De la contre-révolution à l'absence de révolution

Pour reprendre un sous-titre d'un livre d'un très bon journal en ligne...

La présidence actuelle est-elle une contre-révolution ?

Dire ainsi les choses, c'est définir les politiques concurrentes comme révolutionnaires et proposant la révolution. Quelle révolution avons-nous eu de la gauche socialiste depuis, disons 1981 ?

La rupture, le changement, se sont arrêtés en 1983. Depuis, il y a eu le droit d'inventaire, qui est de toute essence, sauf révolutionnaire. Faire un inventaire, c'est choisir dans le passé. L'austère qui se marre, ne voulait pas du passé faire table rase, mais choisir. C'était certes un peu la mort du père, mais pas très audacieux. Puis il y eut ce qu'on sait, qui on sait. De révolution à part... dans le vocabulaire, on la cherche encore.

Donc, de révolution point, à moins d'accepter comme révolution et non comme aggiornamento, le changement des socialistes, qui ont découvert l'entreprise, renié Blum, continué à diviser l'emploi au lieu de le créer, et trouvé une politique monétaire intéressante mais peu novatrice, l'inflation.

Seul un grand ministre de l'Economie, Pierre Bérégovoy entreprit un temps, se rappelant que les plus modestes en étaient les premières victimes, de lutter contre cette inflation délétère.

Depuis, la gauche réformatrice fait la même politique économique, voire judiciaire, ou scolaire que les droites... du moins jusqu'à l'actuel président, qui supprima la double-peine, lui...

Le sarkozysme est-il une contre-révolution ? N'est-il plutôt pas une révolution conservatrice ? Pardonnez cet oxymoron. Mais il y a eu des précédents, l'ère Reagan aux Etats-Unis, le Thatchérisme etc. Car, il s'agit d'un gouvernement conservateur, par essence, et par programme. Rien de surprenant dans ses actions, car tout était annoncé. On s'étonne, on crie au loup, mais n'avait-on pas lu les professions de foi et les programmes ?

A moins de chercher la contre-révolution dans les réformes engagées ? Le programme du CNR, souvent invoqué, mais combien de fois lu ? est souvent cité comme exemple. La retraite qui s'allonge ? Plus je vieillis, plus la retraite s'éloigne, c'est un fait. Les réductions des dépenses publiques ? Rien de bien nouveau. Jacques Sapir a montré, dans une excellente revue, de haute tenue, que la politique actuelle, pouvait rappeler la politique déflationniste entreprise par Laval en 1935. L'Etat devient de plus en plus modeste, moderne, je ne sais pas. Le népotisme n'est pas non plus une chose nouvelle, on a eu des exemples précédents de l'autre côté de l'échiquier. Liste certes non exhaustive.

La contre-révolution, ce pourrait être alors un retour en arrière, d'aller à rebours, de s'engager contre la marche du temps. Revenir contre les acquis jugés essentiels, comme la retraite, les droits syndicaux, les libertés fondamentales, l'avortement et la contraception, la laïcité etc. On pourrait alors trouver des marqueurs de cette intention. Mais ne vivons nous pas malheureusement dans un monde mondialisé libéral, voire ultralibéral, qui semble hélas nier ce modèle qui est nôtre; et dont nous pouvons être fiers qu'il fut ? L'émotion devant la mort de Philippe Séguin n'exprime t'elle pas aussi une inquiétude face à la disparition d'un tenant du gaullisme social, donc d'une politique de modernisation mais avec un volant social fort ? Cette impression de voir notre vie partir à rebours, d'avoir connu un monde aujourd'hui perdu, les Allemands, les Finlandais, les Américains aussi l'éprouvent. Même les Japonais.

Plus qu'une contre-révolution, c'est l'absence de révolution qu'il faut noter... dans (chez ?) l'opposition habituelle... A moins que Dany (s'il me permet de l'appeler ainsi, affectueusement) ne parvienne à capitaliser son succès européen pour proposer une autre politique ?

De voir émerger une opposition crédible, structurée autour d'un programme, ce serait une véritable... révolution !

 

 

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