L'homme de droite en métro...

Curieux métropolitain, que le nôtre. Construit dans une ville ancrée à droite, depuis sa date de naissance, et qui y est restée plus d'un siècle, le métro penche, pourtant, au premier regard, nettement à gauche.

 

Est-ce l'effet d'une force contraire ? Comment se décide d'ailleurs le nom d'une station, question sérieuse, au demeurant...

 

Le métro pencherait à gauche. On n'entend pas évoquer, ici, les grèves et autres mouvements sociaux, mais seulement les noms des stations.

 

Elles dessinent, en effet, un univers nettement de gauche, d'une gauche ancienne, car, ma pauvre dame, la gauche aujourd'hui, hormis avec DCB...

 

Hasard ? Braconnage référentiel ? Mélange des genres ? Peu importe. Le propos est ailleurs.

 

Devant ce monde socialisant, aux noms redoutés (Bastille, Voltaire, Zola, Jean Jaurès, Hugo...), que peut faire l'homme de droite, qui répugne à utiliser l'automobile, en ces temps de cherté et de compression de pouvoir d'achat ?

 

Qu'il se rassure. Il peut prendre le métropolitain, sans faire violence à une inclinaison droitière prononcée. Il évitera ainsi Stalingrad pour... Austerlitz.

 

Plusieurs options sont alors envisageables.

 

S'il communie dans le culte des grands hommes, s'il veut sentir le souffle de l'Histoire agité par celui qui s'impose, il a l'embarras du choix. Cambronne, Pasteur, Avenue Foch, Estienne d'Orves, Charles de Gaulle... lui permettent de communier dans le souvenir des grandes figures d'antan. Depuis peu, il peut emprunter le portillon de la station Guy Môquet... Ce n'est plus un plan de métro, c'est un panthéon !!!

 

Mais, parfois, individualiste forcené, l'homme de droite est rétif à l'autorité. Il peut alors se réfugier dans l'événementiel. Seul le gauchiste trublion croit que tous les jours se valent toujours, lui qui attend le grand soir... L'histoire, c'est l'événement, écrivait, je crois, Bainville. Le métropolitain est la plus belle des pages d'histoire. Mieux, bien mieux que les grandes biographies de la maison Arthème Fayard. Austerlitz, évidemment, déjà citée, plus grande des grandes victoires du Grand Napoléon, qui siège près de Campo Fiormo, là où Bonaparte commença à devenir Napoléon... Mais on y trouve aussi, notamment, Crimée, qui évoque que Napoléon, le soi-disant petit, a décoré nos drapeaux de faits glorieux. Père Lachaise, en rappellant la fin de la sinistre Commune, plaira à celui pour qui la Révolution est une néfaste "impure impureté". Alésia, jour sombre, permet aussi d'exalter l'âme gauloise contre le méchant romain, car oui, toute la Gaule était occupée. Toute la Gaule ? Non... Car un petit oppidum résistait contre l'envahisseur latinisant. Ce n'est plus un plan de métro, c'est un éphéméride.

 

Pour le légitimiste, soucieux de communier dans la ferveur de la religion apostolique et romaine, le choix est encore plus vaste. La France fut la "fille aînée de l'Eglise", le métro le rappelle dans ses entrelacs. Que de figures morales exemplaires !! Saint Georges qui terrassa le dragon. Saint Paul, pour retrouver son chemin de Damas, après un passage à Bastille... Saint Augustin, évêque d'Hippone, Saint Michel... Quid de Saint Cloud, demande le néophyte ? Rome, Notre Dame, Cluny, Abbesses complètent le panorama. Il est même oeucuménique, on peut descendre au... Temple. Ce n'est plus un plan de métro, c'est un bréviaire ! Ce n'est plus un métro, c'est un Calvaire (Filles du) !

 

Il y a enfin les valeurs. Et là, c'est l'union sacrée qui s'impose. Liberté. Mutualité. Nationale. Nation. Volontaire(s). République. Et dans ces temps incertains de crise, de grippe et de pression fiscale, la... Rapée... Le métro, finalement, n'en déplaise à mon titre provocant, c'est bel et bien la... Concorde !!!

 

Sacré métro... Plus de cent années et consensuel, à gauche, comme à droite !! N'est-ce pas une ... Bonne Nouvelle ?

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