Johnny ou comme un résumé d'histoire de France

La France a peur...La France est inquiète. Une de ses icônes majeures est hospitalisée. In articulo mortis ? En rémission ? Sauvée ? On ne sait. On spécule, on disserte, on s'agite, la toile bruisse de cent rumeurs. Car, ce n'est pas n'importe qui, Johnny. C'est un résumé de l'histoire de France.

La France a peur...

La France est inquiète. Une de ses icônes majeures est hospitalisée. In articulo mortis ? En rémission ? Sauvée ? On ne sait. On spécule, on disserte, on s'agite, la toile bruisse de cent rumeurs. Car, ce n'est pas n'importe qui, Johnny. C'est un résumé de l'histoire de France.

Johnny, c'est tout d'abord, l'incarnation de cette soif d'Amérique qu'avaient naguère les Français, et que le coke ne pouvait seul désaltérer. Johnny, c'est le rock and roll, les groupes aux noms qui cinglaient comme des slogans, les belles Américaines, les boîtes "in" et le temps des chansons en anglais, pour conquérir un marché anglo-saxon, qui lui resta toujours rétif. L'Albion est perfide, ce n'est pas Johnny qui a chanté cela, mais Renaud.

Johnny, c'est ensuite la francophonie, bien que l'association de cette réalité soit contradictoire avec la précédente. Mais Johnny est de toute façon un homme à paradoxes plutôt qu'à préjugés. Belge d'origine, c'est le plus français après Brel peut-être... des hommes issus de ce plat pays qui pourrait être le nôtre, si on acceptait, enfin, d'intégrer la Wallonie dans notre République. Johnny, c'est aussi l'image d'un Belge qui a réussi, d'un self-made-man, non pas... une fois, mais plusieurs fois. Johnny, ça plane pour lui, ce n'est pas lui qui a chanté cela mais Plastic Bertrand.

En outre, Johnny incarne la chanson française, pardon francophone... Il a su résister aux modes, il a su passer les évolutions. Il est toujours là notre Johnny, encore et toujours. On aime ou on ne l'aime pas, mais force est de reconnaître qu'il occupe toujours les devants de la scène, qu'il sait s'entourer de grands compositeurs et qu'il est une bête de scène... Peu d'artistes ont eu une telle carrière, aussi longue, aussi constante. Johnny s'est moqué des modes. Etre à la mode, c'est déjà être démodé, ça, ce n'est pas Johnny qui l'a chanté mais Cocteau qui l'a écrit.

Enfin, Johnny, c'est aussi le mythe de Saint Tropez, après Sagan, certes. C'est le temps de la voile rouge, des plages de Rama le soir avec les bouteilles sparnassiennes, du Tonneau... Les Tropéziens, d'adoption et les autres, moins nombreux, reconnaîtront la mythologie tropézienne. C'est le Saint Tropez d'une certaine jet-set, mais aussi un Saint Tropez bon enfant et populaire. J'ai croisé une fois Johnny à Saint Tropez, près de l'Annonciade. Il signait les autographes avec un enthousiasme juvénile et sympathique, entouré d'une foule bigarrée. Johnny, c'était le Saint Tropez accessible, démocrate. Johnny y a gagné ses lettres d'icônes populaires sur la plage ensoleillée... Cela, ce n'est pas Johnny qui l' a chanté, mais Brigitte Bardot.

Il y tant de Johnny encore. Le Johnny acteur, truand contre Moulin naguère, père vengeur plus récemment. Il y a le Johnny de droite, qui ne s'en cache pas et qui est rétif à l'impôt excessif. Comment le condamner ? Lui qui a fait plus pour notre PIB que n'importe quel autre chanteur ?

Johnny, c'est bien un résumé de notre histoire récente.

Vous pensez que je me moque... Et bien non, sans posséder un seul de ses disques, sans connaître par coeur un seul de ses titres, il fait partie de ma vie, et de la nôtre. Il y a toujours un moment de notre vie qui a été bercé par ce chanteur, depuis tant d'années, avant même que je ne naisse...

On n'imagine pas un chapitre de notre histoire se refermer comme cela, subrepticement... sans un pincement au coeur.

 

 

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