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Le Club de Mediapart mar. 27 sept. 2016 27/9/2016 Édition du matin

Nos grands-pères étaient des rouges...

Nos grands-pères étaient des rouges...

 

Voilà ce qui me lie avec un de mes chers étudiants haut-marnais. Il y a aussi, entre-nous, l'attachement à une certaine idée de l'Allemagne, et un intérêt tout et très particulier pour ces hautes terres.
Cette communauté de pensées et d'actions entre nos aïeux, et ce même engagement les associent, bien qu'ils ne soient pas de la même génération. Comme le mien, son grand-père était aussi à la CGT, alors relais du Parti. Le mien a connu la Guerre, l'Occupation, la Résistance. Le Chef était alors Thorez et le parti était dur, comme les combats politiques de ce temps. Le sien est entré au Parti plus tard. Les combats politiques et sociaux étaient aussi durs. Ils le sont toujours pour ceux qui combattent les injustices. C'est Marchais qui était la grande figure de son temps, charismatique, et avec cette répartie sans égale, dont on se souvient tous.
Mais la parole, aujourd'hui, n'est pas à mon grand-père, mais au sien, car il est plaisant dans les traditions universitaires de laisser parfois la parole à ces "jeunes pousses", qui éclairent notre magistère de ce parfum, parfois déstabilisant, mais toujours nécessaire, de l'enthousiasme et des idées juvéniles.
Son grand-père est entré au Parti comme on entre en religion, en 1965. Pour lui, alors, l'URSS est un modèle, un pays de tous les possibles. Ce n'est qu'avec l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir, qu'il a découvert, comme tant d'autres, la véritable situation dans le "paradis socialiste".
Militant, le grand-père d'Arnaud est rapidement devenu un homme politique local. Le Parti se définissait comme une pépinière de talents. De 1971 à 1977, il est ainsi conseiller municipal de la ville de Saint Dizier.
Car Saint Dizier, aujourd'hui mairie UMP, était, en ce temps-là, une ville rouge. La Champagne fut souvent rouge, naguère. Aujourd'hui, elle penche à droite. Chaumont est ainsi gérée par l'UMP. Châlons en Champagne a aussi basculé à droite depuis plus longtemps. Les Ardennes, vieille terre de gauche, ou ancienne terre à gauche, ont des députés UMP. Cette terre qui fut conservatrice (sous la Révolution la Haute-Marne était ainsi... royaliste) a eu ses moments à gauche. L'alternance, dans les villes de Champagne, est souvent une réalité. Reims fut ainsi, aussi, bien que ville des Sacres, fief de la famille Taittinger, un moment une ville gérée par le PCF.

Saint Dizier était alors une ville rouge. Saint Dizier était alors une ville ouvrière, avec cette fierté salariée, que la mondialisation nous arrache peu à peu. Il y en avait des industries. Miko, Lacoste, Mac Cormick notamment. Aujourd'hui, c'est une ville frappée par la désindustrialisation. Mais elle fut rouge. La toponymie urbaine a sans doute encore quelques souvenirs de cette époque.

Un jour, le Parti a perdu la ville, comme dans tant d'autres endroits en France. Selon le grand-père d'Arnaud, c'est à la fois le contexte international et le contexte national qui expliquent ce revers. La découverte de la réalité soviétique, l'effet Sakharov, ont été un choc, comme un démenti. La montée du PS, rénové par Mitterrand, doté d'un programme ancré à gauche, a joué aussi. Il ne faut pas oublier également ce mal de tant de partis et de syndicats, la gérontocratie. Et c'est un ancien qui le dit, pas un jeune avide de faire sa place.

Le grand-père d'Arnaud quitte le Parti en 1981, conscient que les quatre ministres communistes seront des otages dans le gouvernement socialiste. Il pressentait ainsi la stratégie du redoutable animal politique qu'était François Mitterrand : avoir une caution sociale à son gouvernement, lui permettant d'acheter une paix sociale par des ministères à forts effectifs syndicaux.

Il jette un regard peu amène sur le Parti d'aujourd'hui, estimant qu'il est devenu un "parti croupion", qui n'a pas su, pas pu, pas voulu changer de ligne politique. Mon grand-père était aussi un homme de jugements péremptoires sans concessions. C'était un rouge, un vrai, comme le grand-père d'Arnaud. Et il le demeure, conscient que le communisme n'a plus d'avenir, en tout cas sous cette forme. Il pense que l'espoir (voilà un mot cher aux rouges d'hier comme d'aujourd'hui) réside dans la création d'un pôle de radicalité, peut-être annoncé par le front de gauche de Mélenchon.

C'est une belle leçon d'histoire cet exercice auquel s'est livré mon étudiant, Arnaud Jouanne.

Merci à lui pour ce travail et pour avoir ravivé la mémoire de mon grand-père à moi, et celle, sans doute de beaucoup d'autres...

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Tous les commentaires

J'ai eu un grand-père qui, à la fin de sa vie, fut militant PCF et assidu à la messe. Sa vie à lui. Il est mort avant que je n'ai eu le temps de me disputer avec lui sur la meilleure façon d'être un rouge.

Mon grand-père aussi était un rouge.

Merci pour ce beau billet.