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Billet de blog 16 oct. 2012

Une Ecole sans histoire(s) ?

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Il est plaisant de voir, pour un enseignant, qu’une de ses matières fasse l’actualité.

Ici, on dénonce, avec une répétition qui sent le marronnier (c’est de saison, me direz-vous) que l’histoire n’est plus enseignée que partiellement et partialement. Disparition de la chronologie et avec elle de Louis XIV, Napoléon, des maréchaux de la Grande Guerre, la veille du centenaire (quel scandale !!!), réduction drastique des horaires, passage à la trappe de thématiques cardinales pour expliquer la naissance de la nation-France… L’heure est grave.

Ailleurs, on moque ces antiennes, en les lisant comme une preuve de plus de ce « braconnage » entrepris par l’aile droite d’un parti de droite. Or, l’histoire ne peut être que débarrassée de ces scories, avec des thèmes transcendant l’Etat-nation (qui bouge encore mais pour combien de temps encore ?), soulagée de ces grandes figures, érigées  en modèles de ce qui fut toujours et de ce qui sera demain (mais pas au football, prenons les paris virtuels, autrement, c’est risqué…), le génie français, expression qui fleure bon la communale et un certain Etat arrivé au pouvoir par le vote lâche de la majorité des députés et des sénateurs pourtant élus sous la République.

Dire que ce débat épouse la division droites/gauches serait caricatural. Ce débat est plus profond et fait intervenir des autres acteurs que les seuls partis politiques. On trouve de nombreux syndicats (forcément de gauche) et les associations diverses et variées, dont certaines (les odieuses) seraient des « corporations » ou d’essence « corporatiste ». Mot qui sent bon ( ?) l’Ancien Régime et qui les classe de suite parmi les conservateurs d’hier, voire les réactionnaires d’aujourd’hui. Or, si le conservateur accepte les évolutions mais refuse les révolutions, le réactionnaire lui récuse les deux. Bref, il faudrait choisir au moins le bon mot pour qualifier ceux qui s’arcboutent sur l’histoire de papa.

On ne peut plus enseigner hier comme aujourd’hui, où le cours magistral était la norme et le cours dialogué une licence de professeurs démagogues, certainement syndicalistes lors de leurs (trop) nombreuses heures de liberté. Est-ce à dire qu’on doit oublier les grands hommes qui firent la France ? La réponse est oui... Que les lecteurs du Figaro me pardonnent, mais que les lectrices de Figaro-Madame se réjouissent ! Car, derrière ces hommes, il y a des femmes ! Au moins 50%, non pas par parité, mais par réalité biologique. Des femmes firent la France, sans remonter à Jeanne d’Arc mais dont les exemples sont nombreux, d’Irène Joliot-Curie, à Danièle Casanova, Simone Veil etc. Et derrières ces grands êtres, forcément singuliers, il y a aussi des humbles qui firent tout autant la France, sans jamais entrer dans l’histoire, déjà ingrate, encore sélective et toujours amnésique. Naguère la presse se focalisait sur les Apaches et oubliait souvent les ouvriers des Bourses du Travail, qui, sans violence, entamaient une lente marche dans la société, développaient leurs compétences et élargissaient pour leurs enfants le champ des possibles. Enseigner l’histoire, c’est aussi rendre la parole à tous les Louis-François Pinagot, ceux qui en sont privés. Et ne pas se focaliser sur les grands hommes et les (non) moins grandes femmes, c’est aussi refuser ce droit d’inventaire, excuse pour ceux qui n’assument rien, et surtout pas ce qu’ils firent et ce qu’ils furent.

Ainsi est posée la finalité de l’enseignement de l’histoire. Propédeutique à la formation de nos futures élites ? Bagage nécessaire au citoyen-contribuable de demain ? Rabâchage nauséeux de dates (ah non, il n’y en a plus, c’est vrai…) ?  Matière résiduelle et inutile ? A quoi sert donc l’histoire ? Peut-être à rendre attractif le creuset républicain et montrer que la France se construit, hier comme aujourd’hui, par ses citoyens, qu’ils le soient depuis longtemps, ou depuis peu, ou qu’ils ne le soient pas. On peut donc en pensant global enseigner national… Car, et on l’oublie un peu dans ce débat, l’histoire n’est enseignée en France qu’accolée à la géographie. Certes, me direz-vous, la plupart des enseignants d’histoire-géographie sont des ex-étudiants d’histoire ! On connaît la fameuse boutade (pardon, pour ce pléonasme !), la géographie en France est une matière enseignée par des diplômés en histoire (citation non littérale). Sans l’espace, sans sa lecture, sans son analyse à différentes échelles, l’histoire n’est rien d’autre qu’une collection de dates, de personnages. Or, l’histoire-géographie, c’est bien autre chose, comme le courrier l’est au SMS. C’est une de ces disciplines, qui participent, comme les Arts Plastiques, l’EPS, les lettres etc. à la formation de celles et ceux qui feront la France demain, modestement ou non. 

Veillons à ne pas l’oublier…

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