucoup à critiquer ce fait qui fait que les régions et les départements n’ont plus vraiment de marge de manœuvre. Certains défendent que 80% des décisions d’états puissent être prises par les mairies. JBM veut garder un état centralisé ?
  • L’urbanisation : Les terres agricoles disparaissent progressivement au profil de terrain bétonné. Les paysans sont de moins en moins nombreux. Le mouvement écolo souhaite faire réfléchir sur l’urbanisation : on voit les luttes du Larzac, de Notre Dame des Landes, du projet Europa City au triangle de Gonesse. JBM voudrait que l'oncontinue à bétonner la France entière sans se soucier des agriculteurs ?
  • Arrache les paysans à leurs « racines » : je ne comprends pas comment défendre le fait d’arracher les paysans à leur terre. L’argument de JMB est bizarre, si ce n’est l’utilisation du mot « racine » à relier aux traditions défendues par l’extrême droite.

JBM passe sous silence la complexité du Dr Richard de sa pensée et de ses actions. C’est dommage d’autant que ça n’enrichit pas le débat et ses détracteurs vont pouvoir l’attaquer là-dessus.

SI on parle d’agriculture et de ruralité, j’ai plutôt l’impression que JBM ne connait pas vraiment les enjeux de demain sur l’agriculture paysanne et le maintient des paysans dans la ruralité. Sur ces points-là, Pierre Richard est un pionnier. Aujourd’hui nous avons de moins en moins de paysans, pourtant la population ne diminue pas. Dans quelques années se posera la question de la souveraineté alimentaire, et si les paysans disparaissent il faudra de plus en plus mécaniser les terres et en posséder de plus en plus de quantité. Nous allons donc progressivement nous rapprocher de monopole local au détriment de la diversité. Dans l’interview sur LeMediaTV, j’ai même l’impression que JBM a un certain mépris pour les paysans et ceux qui veulent faire un retour à la Terre.

En gros, JBM veut démontrer comment les idées de Pierre Richard sur le retour à la terre ont ruisselé sur Pierre Rabhi et il veut montrer que le terreau de ce « retour à la Terre » ce sont les idées religieuses et vigistes.

L’idée absurde que sous-entend JBM c’est que nous prenons 100% des idées de nos mentors. Ça parait absurde, mais sinon comment peut-il être sûr que PR était à l’écoute de ce genre de propos et qu’il se les était approprié ? Si j’écoute et approuve les idées de retour à la Terre, de sobriété heureuse de Pierre Rabhi, est-ce que ça fait de moi un soutien au régime de Vichy ou un catholique ? JBM ne croit pas alors que PR soit assez intelligent pour se faire une idée de ce qui est bon à prendre et ce qui ne l’est pas.  En réalité nous prenons ce que nous avons envie de prendre à chacun et JBM le sait, mais préfère faire le raccourci pour souligner son propos.

Cette critique est comme les autres récurrente à gauche. Il faudrait que les personnes que nous écoutons, que nous lisons soient lisse de tout problème, de toute ambiguïté, de paradoxe et partage nos valeurs et nos idées. Nous ne supportons les zones d’ombres, nous ne supportons pas la complexité de l’homme malgré que nous subissions quotidiennement la simplicité de nos caricatures médiatique… Nous ne supportons pas nos contradictions. C’est tout le paradoxe à gauche de ne pas croire à l’Homme providentiel, mais de fustiger chaque Homme qui n’en serait pas un. Nous mélangeons tous les combats et en fin de compte nous ne partageons pas des combats qui peuvent nous réunir parce que sur d’autres nous ne sommes pas d’accord.

En creux JBM fait une introduction pour ses deux prochaines critiques qui est le côté réactionnaire (extrême droite) et mystique (catholique et anthroposphe) de Pierre Rabhi à travers Pierre Richard, ensuite Gustave Thibon et Rudolf Steiner.

 


Peu après, l’apprenti paysan rencontre l’écrivain ardéchois Gustave Thibon. Acclamé par Charles Maurras dans L’Action française en juin 1942 comme « le plus brillant, le plus neuf, le plus inattendu, le plus désiré et le plus cordialement salué de nos jeunes soleils », Thibon fut l’une des sources intellectuelles de l’idéologie ruraliste de Vichy. « Ce n’est pas mon père qui était pétainiste, c’est Pétain qui était thibonien », affirmera sa fille (8). Bien que ses thuriféraires n’omettent jamais de rappeler que Thibon hébergea la philosophe Simone Weil en 1941, ce monarchiste, catholique intransigeant, antigaulliste viscéral et, plus tard, défenseur de l’Algérie française fit régulièrement cause commune avec l’extrême droite.


 

Wikipédia sur le profil de Thibon :

À deux reprises, au début des années 1940 puis au début des années 1960, Gustave Thibon se trouve sous les projecteurs de l’actualité, parce que sa pensée entre en consonance avec les préoccupations immédiates de l’époque et l’idéologie à la mode : réflexion sur les causes de l’effondrement de la France et « retour à la terre » en 1940, réflexion sur les impasses du progrès industriel en 1970. Dans les années 1940, le régime de Vichy, qui se cherche des cautions intellectuelles, tente de le récupérer, lui qui a toujours refusé toute espèce de distinction sociale que son œuvre aurait pu lui rapporter (poste officiel, chaire, décorations, fauteuil académique).

(…)

En 1949, un commentateur britannique, Vernon Mallinson, mesure l’enjeu de l’activité de Thibon à cette époque, en montrant comment « la publication de ses livres pendant les années de l’occupation allemande était un événement important, parce qu’ils contenaient un défi implicite au défaitisme et à l’apathie dans lesquels étaient tombés beaucoup de ses contemporains en France. »

 

Réponse de Bernard CHEVILLIAT :

Il stigmatise la soi-disant « influence considérable » de ceux qu’il appelle ses « fréquentations vichysso-ardéchoises » des années soixante : qualificatif infamant et spéculation gratuite surtout quand on connaît l’indépendance d’esprit et l’exceptionnelle dimension métaphysique de l’œuvre d’un Gustave Thibon (avec lequel Rabhi n’aura en tout et pour tout que 4 à 5 rencontres espacées et qu’il ne cite jamais dans ses livres) ou les faits de résistance du Dr Pierre Richard, le créateur du Parc National des Cévennes (cf. site de l’Ahpne) décédé en 1968. La piste d’une influence décisive des idées réputées de droite dans le corpus idéologique de Pierre Rabhi est clairement une impasse. Sa philosophie est métisse et elle doit plus à Krishnamurti et à Edgar Pisani qu’à tout autre penseur.

 

Et celle de Fabrice Nicollino :

Gustave Thibon. Je n’en discute pas : ce philosophe mort en 2001 a eu des idées que je récuse en totalité. Il était monarchiste, sans doute maurassien, et il a été utilisé par Vichy et ses épigones. Il n’empêche que Malet, une nouvelle fois, picore ce qui sert son propos d’origine, en oubliant des points essentiels. Par des procédés casuistiques rebattues, Malet présente Thibon comme un soutien déclaré de Vichy, ce qui ne s’est pourtant pas manifesté pendant la guerre. A-t-il reçu, comme d’autres, la Francisque ? A-t-il écrit des mots d’épouvante dans la presse collabo ? Non, non et non. Il est l’un des fondateurs, en 1941, de la revue Économie et humanisme, avec des prêtres – oui, il était catho – et l’économiste bien connut François Perroux. On est toute de même loin de la Milice, non ?

Mais il y a bien mieux. En 1941 toujours, il rencontre Simone Weil, la grande, l’admirable Simone de la guerre d’Espagne et des grèves de juin 36. Elle est, dira-t-il, la grande rencontre de sa vie. Simone lui confie précieusement ses carnets quand elle part vers les États-Unis et Thibon en tirera en 1947 un livre posthume de la grande philosophe, la pesanteur et la grâce. Alors, fasciste, Thibon ?

Il le faut bien, puisqu’il faut mettre Rabhi à terre. À l’époque où Rabhi fréquente Thibon, il est un fervent catholique, comme ce dernier. A-t-il épousé des idées d’extrême droit pour autant ? Je ne le sais pas, je ne le crois pas, mais surtout Malet, qui se contente de l’insinuation, tellement commode, ne l’établit aucunement. Et c’est grave.

 

Drôle de personnage ce Gustave Thibon, Mallet le sait et prend les devants en annonçant qu’il a côtoyé Simone Weil. Encore une fois on ne peut pas reprocher à un homme les récupérations politiques de son œuvre. Cependant ce serait bien que JBM nous donne plus d’information sur l’œuvre de Thibon au lieu de cette énumération d’un sinistre personnage : « ce monarchiste, catholique intransigeant, antigaulliste viscéral et, plus tard, défenseur de l’Algérie française ». Comme pour Dr Richard, JBM fait omet ce que d’autre rappelle et j’en suis assez déçu. Je pense que JBM fait des raccourcis pour servir son propos qui est que PR a des amis vichystes ce qui expliquerait que le retour à la Terre vient de Vichy, du fascisme et de la religion catholique.

 

Le Mystique de PR

Maintenant JBM utilise l’anthroposophie de Steiner pour finir sa critique sur le fondement spirituel de PR et d’introduire sa critique suivante qui est la pseudo expérience de PR sur l’agronomie


En plus de ses fréquentations vichysso-ardéchoises, Rabhi compte parmi ses influences intellectuelles Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de la Société anthroposophique universelle . « Un jour, le docteur Richard est venu chez moi, triomphant, et il m’a mis entre les mains le livre Fécondité de la terre, de l’Allemand Ehrenfried Pfeiffer, un disciple de Steiner, raconte-t-il. J’ai adhéré aux idées de Steiner, ainsi qu’aux principes de l’anthroposophie, et notamment à la biodynamie. Lorsqu’il a fallu faire de l’agriculture, Rudolf Steiner proposait des choses très intéressantes. J’ai donc commandé des préparais biodynamiques en Suisse et commencées mes expérimentations agricoles. »


L’anthroposophie de Steiner a été étudiée par JBM, ainsi qu’une autre mouvance qui est la Théosophie de Krishnamurti. Personnellement, j’ai trouvé les articles, comme celui de Rabhi, assez caricaturaux, mais intéressants de ce que peut produire JBM. J’ai l’impression qu’il cherche à déconstruire des idoles, mais en fait une lecture toujours biaisée quand on connait un peu plus de quoi il parle.

Rudolf Steiner en son temps est l’initiateur des la pédagogie qui porte son nom : Steiner-Waldorf. Cette pédagogie s’inspire de la nature et par exemple utilise des objets naturels au lieu d’objet « complexe » comme on le fait dans la pédagogie Montessori. La critique récurrente de Steiner serait l’anthroposophie qui est perçue comme une secte et surtout « tentaculaire ». C’est en tout cas un des travaux de JBM. Vous retrouverez l’article ici : https://www.monde-diplomatique.fr/2018/07/MALET/58830

Et la réponse ici : https://anthroposophie.fr/2018/07/03/communique-du-3-juillet/ et ici : https://aether.news/lire/2018/8/3/transparence-de-lanthroposophie

J’ai souvent entendu la critique de l’anthroposophie comme une secte avec des rites particuliers et une spiritualité étrange. Les critiques ne connaissent souvent pas vraiment la réalité de ce que c’est que l’anthroposophie.  D’abord moi je la vois comme une religion, aussi ridicule à mon gout que le Christianisme, le judaïsme ou l’islam, pour autant il est hors de question d’interdire une de ces pratiques. On va attribuer le mot secte à l’anthroposophie pour la disqualifier d’entrée de jeu. Sans s’intéresser à son mode de gouvernance et à ses principes. Une secte, c’est une religion qui n’a pas autant d’adeptes. La spiritualité de l’anthroposophie est aussi ridicule que de croire que Marie a eu Jésus étant vierge, que Noé a construit une arche pour le déluge ou que nous descendons tous d’Adam et Ève… L’anthroposophie se vente d’avoir un mode de gouvernance horizontal ce qui n’est pas le cas du christianise et de notre société actuelle. Les banques les plus éthiques sont reliées de prêt ou de loin à l’anthroposophie par exemple la Nef qui est une coopérative et seule banque éthique en France. Voilà un extrait d’une des réponses sur l’anthroposophie :

En réalité, le trait dominant de ces banques est l'investissement dans l'économie réelle, avec une priorité donnée à des initiatives associatives qui portent des projets tenant compte de l'être humain et de l'environnement, aucunement réservés «au soutien des entreprises d'inspiration anthroposophique» comme le laisse entendre l'auteur. Deuxièmement, elles ne participent pas à la spéculation financière (de ce fait, elles n'ont pas été touchées par la crise du système bancaire de 2008) (3). Au contraire de l'obscurantisme «occulte» pratiqué si largement dans le monde bancaire, elles pratiquent une gestion transparente en publiant leurs comptes: c'est justement une de leur caractéristique. Outre celles que l'auteur mentionne comme Triodos en Hollande, la GLS en Allemagne, puis La Nef en France, il en existe bien d'autres dans différents pays, dont aussi la Freie Gemeinschaftsbank en Suisse, l'Ekobanken en Suède, Cultura Bank en Norvège, Mercure au Danemark. Il est intéressant de remarquer que ces banques d'inspiration anthroposophique sont pour la plupart classées premières dans leur pays respectif en matière d'éthique et de transparence. (4) Toutes sont des créations indépendantes, nées au cours de la deuxième moitié du 20e siècle ; elles ont des liens de travail entre elles et avec des banques non anthroposophiques qui poursuivent des buts éthiques semblables dans les réseaux Global alliance for banking on values et l'Institute for social banking.

 À la différence des banques en général, sociétés par actions, donc demandeurs de dividendes, elles sont constituées en coopérative, sans but lucratif. Les sociétaires possèdent des parts qui, le plus souvent, ne sont pas rémunérées et ne peuvent être cédées que sous certaines conditions. Elles ont donc un caractère de don. Les membres de la coopérative renoncent à tout ou partie des intérêts sur les dépôts, ce qui diminue les intérêts à supporter par les emprunteurs.

 

JBM introduit donc la biodynamie comme méthode agricole principale qui inspire PR et qui est liée à beaucoup de mysticisme et de spiritualité. C’est vrai que des pratiques de biodynamie sont étranges, et non scientifiques, mais il ne faut pas oublier que la biodynamie a permis entre autres de se questionner sur nos modes de production. Steiner est un des pionniers sur ce point.

 

 http://blog.m2rfilms.com/lattaque-du-monde-diplo-contre-pierre-rabhi-et-la-biodynamie/

René Dumont, qui dans un livre cosigné avec Jeanne-Marie Viel (L’Agriculture biologique : Éditions Entente, Paris, 1979) écrit:  « Steiner est un des premiers à pressentir la notion d’écosystème. Pour lui, l’exploitation agricole biodynamique constitue un véritable organisme, qui doit se suffire à lui-même. Unité de base d’un paysage agricole douée d’une santé et d’une capacité de production durables, elle est le gage de la stabilité d’une société face aux crises politiques et économiques qui peuvent surgir ».

Sur ce site : ont peut retrouver les principes de base de la biodynamie : https://www.bio-dynamie.org/biodynamie/presentation/

dès le début des années 1920, des agriculteurs s’inquiètent de constater certains phénomènes comme la dégénérescence des plantes cultivées, la perte de fécondité des troupeaux ou la diminution de la qualité des aliments. Ils font alors appel à Rudolf Steiner (1861-1925), philosophe et scientifique autrichien connu pour être le fondateur de l’Anthroposophie, un courant de pensée qui intègre les composantes psychiques et spirituelles du monde dans sa démarche scientifique.  Rudolf Steiner donna alors en 1924 un cycle de huit conférences connu sous le nom de Cours aux agriculteurs, où il posa les fondements théoriques et pratiques de cette agriculture qui cherche à saisir la nature profonde de la terre, des plantes et des animaux pour travailler en les respectant.

Les pratiques spécifiques à la biodynamie s’articulent autour de trois principes fondamentaux :

  1. Concevoir la ferme ou le jardin comme un organisme agricole, une entité autonome et individualisée.
  2. Utiliser des “préparations biodynamiques” :  préparations à base de plantes médicinales, de bouse de vache et de quartz qui agissent énergétiquement pour l’équilibre du domaine.
  3. Travailler avec les “rythmes cosmiques”, c’est-à-dire tenir compte des influences du Soleil, de la Lune, des planètes et du zodiaque.

Je crois que le constat pour l’agriculture biodynamique et biologique est une bonne chose. Le principe 1 ne me dérange pas, le 2 cependant me fait sourire quand on se penche sur les préparations biodynamiques, je préfère plutôt utiliser le compost de façon plus naturelle. Le principe 3 ne me choque pas, mais je ne l’appliquerai pas. Certains résultats chez des paysans montrent une relation entre les phases de la lune et la croissance des semis, d’autres non, moi je n’ai pas envie de m’embêter, mais peut-être qu’un jour la science le confirmera, comme la Lune qui agit sur les effets de marée terrestre.

Donc tout n’est pas à jeter comme l’affirme JBM.

 

Ses idées proches de l’extrême droite


Sa vision du monde tranche avec la néoruralité libertaire de l’après-mai. « Je considère comme dangereuse pour l’avenir de l’humanité la validation de la famille “homosexuelle”, alors que par définition cette relation est inféconde », explique-t-il dans le livre d’entretiens Pierre Rabhi, semeur d’espoirs (Actes Sud, 2013). Sur les rapports entre les hommes et les femmes, son opinion est celle-ci : « Il ne faudrait pas exalter l’égalité. Je plaide plutôt pour une complémentarité : que la femme soit la femme, que l’homme soit l’homme et que l’amour les réunisse.  »



Avant d’aller plus en avant, décortiquons un peu les phrases les plus polémiques de PR :

PR considère dangereux pour l’humanité de valider la famille homosexuelle. Ça signifie qu’il est contre le mariage homosexuel. Considère-t-on aujourd’hui qu’une personne qui n’est pas pour le mariage homosexuel soit homophobe ? Je ne crois pas, même si, personnellement je suis pour le mariage et je suis en désaccord ave PR. Pour autant, il ne dit pas qu’il est contre l’homosexualité, il remarque que l’homosexualité ne permettra pas à la civilisation humaine de se reproduire. Sa phrase est juste, mais ridicule du simple fait qu’il tant vers un extrême qui est une population 100% homosexuelle.

Je ne pense pas que PR soit homophobe comme le laisse insinué JBM et les détracteurs de PR, Cyril Dion on parle dans un de ses commentaires :

cyril-dion-1

Sa deuxième phrase ne me pose pas tant de problèmes dans le sens où chacun peut sous-entendre ce qu’il veut et polémiquer. Certains l’interprèteront de la façon suivante : une femme doit avoir un salaire plus bas que l’homme, la femme doit rester au foyer et élever des enfants, une femme étant donné son physique et sa morphologie sera plus aisé de faire telles actions qu’un homme ou inversement…

On pourrait plutôt donner du sens à cette phrase avec les actions qu’a mené PR ou plutôt comment sa descendance c’est approprié son enseignement « très strict de la femme » : Sophie Rabhi a entrepris de monter une oasis de vie «Hameau des Buis »  ou les enfants sont accompagné grâce à des méthodes de pédagogie alternatives comme Maria Montessori, Freinet, Alice Miller, Krishnamurti.

 

La pseudo agriculture de PR

PR va au Sahel pour initier des paysans avec ces seuls techniques de biodynamie et de compost : critique de René Drumont premier écologiste a se présenter à l’élection présidentielle :


Le candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974 est épouvanté par ce qu’il découvre. S’il approuve la pratique du compost, il dénonce un manque de connaissances scientifiques et condamne l’approche d’ensemble : « Pierre Rabhi a présenté le compost comme une sorte de “potion magique” et jeté l’anathème sur les engrais chimiques, et même sur les fumiers et purins. Il enseignait encore que les vibrations des astres et les phases de la Lune jouaient un rôle essentiel en agriculture et propageait les thèses antiscientifiques de Steiner, tout en condamnant [Louis] Pasteur. »


Mais René Dumont dans un autre ouvrage pense autre chose de Steiner :

René Dumont, qui dans un livre cosigné avec Jeanne-Marie Viel (L’Agriculture biologique : Éditions Entente, Paris, 1979) écrit:  « Steiner est un des premiers à pressentir la notion d’écosystème. Pour lui, l’exploitation agricole biodynamique constitue un véritable organisme, qui doit se suffire à lui-même. Unité de base d’un paysage agricole douée d’une santé et d’une capacité de production durables, elle est le gage de la stabilité d’une société face aux crises politiques et économiques qui peuvent surgir »

 

JBM conclut sur l’agriculture :


Cet épisode éclaire une facette importante d’un personnage parfois présenté comme un « expert international » des questions agricoles, préfacier du Manuel des jardins agroécologiques (Actes Sud, 2012), mais qui n’a jamais publié d’ouvrage d’agronomie ni d’article scientifique

(…)

Rabhi ne se contente pas d’exalter la beauté de la nature comme le ferait un artiste dans son œuvre. Il mobilise la nature, le travail de la terre et l’évocation de la paysannerie comme les instruments d’une revanche contre la modernité. Cette bataille illustre bien le malentendu sur lequel prospèrent certains courants idéologiques qui dénoncent les « excès de la finance », la « marchandisation du vivant », l’opulence des puissants ou les ravages des technosciences, mais qui ne prônent comme solution qu’un retrait du monde, une ascèse intime, et se garde de mettre en cause les structures de pouvoir.


Et dans son interview sur LeMediaTV :


3.15 : « PR n’a jamais signé le moindre article scientifique en agronomie »

3.30 : « En agronomie la pensée de PR est très limitée »


 

D’abord le compost est une base pour les l’agrologie et la permaculture. Voici entre autres un exemple :

https://www.facebook.com/TerreDeDemain/videos/710604989301637/?fref=gs&dti=413912175295682&hc_location=group

La réponse de Bernard CHEVILLIAT :

De toute manière, Malet affirme qu’aucune étude scientifique ne confirme la validité des techniques agroécologiques et qu’il préfère la « rationalité » et l’écologie singulière d’un René Dumont, adepte des engrais chimiques (cf. pour preuve L’utopie ou la mort, 1973, p.32 : « L’agent le plus important du progrès agricole reste encore l’emploi des engrais chimiques »). Malet passe ainsi à côté du vaste essor de l’agriculture agroécologique et biodynamique, qui est loin d’être un travail d’amateurs ou d’illuminés, et il ignore, par exemple, que Cuba, où Terre & Humanisme a opéré pendant plus d’un an, a su développer une remarquable agriculture biologique, imaginative et sans intrants chimiques, en raison de l’embargo qui lui était imposé. Il sert aussi sur un plateau – et c’est un paradoxe de sa part - des arguments à tous les opposants naturels de Pierre Rabhi que sont les organisations agricoles conventionnelles, les grands semenciers et les industriels de la chimie agricole.

 

Réponse d’un salarié de Terre et Humanisme (Stéphane Jansegers)

Pierre n'est pas un universitaire, il fait avec ce qu'il est, et il en fait déjà pas mal ! ça n'empêche pas des gens comme Marie-Monique Robin, Dominique Soltner, Jean Ziegler ou Olivier de Schutter, d'être dans ses compagnons d'action et de route, encore une fois, dialogue, échange, projets et respect ... mais pas d'adoration !

 

Pierre Rabhi n’est pas un agronome, il ne fait que tirer des enseignements de ce qu’il a pu expérimenter, tout en gardant en tête ses principes et notamment ne pas faire de mal à la Terre en utilisant des pesticides. Avec ceci il a permis de penser avec d’autres personnes l’agroécologie enseignée dans plusieurs centres de formation, dont Terre & Humanisme, au mas de Beaulieu. Il est normal de dire que Pierre Rabhi n’est pas un scientifique et que sa parole n’a pas de valeur scientifique, mais dans sa façon d’écrire JBM, porte à croire que la seule agriculture prônée par PR est la biodynamie alors que l’héritage de PR c’est plutôt l’agroécologie.

Comme le dit Bernard Chevilliat, ce qui est désolant et paradoxal pour un écolo, c’est que scientifiquement seulement les systèmes agricoles utilisant des engrais chimiques et des pesticides sont efficaces. Mais la question qu’on se pose tous, c’est pour combien de temps. J’invite à lire les conférences et les écris des Bourguignon (pas le bœuf) : http://www.lams-21.com/artc/1/fr/

L’agriculture est tellement interconnectée avec les vivants avec son environnement qu’il est difficile de prouver des choses scientifiquement. Dans certains endroits du globe, des paysans utilisent les cycles lunaires chers à Steiner pour faire leur production et en comparaison ils ont un meilleur rendement, pour d’autre ça ne fonctionne pas. En permaculture l’INRA a cherché à savoir si la ferme du Bec Hellouin pouvait être une solution à a crise agricole actuelle, et ça à l’air possible. https://www.fermedubec.com/ et http://www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Agroecologie/Tous-les-magazines/Ferme-du-Bec-Hellouin-la-beaute-rend-productif

Linda Bedouet dans sa ferme en permaculture lui permettent de vivre avec son mari avec un salaire à 700€ par mois. Elle pourrait avoir un SMIC, mais préfère mettre de coté au cas ou et pour se payer un voyage par an en janvier.

 

JBM critique ensuite l’association fondée par PR : Terre et Humanisme


Fondée en 1994 sous l’appellation Les Amis de Pierre Rabhi, l’association Terre et humanisme, dont un tiers du budget provient de dons tirés des produits financiers Agir du Crédit coopératif (plus de 450 000 euros par an), poursuit l’œuvre entamée par Rabhi au Burkina Faso en animant des formations au Mali, au Sénégal, au Togo, ainsi qu’en France, sur une parcelle d’un hectare cultivée en biodynamie, le Mas de Beaulieu, à Lablachère.


Voici un extrait de la réponse de Terre et Humanisme :

Le Mas de Beaulieu à Lablachère en Ardèche est le siège social de l’association. Ce n’est pas le lieu de résidence de Pierre Rabhi. Les jardins cultivés (sur une petite surface : 800m2) sont des supports pédagogiques pour transmettre les techniques de jardinage agroécologique. En aucun cas ce lieu n’est une ferme à vocation de production ni de rentabilité. La nourriture produite dans les jardins est consommée directement par les publics accueillis et les salariés de l’association. Le Mas de Beaulieu n’est pas une « ferme Potemkine », mais bien un lieu d’expérimentation et d’apprentissage agroécologique.

  • Les jardins autour du Mas de Beaulieu sont cultivés selon les principes de l’agroécologie (aucun intrant de synthèse, associations de culture, rotations, engrais verts, paillage, préservation des écosystèmes… ). Les jardiniers sont libres d’expérimenter d’autres techniques, tant qu’elles ne vont pas à l’encontre des valeurs de préservation de l’environnement prônées par l’agroécologie. Ainsi, certaines pratiques biodynamiques sont parfois testées au jardin, sans pour autant les transmettre à nos publics, car ce ne sont que des expérimentations et observations.

Celle d’un salarié de Terre et Humanisme (Stéphane Jansegers)

Ensuite concernant Mallet, il est passé à l'asso Terre & Humanisme (20 salariés, indépendants de Pierre et autonomes sur son organisation) et mes collègues ont passé deux heures à lui expliquer les actions et missions de l'association, missions qui tournent toutes autour de fonctions pédagogiques, expérimentations, et transmission de savoirs et savoir-faire d'agroécologie (qui au passage dépasse très largement le seul spectre de la biodynamie !! Mais bon passons...), et lui, à fait le triste résumé de Terre & Humanisme comme étant une ferme !! ... et qu'elle ne faisait QUE de la biodynamie ... En gros, il n'a rien compris !! CE N'EST PAS UNE FERME !!! Si c'en était une effectivement il serait temps de se poser des questions sur le bienfondé de l'agroécologie ! Est-ce qu'il n'existe pas des centaines de fermes en agroécologie qui fonctionnent pour autant ?? Quelle farce ! C'est comme si vous passiez dans une classe d'un cours d'anatomie et que vous ressortiez en disant que c'est un hôpital qui ne fonctionne pas ... Vous parlez de sérieux.

 

 Les bénévoles de Terre et Humanisme et des Amanins

 JBM comme beaucoup d’autres qui critique l’héritage de PR s’en prennent aux nombres de bénévoles dans ce genre d’association et notamment chez Terre et Humanisme


entre 2004 et 2016 s’y sont succédé (à Terre et Humanisme) 2 350 bénévoles, les « volonterres », qui travaillent plusieurs semaines en échange de repas et d’un hébergement sous la tente.


 

Réponse de Terre et Humanisme :

En outre, nous accueillons dans nos jardins des personnes (les « volonterres ») en séjours d’immersion. Ils viennent apprendre à cultiver la terre, accompagnés par nos jardiniers-animateurs qui sont sans cesse avec eux pour leur transmettre les techniques agroécologiques et répondre à leurs questions. Ce programme de solidarité (transmission de savoir-faire gratuite) est un accord entre les deux parties : le « volonterre » participe à la vie des jardins, en échange de laquelle il reçoit une transmission de savoir et savoir-faire au quotidien, l’accès libre à tous les repas, un espace pour planter sa tente, ainsi que la participation à des ateliers (de communication non violente, d’animations sensorielles dans la nature…). Ce programme ne peut être qualifié de « main-d’œuvre gratuite ». Le temps consacré à l’accompagnement pédagogique des publics, qui est notre vocation principale, est du temps en moins dédié à de la production nourricière pure. L’objectif de nos jardins n’est pas d’être un modèle de ferme en agroécologie, mais de transmettre les techniques de jardinage agroécologique au plus grand nombre.

 

Même critique pour les Amanins


Aux Amanins (La Roche-sur-Grane, Drôme), l’infrastructure d’agrotourisme née en 2003 de la rencontre entre Rabhi et l’entrepreneur Michel Valentin (disparu en 2012), lequel a consacré au projet 4,5 millions d’euros de sa fortune, s’étendent sur cinquante-cinq hectares. Elle accueille des séminaires d’entreprise, des vacanciers, mais aussi des personnes désireuses de se former au maraîchage. La production de légumes repose sur deux salariés à temps partiel (vingt-huit heures hebdomadaires chacune) qu’épaule un escadron de volontaires du service civique ou de travailleurs bénévoles, les wwoofers (mot composé à partir de l’acronyme de World-Wide Opportunities on Organic Farms, « accueil dans des fermes biologiques du monde entier ») : « En échange du gîte et du couvert, les wwoofers travaillent ici cinq heures par jour, explique la direction des Amanins. Nous ne payons pas de cotisations sociales, et c’est légal. »


Dans cet exemple, n’oublions pas que « Terre et Humanisme » est un espace de formation et une association sans but lucratif. Les bénévoles sont là pour apprendre des techniques et des méthodes agricoles.

Pour l’éco village comme les Amanins ou les centaines d’éco village issu des Colibris ou des associations de Hubert Reeves, ils utilisent pour beaucoup les bénévoles comme main d’œuvre.

La critique de la relation aux bénévoles existe et est beaucoup utilisée pour discréditer les projets d’Oasis des colibris, les projets d’agroécologie, mais pas de permaculture ou des oasis d’Hubert Reeves. Je pense qu’il est nécessaire d’y répondre et d’expliquer le contexte parce que j’ai vraiment l’impression que ceux qui critiquent ne comprennent pas comment tout s’articule. La critique est utile, mais il faut savoir de temps en temps comparer avec ce qui se fait et imaginer des alternatives.

 

D’abord je pense nécessaire de rappeler des choses importantes : l’agriculture traditionnelle subit des vagues de suicides assez inquiétants, cette agriculture attire de moins en moins de personnes et les nouveaux paysans se tournent plutôt vers du biologique ou de la permaculture/agroécologie. C’est important de rappeler que la rentabilité d’une ferme est très compliquée, que ce soit en agriculture conventionnelle, bio ou alternative. Le conventionnel se mécanise de plus en plus, croule sous les dettes, achète de parcelles pour bénéficier de la PAC (politique agricole commune) qui donne des subventions à l’hectare. Si le paysan survit, une fois à la retraite il n’a pas de repreneur, parce qu’il est trop endetté et parce que la surface est trop grande. De plus l’agriculture conventionnelle nous empoisonne avec les pesticides, les graines ne sont pas reproductibles et la souveraineté alimentaire se retrouve aux mains des lobbys et des multinationales comme Monsanto, Syngenta, Bayer… certains paysans qui exploitent en conventionnel ne mangent même pas leur production, et ils peinent à attirer les jeunes. Partant de ce constat la bio est apparue avec des techniques plus sensibles à l’environnement et à l’humain, et pour aller plus loin à émerger la Permaculture et l’Agroécologie. Ces dernières expérimentent le travail agricole sans pétrole, avec plus de main d’œuvre, moins de surface potagère et plus de surface forestière. Mais pour construire ce modèle, il faut de l’aide. Les aidants sont prêts à faire, soit des stages, soit des formations pour apprendre le fonctionnement. Il existe par exemple le Wwoofing pour faire un échange : je travaille à la ferme 20h et en échange je suis nourri, loger et j’apprends les techniques. C’est la même chose quand on est fille ou garçon au pair à l’étranger pour apprendre une langue par exemple. Il existe des organismes de formations comme sur le site de l’UPP (université populaire de permaculture). Terre et humanise est un organisme de formation et les apprentis permaculteur payent pour apprendre la théorie et la pratique de ces modes de production. En ce qui concerne les prix exorbitants, je vous laisse juge avec la réponse de Terre & Humanisme :

Terre & Humanisme sont reconnus « Organisme de Formation ». Nous proposons une formation longue professionnalisante d’Animation en Agroécologie, inscrite à l’inventaire de la CNCP (Commission Nationale de la Certification Professionnelle) comme formation certifiante. · Nos formations toutes publiques nous apportent des ressources qui équilibrent les charges afférentes (frais d’ingénierie pédagogique, de formateurs (salariés et prestataires), d’administration et d’accueil sur le lieu (électricité, chauffage, eau, repas)). · Notre prix moyen d’une journée de formation est généralement inférieur à celui des autres organismes de formation non cofinancés par l’état.

 

Pour ma part j’ai fait une initiation à la permaculture vers Paris et j’ai payé ça 150€ pour deux jours. C’est ce qui se fait dans la profession. J’ai alors appris la théorie de la permaculture et j’ai participé à des travaux pédagogiques sur le jardin de l’organisme de formation. J’ai permis de faire des semis, j’ai planté des choux sur butte et j’ai enlevé les mauvaises herbes, c’est normal pour avoir une petite expérience de terrain et pour ne pas rester que dans la théorie. Si j’en crois Mallet, j’ai été exploité… Bien évidemment je vois les choses différemment comme pour la majorité des bénévoles ou des apprentis.

C’est souvent pour un échange et une transmission. J’ai vu beaucoup de projets d’éco village se construire et beaucoup de personnes venir prêter main-forte pour la construction d’une maison ou d’un jardin… Ce sont pour le moment des méthodes alternatives de conception de lieu de vie et je pense qu’il faudrait se féliciter de l’engouement que ça prend. Essayez de construire votre maison et demandez à votre voisin de venir vous aider ! Dans les cas des éco lieux, en plus de votre voisin, des personnes de toute la France viendront vous aider de leur plein gré pour apprendre de nouvelle méthode de faire pour plus tard les appliquer à eux même ou pas. L’individualisme gangrène notre monde, mais quand des projets collectifs émergent ça pose un problème parce que les individus dans ce collectif ne demandent aucune rétribution financière en échange !

Les bénévoles ne permettent pas un enrichissement des propriétaires, mais donnent un bol d’air. C’est le retour en quelque sorte du troc et de l’échange de temps.

 

Les bénévoles font partis intégrants de la France, que ce soit dans les associations sportives, syndicalistes, écologistes. Sans bénévoles il n’y aurait pas de Greenpeace, Sea Shepard, ni de Terre et Humanisme ou Colibris, ni d’associations sportives.

On pourrait croire que Terre et Humanisme s’enrichissent sur le dos des bénévoles et voici leur réponse :

Notre équipe opérationnelle est composée de 20 salarié.e.s, à temps complet ou temps partiel choisi. L’équipe fonctionne en gouvernance partagée et a créé des instances décisionnaires sur la base de l’élection sans candidat ou du volontariat, pour certaines prises de décisions, en lien avec le Conseil d’Administration. L’écart entre le plus haut et le plus bas salaire est de 1.34.

Le Conseil d’Administration est composé de 15 administrateurs, adhérents et bénévoles, qui souhaitent s’engager pour mettre à disposition de l’association leurs compétences pour l’accompagner dans son projet et son développement.

 

Ce que prône PR ne fonctionne pas

C’est la une critique très forte de JBM ou des détracteurs de PR. L’agroécologie, les éco lieux ne sont pas rentables et ne changent pas la face du monde.


Malgré la taille du site et la main-d’œuvre abondante, les Amanins déclarent ne pas atteindre l’autosuffisance alimentaire et achètent 20 % de leurs légumes. « J’ai vu des gens partir en claquant la porte, en se plaignant d’être exploités, témoigne Mme Ariane Lespect, qui a travaillé bénévolement au Mas de Beaulieu, géré par terre et humanisme, ainsi qu’aux Amanins. Mais je crois qu’ils n’ont pas compris le message de Pierre Rabhi. Sortir du système, retrouver un échange humain, c’est accepter de travailler pour autre chose qu’un salaire, et de donner. »

Le prophète-paysan ne tire aucun profit monétaire de ces engagements bénévoles. Mais ces apprentis jardiniers sans grande expérience ni connaissances agronomiques qui bêchent le sol des « fermes Potemkine » donnent du « contre-modèle » Rabhi une image télégénique d’exploitation biologique économiquement viable — alors que ces fermes réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires en facturant des formations.


Comme cité plus haut, ni pour Terre et Humanisme, ni pour les Amanin l’objectif est d’arrivée à l’autosuffisance. Mais les résultats sont quand même encourageants.

Il les traite de « fermes Potemkine », autrement dit d’attrape-nigauds, de fermes de façade « où il fait bon jouer de la guitare autour du feu entre jeunes le soir venu ». Mais ces Centres de formation et de conférences ont-ils jamais prétendu être des fermes « autosuffisantes » ? Qui peut imaginer qu’avec les petits jardins du Mas on puisse nourrir des stagiaires, des bénévoles (qui sont aussi apprenants !) et des salariés ? Ces structures ont-elles d’ailleurs jamais prétendu être des modèles économiques ? Bien évidemment non. Ce sont des espaces associatifs expérimentaux qui n’ont aucune prétention à l’autarcie même s’il faudrait pondérer le propos au vu de l’autonomie alimentaire à 80% des Amanins et les 33 000 repas servis chaque année. Leur faire un reproche de dépendance économique et d’amateurisme est un procédé polémique.

De toute manière, Malet affirme qu’aucune étude scientifique ne confirme la validité des techniques agroécologiques et qu’il préfère la « rationalité » et l’écologie singulière d’un René Dumont, adepte des engrais chimiques (cf. pour preuve L’utopie ou la mort, 1973, p.32 : « L’agent le plus important du progrès agricole reste encore l’emploi des engrais chimiques »). Malet passe ainsi à côté du vaste essor de l’agriculture agroécologique et biodynamique, qui est loin d’être un travail d’amateurs ou d’illuminés, et il ignore, par exemple, que Cuba, où Terre & Humanisme a opéré pendant plus d’un an, a su développer une remarquable agriculture biologique, imaginative et sans intrants chimiques, en raison de l’embargo qui lui était imposé.

L’autonomie alimentaire atteint 80 % au global. Nous sommes, en servant 33.000 repas par an, autonomes sur la production maraichère, laitière, viande et œufs. L’huile, les condiments, épices, thés et café, expliquent l’essentiel des 20 % sur lesquels nous sommes tributaires d’apports extérieurs.

 

Il faut rappeler une chose importante : PR a assurément initié avec d’autres les associations comme les Colibris, Terre & Humanisme ou les Amanins. Mais faire la critique de PR en essayant de démonter ces associations me parait compliqué. D’abord PR ne gère plus rien dans ces associations comme ont répondu ces dernières. Mais quitte à critiquer les colibris ou Terre et Humanisme autant faire un vrai boulot d’investigation pour voir si les projets issus de ces formations arrivent à atteindre la rentabilité ? Donc JBM exclut d’un revers de la main toutes les initiatives des oasis de vie, mais aussi celles de l’agriculture alternative. La permaculture et l’agroécologie sont deux choses presque identiques si ce n’est que la permaculture à un sens plus large et que l’agroécologie se cantonne à l’agriculture. On pourrait simplifier en disant que l’agroécologie peut représenter une façon de faire l’agriculture en permaculture. Le problème c’est que certaines fermes atteignent la rentabilité, en mixant, le maraichage, la formation et l’aide de Wwoofer. D’autres permettent une autonomie alimentaire. Je vous invite à consulter les sites suivants pour vous faire une idée de ce qu’il est possible de faire avec les principes de permaculture et/ou agroécologie :

Les tomates de Pascal Poot : https://www.lepotagerdesante.com/

JBM explique dans l’interview sur LeMediaTV qui ne croit pas aux actions individuelles des Colibris


30.50 : Il faut le dire chez les colibris il n’y absolument pas d’action politique (..) Dans les bibliothèques de Terre & Humanisme on trouve des livres sur la biodynamie, de l’homéopathie, mais pas dans les critiques sociales. Ce sont des gens qui organise une bulle dans la société et ça peut être intéressant … de se ressourcer, de faire un peu de jardinage de faire du maraichage de se retrouver avec des gens s’empathiques, mais de là à penser que ça peut représenter une véritable alternative aux colibris. Les colibris ne représentent pas une alternative.

Pierre Rabhi ne dérange personne, c’est une écologie inoffensive, mais ce n’est pas avec cette écologie qu’on transforme la société.


Bon déjà on voit comment JBM biaise son argumentaire en associant Terre & Humanisme à la biodynamie et l’homéopathie… En oubliant de préciser l’agroécologie et les autres livres que promeuvent Terre & Humanisme. On trouve entre autres :

  • Mollison B., Holmgren D., 1981. Permaculture. Debard.
  • Morez R., 1997. Les cahiers de l’agroécologie. Cahiers 1 à 12. Perrault Editions.
  • Renaud V., Dudouet C., 2007. Le traité Rustica du potager. Rustica Edition.
  • Fukuoka M., 1985. L’agriculture naturelle. Guy Trédaniel Editeur.
  • Fukuoka M., 2000. La révolution d’un seul brin de paille. Guy Trédaniel Editeur.
  • Guillet D., ?. Les semences de Kokopelli. Kokopelli.

Stéphane Jansegers écris :

Sankara était très influencé par la pensée de Pierre, combien de pays ont poussé le modèle de l'Agroécologie à ce point ... Son assassinat en 87 alors qu'il avait chargé Pierre de repenser avec lui les modèles de production du pays ... n'est pas sans rappeler tous les autres meurtres de défenseurs du vivant et des populations "pauvres" (je mets des guillemets, parce que la richesse ce n'est pas juste une question d'argent !!)... question sérieuse on est pas mal, non ? ! ... Et pourquoi diable Mallet n'évoque pas les centaines de projets réussis par les partenaires africains ?? Quand on lit son article on a vraiment l'impression que Pierre est un foireux personnage, allez un peu visiter le centre de l'AIDMR au Burkina et on en reparle ! https://aidmr.wordpress.com/nos-villages/ ...

Si on regarde la carte des oasis façon Colibris, on voit que ce n’est pas non plus à jeter puisqu’il y’a de plus en plus de personnes qui créer ce genre d’oasis que ce soit avec les Colibris ou les oasis nature avec Hubert Reeves :

https://www.colibris-lemouvement.org/projets/projet-oasis/carte-oasis

http://www.humanite-biodiversite.fr/qu-est-ce-que-les-oasis-nature

 

C’est sur cet argument qu’on voit un peu plus pourquoi JBM critique PR. Les deux visions divergent, voici quelques phrases de la critique de JBM sur LeMediaTV :


17.35 : PR a en lui en tête son utopie à lui, qu’on soit tous des paysans proches de la terre lié à une forme de spiritualité, en fait c’est une nostalgie de l’ancien régime (…) c’est une conviction qui m’est propre (…), mais en la réalité c’est que PR a une nostalgie de ce qui se faisait avant.

19.45 : Je crois qu’on perd beaucoup de temps à vouloir adopter une forme de pureté morale, l’exemplarité. Nous savons des téléphones dans notre poche fabriqués en Asie par des exploités, mais nous ne l’avons pas choisi, nous n’avons pas à culpabiliser. Cette idée de la culpabilité est une idée religieuse et je pense qu’il faut s’en débarrasser.

23.30 : il faut changer notre manière de vivre et demander au patron des multinationales de changer eux-mêmes, je pense que c’est une vision un peu naïve des rapports de force, c’est de l’écologie inoffensive.

28.10 : changement individuel, le fabliau du Colibri, mais ce que Rabhi ne dit pas c’est que dans la légende le Colibri meurt d’épuisement, sans réussi à atteindre l’invendu et je pense qu’il faut prendre en considération la légende dans son ensemble et voir qu’individuellement et inéluctablement les colibris mourront d’épuisement.

29.55 : Ce n’est pas simplement en ayant des actions individuelles, en ayant un petit potager qu’on va transformer notre société, c’est en organisant une force collective et un rapport de force que ce genre de chose va arriver.

Pierre Rabhi ne dérange personne, c’est une écologie inoffensive, mais ce n’est pas avec cette écologie qu’on transforme la société.


Finalement JBM ne croit pas que les Colibris proposent un modèle de société alternative, j’aimerais bien savoir ce que peut être une société alternative selon lui ? Si on jette les colibris à la poubelle, alors on jette aussi les fermes permaculturelles, les oasis nature, les AMAP, Alternatiba… Gardons alors seulement Greenpeace, SeaShepard, EELV. Sauf que ces associations se sont structurées par une conscience écologique et par des actions individuelles.

Pour ma part au lieu d’avoir une position aussi tranchée, je dirai qu’il faut à la fois des expérimentations d’abord individuelles, qui deviendront collectives pour montrer un chemin possible et des personnes plus engagées politiquement pour proposer un modèle alternatif à partir de ces expérimentations. Ou plutôt plusieurs modèles alternatifs. Ce que ne comprend pas JBM, je pense, c’est que le modèle prôné par ces oasis c’est justement de ne pas produire une recette de cuisine imitable à l’infini c’est plutôt de créer de multitude de systèmes locaux et non centralisés. Donc des milliers voir des millions de projets différents.

Je pense que pour le moment personne n’est capable d’imaginer un projet alternatif de société complète. Mais les Colibris veulent en proposer un :

L’association (Colibris) place le changement personnel au cœur de sa raison d’être, convaincue que la transformation de la société est totalement subordonnée au changement humain. Colibris s’est donné pour mission d’inspirer, relier et soutenir les citoyens engagés dans une démarche de transition individuelle et collective.

Les Colibris c’est aussi des formations sur l’agroécologie, sur les logiciels libres, sur la gouvernance partagée, sur la démocratie… le champ est en réalité large et permet à chaque citoyen de se faire une idée précise des enjeux.

JBM n’y croit pas une seule seconde et je pense qu’il se trompe. Changer individuellement c’est avant tout se recentrer sur ses besoins vitaux, sur le sens que l’on veut donner à sa vie. Qui est d’accord pour manger des animaux torturés, qui est d’accord pour faire travailler des enfants pour avoir un smartphone, qui est d’accord pour utiliser des esclaves modernes pour la fabrication de nos vêtements, qui est d’accord pour donner des données au GAFAM, qui est d’accord pour que les poissons mangent de plus en plus de plastique ? Personne, mais c’est long de changer, de trouver des solutions, mais sans se questionner et sans se changer rien ne changera au niveau politique et le discours sonnera creux… C’est bien ce que reproche JBM à PR : qu’il ne s’applique pas à soi-même la sobriété heureuse. (On verra ce passage par la suite)

Sa consommation est un acte politique. Les personnes qui choisissent de manger bio, en vrac, local s’ouvre à un nouveau réseau, à de l’entraide spontanée. Elles sont plus heureuses parce qu’elles choisissent leur consommation. Changer soi-même c’est aussi l’opportunité de se mettre en accord avec ses valeurs même si nous avons tous nos contradictions. C’est aussi pouvoir transmettre par l’exemple et non par l’autorité. Si un père dit à son enfant : « Non ! tu ne dois pas jouer sur la tablette » alors que lui passe son temps dessus. Quel message reçoit l’enfant ? « Fais ce que je dis, pas ce que je fais », non dans l’éducation des enfants ça ne fonctionne pas, alors pourquoi chez l’adulte ça fonctionne… faire ces petits changements permettent de mieux transmettre ses idéaux et ses valeurs. C’est en changeant moi-même mes habitudes que je prends de plus en plus conscience de l’impact que peuvent avoir mes actions, celles des multinationales, celles des politiciens. Finalement se changer soi-même c’est aussi et surtout aiguiser son esprit critique, parce que pour changer il faut se renseigner.

C’est tout le combat de Krishnamurti de se défaire de ses traditions, de ne pas avoir de gourou et de se changer soi-même pour changer le monde. Albert Einstein disait ceci :

Tout le monde veut que ça change, mais personne ne veut changer.

La manière de penser qui a généré un problème ne pourra jamais le résoudre

Pour autant, cela ne suffit pas surement pas. Les politiciens, les militants écologistes doivent s’emparer de ces alternatives. C’est ce que fait Alternatiba, les amis de la terre et ANV-COP21 (Action non violente). ANV-COP21 fait des actions de désobéissance civile à partir des données des amis de la Terre et propose les alternatives proposées par Alternatiba. Alternatiba dit agir sur ses deux jambes : Celle des alternatives et celles politique avec des actions non violentes de désobéissance civile. Vincent Verzat de la chaine Partagez c’est sympa pensent également que l’engagement politique est un enjeu, qu’il faut faire pression. C’est vrai c’est un des enjeux, mais je pense que nous n’avons pas encore convaincu la majorité de la population de la nécessité de faire appliquer ces changements. L’exemple d’Aurélien Barrau est intéressant. Quand lui demande au gouvernement d’être prioritairement écologiste, de faire des lois et des mesures en lien avec l’écologie, même si ça déboussole la majorité de la population, il se fait traiter de dictateur.

Alors, dans un sens, ceux qui font de leur côté pour changer les consciences sont des bobos rigolos et qui ne servent à rien et ne feront pas changer les choses d'un point de vue politique. Dans l’autre sens quand un gars dit qu'il faut que les politiciens doivent se bouger le cul pour nous proposer des lois qui soient en faveur de la biodiversité et de notre avenir on crie au dictateur parce que la population n'est pas prête...

Pour répondre à JBM sur le fait que les changements se feront essentiellement en politique je lui pose certaines questions : est-ce que les politiciens se sont engagés sur des chemins différents sans la majorité de la population ? Quelles sont les actions qui permettent de faire prendre conscience de l’impact écologique de chacun ? Pourquoi les gens ne se projettent pas ? Est-ce qu’on peut mobiliser des gens non convaincus ? Est que la majorité des gens convaincus sont mobilisés pour faire le rapport de force ?

L’argument qu’on entend souvent est le suivant : « Je n’arrive pas à me projeter de façon positive sur un monde plus durable » la réalité est que les gens non convaincus attendent une solution positive au changement de modèle de société et que personne n’est capable d’en esquisser le portrait. En vrai rien que le fait d’ « attendre » pose problème. Pour ma part je ne crois pas du tout au discours du directeur France de WWF sur ONPC qui est que les solutions sur le problème d’effondrement se feront avec les technologies actuelles fabriquées en masse et avec les nouvelles technologies, mais peuvent être que JBM est d’accord avec lui et ça peut être un débat intéressant. https://www.youtube.com/watch?v=jdoaThzPJgk

Et terre est humanisme de conclure

Pierre Rabhi a été à l’origine de nombreuses structures, nées de sa propre initiative ou de ses idées : Terre & Humanisme, le Mouvement des Oasis en tous lieux, le centre agroécologique Les Amanins, la Ferme des enfants-Hameau des Buis, le mouvement Colibris, le Fonds de dotation Pierre Rabhi. Après 40 ans d’engagement, nous lui sommes reconnaissants pour son travail et ses nombreux partages.

À ce jour, chaque structure est indépendante tant dans sa gouvernance que dans sa gestion financière. Elles œuvrent chacune pour la diffusion et l’expérimentation de modes de vie respectueux de la nature et de l’être humain.

L’agroécologie est bien plus qu’un ensemble de pratiques : elle participe à créer un équilibre entre agriculture et écologie, qualité et quantité, activités humaines et biodiversité, philosophie et techniques, écosystèmes et systèmes sociaux.

 

Pierre Rabhi la sobriété financière c’est pour les autres

Cette critique n’apparait pas sur l’article du monde diplomatique, mais plutôt sur une vidéo et interview de JBM à France Inter et sur LeMediaTV

https://www.youtube.com/watch?v=735CQFuTauY&feature=youtu.be

JBM dit que PR a gagné 500 000€, mais ça fait plus gros de l’annoncer la façon suivante « un demi-million d’€ de ces ventes de livres en 10 ans ». De plus PR facture une partie de ces conférences entre 1000 et 2000€ ce qui lui fait un gain entre 7000 et 10000€ selon les mois.

Voici les réponses Bernard Chevilliat, Président du Fonds de dotation Pierre Rabhi . (c’est long, mais ça vaut le coup)

Pour preuve de sa bonne foi qui était mise en cause, Pierre Rabhi a même accepté de produire à M. Malet ses 5 dernières fiches d’impôts réalisées par un centre de gestion agréé. Celui-ci tronque la vérité et il trahit surtout la confiance qui lui a été faite.

Depuis le début de son enquête, Jean Baptiste Malet interprète que les milliers de livres vendus et les dizaines de conférences données ont enrichi leur auteur et décrète que Pierre Rabhi aurait dû attribuer ces fonds aux associations ou structures qui se revendiquent de lui ou qu’il a créées. Celles-ci, totalement indépendantes de Pierre Rabhi, ne demandent rien, mais le journaliste entend s’exprimer pour elles. Il oublie juste de préciser qu’en dehors de ses droits d’auteur qui fluctuent au fil des années, Pierre Rabhi n’a pour vivre qu’une retraite de paysan (788€) et qu’il n’est présent dans ces associations qu’à titre honorifique (à l’exception des Amis de Solan dont il assure toujours la présidence), qu’il n’a aucun lien organique avec elles et qu’il est donc totalement abusif de parler de « système ».

Au demeurant, Pierre a attribué à l’une d’elles – Colibris - les droits d’auteur du Manifeste pour la Terre et l’Humanisme, qui ne s’est pas « peu vendu » comme le balaie trop vite Jean Baptiste Malet puisque les ventes dépassent à ce jour les 130 000 exemplaires tous réseaux confondus soit 11 à 12% des ventes de tous les livres. Pierre Rabhi a aussi orienté les droits d’un ouvrage collectif (se changer pour changer le monde) vers le Fonds de dotation.

Les ventes comptabilisées par le GfK indiquent que Pierre Rabhi a effectivement vendu 1.167.000 ouvrages (cumul à juin 2018), mais il s’agit là de toutes les ventes réunies d’une longue vie d’écrivain et la majeure partie de ces ventes s’est faite sur des formats poche. Pour que l’on comprenne bien, il faut savoir qu’en format poche les droits d’auteur sont divisés par deux et indexés sur le prix public du livre qui est bas. On parle donc de quelques centimes d’euro par livre.

Pierre et Michèle Rabhi, qui ont cinq enfants, n’ont pas de villa ou de piscine. Ils sont justes usufruitiers de la ferme dans laquelle ils habitent depuis 1963, qu’ils ont largement réparée et transformée de leurs propres mains.

Ils ne sont détenteurs d’aucune valeur mobilière ou immobilière ni d’aucun contrat d’assurance-vie et leur train de vie reste inchangé depuis des années. Leur seule épargne se résume à un livret A et à un livret d’épargne Développement durable. Pas de comptes off-shore, d’œuvres d’art ou de gadgets électroniques ! Une Peugeot 308 (de 2015) et une 206 pour tout luxe.

Vu l’irrégularité des rentrées, il est en tout cas foncièrement trompeur d’affirmer que Pierre Rabhi gagne de 7 à 10 000 euros par mois et qu’il peut donc aisément assumer le salaire et les charges d’une assistante (43 000 euros par an) ou redistribuer des sommes aux structures qu’il a créées. Lissés sur dix ans, retraites incluses, les revenus de Pierre Rabhi et de son épouse sont inférieurs à 45 000 euros annuels même s’ils ont récemment connu une certaine croissance temporaire.

Sur les 30 à 35 conférences annuelles, la moitié d’entre elles sont en réalité faites à titre gratuit. L’autre moitié est le plus souvent facturée entre 1000 et 1200€ et, pour se faire une plus juste idée de la somme effectivement perçue, on doit déduire 40% de cotisations, ce qui laisse au final 700€ (pour mémoire, un conférencier de la notoriété de Pierre Rabhi monnaye volontiers son intervention entre 6000 et 10 000 euros la conférence). Qui plus est, très souvent et notamment lors de ses voyages à l’étranger, Pierre Rabhi prend à sa charge ses frais de déplacement. Là aussi, comparé à ce qui se pratique couramment par le premier conférencier venu, le coût est extrêmement faible en regard de sa notoriété et de son âge. Même Jacques Monin, quand il l’interview sur France Inter, reconnaît timidement que « ce n’est pas énorme », mais Jean Baptiste Malet fait mine de ne pas l’entendre.

Jean Baptiste Malet affirme que le Fonds de dotation regorge de subsides et que nous percevons d’énormes sommes d’argent.

C’est faux. Nous réussissons à réunir péniblement 50 à 60.000 euros par an ce qui, en comparaison d’autres fondations ou fonds, est très peu et c’est en moyenne ce que nous redistribuons. Depuis sa création, de 2014 à 2017, le Fonds a accompagné une trentaine de projets et distribué 250.000 euros d’aide. Il nous faut aussi préciser que mis à part les frais de fonctionnement, les fonds collectés ne peuvent être utilisés, conformément à nos statuts, que pour la création de Centres de formation à l’agroécologie ou pour des actions ciblées et en lien direct avec la promotion de l’agroécologie. Il en va de même pour le seul legs important perçu à ce jour (il y a seulement deux ans) que la généreuse donatrice avait réservé à Pierre Rabhi et à ses actions. Nous nous efforçons donc de gérer en « bon père de famille » plutôt que de dilapider à tout va les fonds qui nous ont été confiés. Qui plus est le grand projet de « village modèle » cher au cœur de Pierre - avec précisément la création d’un Centre de formation à l’agroécologie en milieu aride - que nous menons depuis un an à Maaden en Mauritanie saharienne va nécessiter des fonds très importants. En 2018, à ce jour, nous allons ainsi distribuer plus de 150.000 euros, dont un tiers pour le projet mauritanien. Ceci étant posé, je précise que tous les membres du Fonds de dotation sont bénévoles et qu’ils prennent à leur charge tous leurs frais de déplacement. La seule salariée du Fonds est sa secrétaire qui épaule aussi Pierre Rabhi dans la gestion de son agenda. En contrepartie de cette aide, celui-ci met gratuitement à la disposition du Fonds trois pièces de sa maison, dont une salle de réunion et un bureau. Pas de quoi en faire tout un foin.

Au final, JBM fait des hypothèses, mais elles se révèlent inexactes. La vertu des questionnements de JBM, c’est d’avoir reçu une réponse sur ce que gagne PR et ce qu’il en fait. Ce que je retiens c’est que Pierre Rabhi touche beaucoup d’argent via ces livres et ces conférences. Ce sont des sommes qui ne me choquent pas au contraire de JBM et d’autres personnes contre PR. Les auteurs sont trop souvent en situation de précarité qu’ont ne peut pas faire le reproche à PR de gagner de l’argent en droit d’auteur. Ce qu’on pourrait lui reprocher c’est d’avoir plusieurs véhicules polluants, d’avoir de l’argent dans paradis fiscaux, d’avoir des pulsions matérialistes, un yacht… Mais ce n’est pas simplement pas le cas, puisque cet argent est donné aux associations et à aider les projets de ses enfants et de ses amis.

 

PR est les puissants des multinationales


À partir de 2009, année marquée par la participation de Rabhi à l’université d’été du Mouvement des entreprises de France (Medef), le fondateur des Colibris rencontre des dirigeants de grandes entreprises, comme Veolia, HSBC, General Electric, Clarins, Yves Rocher ou Weleda, afin de les « sensibiliser ». Les rapports d’activité de l’association Colibris évoquent à cette époque la création d’un « laboratoire des entrepreneurs Colibris » chargé « de mobiliser et de relier les entrepreneurs en recherche de sens et de cohérence ». « On peut réunir un PDG, un associatif, une mère de famille, un agriculteur, un élu, un artiste, et ils s’organisent pour trouver des solutions qu’ils n’auraient jamais imaginées seuls », lit-on.

Désireux de stimuler cette imagination, Rabhi a également reçu chez lui, ces dernières années, le milliardaire Jacques-Antoine Granjon, le directeur général du Groupe Danone Emmanuel Faber, ainsi que M. Jean-Pierre Petit, plus haut dirigeant français de McDonald’s et membre de l’équipe de direction de la multinationale. « J’admire Pierre Rabhi (...), je vais à toutes ses conférences », clame M. Christopher Guérin, directeur général du fabricant de câbles Nexans Europe (26 000 salariés), qui se flatte dans le même souffle d’avoir « multiplié par trois la rentabilité opérationnelle des usines européennes en deux ans » (Le Figaro, 4 juin 2018). Rabhi a également déjeuné avec M. Emmanuel Macron durant sa campagne pour l’élection présidentielle. « Macron, le pauvre, il fait ce qu’il peut, mais ce n’est pas simple, nous déclare-t-il. Il est de bonne volonté, mais la complexité du système fait qu’il n’a pas les mains libres. »


Réponse de Gabriel Rabhi

Sur France Inter, ce journaliste dénonçait les fréquentations de Pierre, notamment des amitiés avec de grands patrons : et c’est vrai, tout comme il fréquente nombre de personnes modestes et discrètes. Mais c’est à se demander si Mr MALET a lu et compris le message de Pierre. Pour lui, la lutte des classes n’a rien ou pas grand-chose à voir avec l’écologie. Pierre considère que l’écologie n’est ni de droite ni de gauche, et il a raison. Elle est « au-dessus » des questions politiciennes, en amont de toute vie. On ne mange pas des pommes de terre de droite, on ne boit pas de l'eau de gauche. Pierre voit l’urgence écologique comme un enjeu majeur qui concerne tout le monde, modestes et puissants, et il a grandement raison. C’est ce qui le motive à n’être jamais récupéré ni associé à un mouvement politique et de n’exclure personne, par principe.

Réponse de Fabrice Nicollino :

Ouf, je sauve les meubles en signalant que j’ai appris des choses dans les derniers paragraphes. Et j’ajoute sans gêne que ces faits me dérangent. Je suis en effet pour la destruction des transnationales, dont je vois, dont je sais qu’elles aggravent chaque jour qui passe la crise écologique planétaire. Telle est leur nature profonde, comme le scorpion de la fable. Je trouve donc désolantes les rencontres de Pierre Rabhi avec des gens de Carrefour et de McDo. Connaissant le zèbre, je suis bien certain qu’il ne voit pas bien, poussé par une galaxie Rabhi qui le dépasse, les conséquences de ces échanges. Cela dit, je ne lui cherche pas d’excuse, et comme tout le monde, il est responsable de ses actes.

Mais ne faut-il pas aller au-delà ? Les grands patrons qui viennent le voir me font penser à ceux qui croyaient guérir des écrouelles en obtenant le passage de mains royales sur leur cou. Mettez-vous à leur place ! Si la plupart sont de parfaits imbéciles, tout occupés à leur cupidité et à leurs éternelles luttes de pouvoir, certains ont fatalement une sensibilité singulière. Pourquoi ne pas appeler cela une âme ? Bien qu’incapable de changer leur être profond, le contact direct avec Rabhi doit sûrement calmer en eux cette douleur existentielle que chaque humain réellement humain ne peut que ressentir face au désastre en cours.

(…)

En vérité, cela ne tient pas debout. Les capitalistes reçus par Rabhi ont-ils reçu quelque chose ? Peuvent-ils arborer un certificat de bonne conduite signé par lui ? Lui ont-ils payé une villa aux Canaries ou à Majorque, lui ont-ils ouvert un compte aux îles Caïman ? Aux dernières nouvelles, non. Ces capitalistes-là sont venus expier, par une pénitence nouvelle manière, quelques-uns de leurs méfaits. Qu’ils croient.

Réponse de Bernard CHEVILLIAT

Cette assertion absurde qui court les réseaux est fausse. Hormis Emmanuel Faber (Danone) – qu’il n’a cependant pas vu depuis 4 ou 5 ans – et avec lequel il a tissé autrefois des liens d’amitié, Pierre Rabhi ne passe aucun temps avec des grands patrons. Les quelques rencontres de dirigeants de multinationales – souvent de politesse et brèves qui ont pu être organisées par tel ou tel intermédiaire et jamais à son initiative - n’ont pas eu de suite. Pierre Rabhi n’est pas responsable des récupérations ou des discours sans lendemain des uns ou des autres.

 

Sur ce sujet, nous avons l’impression qu’il côtoie quotidiennement les puissants de ce monde qui nous le savons n’aspirent pas vraiment au retour à la Terre dans leurs actions quotidiennes. Je pense que la vérité se trouve entre les affirmations de JBM et ce Bernard Chevilliat. Mais je pense que PR est conforme à ses idées qu’il faut se changer soi-même pour changer le monde et que l’écologie dépasse la lutte des classes et les opinions politiques. Même si pour ma part je pense que c’est peine perdue pour ce genre de personne. Pas qu’elle soit méchante par nature, mais que les intérêts et l’inertie des sociétés qu’ils dirigent ne permet pas de transformation en profondeur de ces entreprises.

 

Au final

Finalement quoique pense PR, son héritage (les colibris, les Amandins, terre et humanisme, le hameau des buis…) ne reflète la vision qu’en a JBM (extrême droite, réac, mystique, catho…), les projets qui en sortent n’ont ni la vision réac, ni la mysticité, ni la pauvreté agronomique des détracteurs de PR.

Pour reprendre les Colibris, j’estime que l’action politique peut prendre des formes différentes et complémentaires. Je suis attaché à penser le « ET » et non seulement le « OU ». Que ce soit dans la vie politique institutionnelle, que ce soit dans des actes de résistance ou de désobéissance civile, ou encore dans l’éducation populaire et l’empowerment des citoyens, il existe de nombreuses façons de participer. Colibris n’est pas un parti, Colibris n’est, bien souvent, pas non plus sur des actions de plaidoyer ou pour dévoiler des injustices. Pour autant ces actions ont leur raison d’être et participent d’un changement systémique, mais aussi que d’autres structures le font très bien. De manière complémentaire, Colibris est un mouvement d’émancipation individuelle et collective qui accompagne celles et ceux qui veulent « faire leur part ». Cette posture n’est pas contradictoire avec d’autres moyens d’action, au contraire. Je crois en parallèle à la valeur de la cohérence et la puissance de l'exemple.  À ce titre, ces transitions individuelles ou collectives sont des modèles, des prototypes et des catalyseurs de changement plus politiques. Je crois à la force de l’expérimentation et de la démonstration. Ainsi l’action locale peut être le terreau sur lequel germera le changement plus large.

Pour finir, l'article, je citerai la conclusion des Amanins :

Si effectivement le petit colibri meurt d’épuisement à vouloir tout seul éteindre l’incendie, les autres animaux de la jungle s’en sortent-ils pour autant sains et saufs ?

 

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