À l'attention de Pascal Praud ! L'heure des pros

L’émission "l’heure des pros" et surtout "le zapping des matinales" est un concept intéressant ou le chroniqueur et professeur Clément Viktorovitch décrypte pour nous les discours politiques sur la forme. Mais au delà de ce concept, l'émission me fait poser des questions sur le rôle des éditorialistes et des politiciens de plus en plus présent dans les médias.

A l'attention de Pascal Praud pour sa matinale sur CNews

Je regarde l’émission "l’heure des pros" et surtout "le zapping des matinales" depuis presque 1 an, et je trouve le concept intéressant.

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 Pascal Praud

Avant de commencer une petite précision, je suis de gauche (évidemment je publie ce billet de blog sur Médiapart...) Alors... J’avoue trouver bizarre de regarder CNews, qui ne représente, pour la plupart du temps, pas mes opinions. Mais je suis assez content de voir la qualité de Clément Viktorovitch pour remettre les choses en ordre. Surtout lors du "zapping des matinales", qui permet de se rendre compte comment les hommes politiques sont de très bon convaincant, mais avec des arguments assez mauvais.

Je suis assez surpris de voir que les médias - tout en étant conscient de voir que l’opinion publique ne porte ni dans son cœur, les hommes politiques, ni les médias - sont dans l’incapacité la plus totale d'en faire des actes.

Je profite de l’affaire Sarkozy-Kadhafi et des grèves de la fonction publique pour développer à travers ces exemples mes arguments qui sont les suivants : la haine des médias dans les médias, la grave mise en cause de la justice par des politiciens et éditorialistes, le double discours non assumé dans les médias et la légitimité des chroniqueurs.

 

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Clément Vickorovitch

Sarkozy vs Maelys - traitement médiatique

Dans vos émissions pour expliquer l’affaire Sarkozy, vous devrez mieux écouter vos invités et les idées qu’ils défendent quand les mêmes disent l’inverse dans d’autres cas. Quand c’est Sarkozy qui est en garde à vue et mis en examen, les invités prennent beaucoup de précautions sur la présomption d’innocence, et en conséquence on en reste sur la forme, mais on ne parle pas du fond, surtout de la part des éditorialistes et hommes politiques de droite. Alors que sur l’affaire de Maelys aucune précaution n’a été prise, sur l’innocence et la culpabilité. Son procès a été fait médiatiquement. Maintenant, vous êtes surpris du fait que les citoyens sont devenus des procureurs. Vous avez aussi une part de responsabilité... Parce que vous ne pouvez pas à la fois dire que sur l’affaire Sarkozy, qu'il y a présomption d’innocence et de faire exactement l’inverse sur l’affaire Maelys. Même si le coupable était bien le suspect principal, il faut laisser faire la justice. Alors c'est bien de le dire, mais comme l'explique souvent Clément, il est facile de dire tout et son contraire. Par exemple : "Je ne dis pas qu'il est coupable, mais il y a des preuves à charge qui prouvent sa culpabilité..."

 

La justice mise en cause

Dans la même affaire, c’est assez inquiétant de voir comment la justice, dans ce cas-là, est souvent remise en question par les invités. Je suis parfaitement d'accord avec Gérard Leclerc quand il en parle dans l'émission du 23 mars. Dans 2 mois vous allez faire les surpris quand les citoyens, dans des sondages, vont expliquer qu’ils ne font plus confiance à leur justice et le gouvernement pourra alors faire des réformes. Quand j’entends que le juge Tournaire veut en faire un règlement de compte, que c’est bizarre qu’il instruise toutes les enquêtes de Sarkozy, sans regarder qui est cette personne, comme s’il n’était pas compétent ! Comment peut-on faire de telle accusation, juste à cause d’une intuition et surtout pour défendre des positions politiques personnelles ? Je trouve inadmissible de laisser dire ça sans plus de détail ! Mais le plus grave c’est qu’il n’y a que très peu de contradicteurs.

On remet en cause la procédure appliquée pour Sarkozy qui a été « trop dure ». Il a été placé en garde à vue, puis mis en examens… Mais ce n’est pas étonnant, qui est-ce qui, chaque fois qu’il y a une mise en examen ou une garde à vue, en fait les gros titres ! Si la mise en examen ou la garde à vue n’est pas si importante, alors les médias doivent l'acter, mais pas, seulement sur des affaires particulières comme celle de Sarkozy.

 

Polarisation du débat

Pourquoi inviter des hommes politiques de droite ou de gauche dont on sait pertinemment qu’ils sont de mauvaise foi, pour défendre leurs intérêts et les intérêts de leurs partis ? La seule chose que ça amène, c'est la division et la polarisation à l'extrême du débat. J'aime bien entendre les médias dénoncer les réseaux sociaux quand des personnes ont des propos excessifs. Je comprends que ça dérange et j'en suis dérangé. Mais les hommes politiques et les éditorialistes médiatiques ne savent faire que ça. Alors, pourquoi ne pas inviter plus d’experts pour contredire, pour affirmer, ou pour nuancer les dire ? On assiste dans cette émission à un ping-pong permanent, sans données, qui ne va en rien changer les idées des téléspectateurs.

 

Nous faisons le triste constat, que les citoyens n’aiment pas les médias. Dans l’affaire Sarkozy, les hommes politiques de droites et les éditorialistes mettent en cause Médiapart et donc les médias en conséquence. Alors depuis quand la parole d’un homme politique devient-elle plus sensée, plus vraie, plus authentique que celle d’un journaliste d’investigation ? Comment expliquez-vous que dans l’émission, on discute des charges que porte Sarkozy à Médiapart et pas de celle que porte la presse ? Le problème c'est quand partant des paroles de Sarkozy vous biaisez le débat et le défendez. Je pense que vous le savez, mais ce sont les questions qui sont les plus importantes dans un débat, et moins les arguments pour y répondre. Il faut le rappeler, les journalistes de Médiapart ont enquêté depuis des années. Ils prennent énormément de précautions avant de sortir des dossiers surtout aussi importants. Ils n’ont pas eu de plainte pour diffamation sur ce sujet, et aucun de leurs sujets ne s’est révélé faux ! Finalement, c’est assez fun comme histoire... Ce sont les médias, en invitant des éditorialistes et des hommes politiques, qui fabriquent la haine de certains médias pour servir leurs intérêts et qui à force d’accumulation font la haine des médias en général.

 

Compétences des chroniqueurs

Sujet suivant sur la compétence des invités pendant les débats par exemple, pour les réformes de la fonction publique et plus précisément la SNCF.

Vous êtes obligé d’inviter un cheminot pour décortiquer les éléments de langage du gouvernement et les mauvais arguments des éditorialistes pour expliquer les privilèges. Jean Claude Dassier nous parle de « faire des réformes » pour justifier celle de la SNCF. Mais de quoi parle-t-il ? Ça ne veut rien dire ! Comment cela ce fait qu’on entend que les cheminots ont des privilèges - surtout la prime charbon - et que personne sur le plateau n’est capable de dire que ça n’existe pas, sauf un cheminot ? Ce même Dassier deux jours après, malgré la mise au point continue de vociférer des choses mensongères… Alors quelles sont les compétences des chroniqueurs à part donner des idées ? Plus je regarde cette émission, plus je vois la totale déconnexion de ces chroniqueurs de la réalité. Ils ne connaissent les dossiers que superficiellement. Qui a lu les articles de Médiapart, Le Monde, libération sur l’affaire Sarkozy ? Qui a regardé les statuts des cheminots pour la réforme du gouvernement ? La seule personne qui arrive à les contrer sur leurs mauvais arguments en donnant des données chiffrées souvent pour convaincre, c’est Clément.

Je suis extrêmement heureux de voir l’attention que vous portez à décrypter les arguments des hommes politiques dans les matinales, mais surpris de voir qu’il est très difficile de le faire dans votre propre émission. Clément a beaucoup de travail dans ce cas.

En conclusion, c’est bien gentil de critiquer les médias et les hommes politiques, les manières de faire, mais c’est quand que vous vous y mettez à changer vraiment les choses ? Vous vous complaisez à inviter des polémistes, des éditorialistes, des politiciens qui ne font que polariser le débat sans vous rendre compte que ça nourrit de plus en plus la haine des médias et de la politique. C’est bien beau de dire « on en fait trop », mais c’est quand que vous en ferez moins ?

 

Un auditeur qui va bientôt vous perdre, parce qu’il veut du fond et pas de la forme !

 

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