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Billet de blog 17 nov. 2011

Craonne, lieu de mémoire militant

Craonne, 13 novembre. Noyé sous les brumes émerge ce petit village picard. Se rendre à Craonne, en novembre, n'est pas une expérience anodine. Craonne est charnellement lié à la Grande Guerre.

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Craonne, 13 novembre. Noyé sous les brumes émerge ce petit village picard. Se rendre à Craonne, en novembre, n'est pas une expérience anodine. Craonne est charnellement lié à la Grande Guerre. Ici, le coeur se sert encore, pas seulement devant les cimetières militaires, mais aussi devant ce froid de novembre qui pénètre et qui saisit. Et l'on pense alors aux poilus, mais aussi aux soldats allemands, tentant de survivre sous ces hivers rudes.

Tous les ans, Craonne accueille l'assemblée du CRID 14-18. Ce collectif propose une autre histoire de la Grande Guerre, une histoire plus incarnée et dont l'étude des sources sans parti-pris est au coeur de l'analyse. Associant, de manière à la fois singulière et originale, enseignants (du primaire au supérieur), des passionnés, des archéologues, un éditeur, des Français et des Européens, le collectif, peu à peu, dans l'ombre de Craonne, a su s'imposer dans le champ historique. L'histoire du CRID est aussi une histoire d'en-bas. Mais le propos est ailleurs.

Ce même jour, Craonne sous l'impulsion conviviale de son maire, abrite une journée du livre consacrée essentiellement à l'histoire de la Grande Guerre. L'affluence est exceptionnelle, toujours dense, avec un public de passionnés, toujours avides de questions. Un public, dont certains colloques seraient jaloux, où l'affluence s'explique par la qualité du buffet proposé... A l'étage, dans une salle ornée de planches de Tardi, des spécialistes présentent des thématiques particulières à 14-18. Noël Genteur, premier magistrat, dans ces débats de haute volée, a le souci constant de rappeler la présence humaine, d'évoquer, avec une émotion non feinte, la terre travaillée par les paysans, encore tachée du sang des poilus, et dont les intempéries exhument encore des restes matériels ou humains de ce conflit, qui a commencé pourtant il y a presque un siècle.

A Craonne, on évoque le passé, un de ces passés français qui ne passent pas, car il ne doit pas passer. On n'oublie pas ici les fusillés, le refus de mourir pour rien, les offensives inutiles, et la jeunesse de France, essentiellement paysanne sacrifiée pour quelques mètres de terrain, vite reperdus.

A Craonne, la manifestation ne fabrique pas, comme souvent, du passé. Elle fabrique du présent et inscrit dans nos mémoires la Grande Guerre, pour ne pas oublier.

A Craonne émerge dans les brumes et depuis longtemps, une autre manière d'écrire et de vivre l'Histoire.

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