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Billet de blog 26 mars 2009

Toujours lui, lui partout !

Yohann Chanoir
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Toujours lui! lui partout!

Ou brûlante ou glacée,

Son image sans cesse ébranble ma pensée...

Ces vers, forgés par Victor Hugo pour saluer Napoléon le Grand, pourraient qualifier l'omniprésence de notre président. Toujours lui, lui partout... Quels sont alors les ressorts de cette omniprésence ?

Aujourd'hui, en France, on doit se positionner contre Sarkozy pour exister. Aujourd'hui, on doit nécessairement entonner le chant de la critique, et parfois de la plus indigne (je me souviens avec effarement... avoir vu durant la campagne présidentielle des affiches de la gauche extrême le présentant en uniforme nazi, sans que cela ne choque les consciences, alors qu'une telle parodie est inqualifiable et mériterait les tribunaux). Combien de blogs, de pages personnelles, d'articles, de caricatures évoquent Sarkozy ? Le compte en une journée donne le tourni. Hyperprésidence soit, omniprésence dans les médias, évidemment, mais quid du reste ? Chacun se sent obligé de réagir contre Sarkozy et d'y aller de son petit couplet personnel plongé souvent dans l'encre de l'antisarkozysme primaire. Et cela alimente en retour l'omniprésence présidentielle, sans que l'on sache bien pourquoi d'ailleurs une telle présence. Les opposants de notre président instrumentaliseraient-ils aussi sa présence en l'exacerbant ? Le débat politique n'appelle-til plutôt pas la raison et les arguments construits ?

Découvrirait-on ainsi et alors que notre président est de droite ? Non ? Si !! Il est de droite, lui ? On m'aurait menti ? On m'aurait abusé ? On nous aurait spolié ? La réponse est... non. Notre président est bien ancré à droite, si, si. Ce n'est pas un adepte de la bravitude ou de la démocratie participative (une démocratie d'ailleurs n'est-elle pas, par essence et par étymologie même, participative ?) Notre président est à droite, bien à droite et tout à fait à droite. Pour ceux qui auraient des doutes, je renvoie à son discours en Lorraine lors de la présidentielle, si cela n'est pas un discours de droite, il est alors nécessaire de relire les droites en France de René Rémond, de s'abonner au Figaro et de lire Valeurs Actuelles à la bibliothèque municipale, si d'aventure... la vague rose délavée n'a pas fait valser les abonnements, au nom d'une curieuse idée de l'expression citoyenne et de leurs relations avec les crédits municipaux. Sarkozy est un président de droite, son gouvernement est un gouvernement de droite, et avec des personnes encore plus à droite que lui (si, si, facilement reconnaissables aux énormités qu'elle(s) professe(nt) sur le logement et les SDF). Et évidemment, cette aréopage mène une politique de... droite. Certes, il a réussi au nom de l'ouverture et de son sens profond de la taquinerie (mais l'homme de droite est souvent taquin, voir chafouin) à arrimer à son gouvernement donc conservateur, d'authentiques esprits animés par le salut public et l'humanisme cher à Jaurès. Il parvient ainsi à donner une caution sociale à sa politique et à caraméliser davantage l'opposition, si on peut l'appeler encore ainsi, vu sa grande présence sur les bancs de l'assemblée lors des votes des mesures les plus contestées. Cet argument ne vaut donc pas un borborygme légitimiste.

On entend souvent, ici mais pas là, que le pouvoir actuel est l'ami des riches. Qui connaît un pouvoir ami des pauvres au fait ? J''exclue de cette interrogation existentielle et philanthropique le Myanmar évidemment... Evidemment, qu'il y a affairisme, et il n'est même pas occulte. Evidemment qu'il y a collusion choquante entre grands patrons et gouvernement. Evidemment, mais est-ce si nouveau que cela ? Combien de scandales politico-financiers ont ébranlé nos Républiques et souvent, d'ailleurs, n'ont jamais vu les coupables payer ? Evidemment que le bouclier fiscal est insupportable, évidemment que l'aide accordée aux banques et aux grandes entreprises sans contrepartie est choquante. Mais là encore, et ce n'est pas une nouveauté, car cette politique est une politique inscrite à droite. Et cette politique avait été annoncée, définie, écrite même, j'ai encore quelques tracts qui l'attestent. Bien sûr, ce qui change, quoique les frais de bouche de la Mairie de Paris de l'ancien titulaire nous aient déjà habitué aux goûts de luxe de nos dirigeants, c'est le bling-bling. Les belles montres, les vacances princières, les beaux costumes, les repas dans (sur ?) des tables prestigieuses, le luxe insolent et tapageur... Mais on a le bling-bling que l'on peut. Qui n'a jamais été victime d'un artefact griffé lève la main (plus haut, au fond s'il vous plaît...) ? Nous n'étions pas habitués à un tel luxe affiché à ce niveau de responsabilités, c'est dans doute cela, mais, désormais, il existe un précédent. Et comme l'impôt censé toujours être provisoire (je me souviens ainsi que la CSG, cette truanderie qui fait que nous avons un revenu imposable à notre revenu réel, avait une durée de vie limitée, en fait, c'est vrai, la durée de vie de notre croyance dans les promesses de nos dirigeants), le bling-bling, je le crois, et je le crains, sera désormais une marque de nos président(e)s. Un tabou a été levé, ou un interdit a été brisé. Cette raison ne vaut pas non plus un rictus bonapartiste.

Alors pourquoi ? Serait-ce que notre président irrite ? Serait-ce sa personnalité intrinsèque ? Notre président est assez difficile à saisir comme homme. Quel homme de droite est-il d'ailleurs ? Il prend des mesures que les gauches n'ont jamais prises, comme l'abolition de la double peine. Il puise à toutes les traditions des droites, il ne s'encombre pas d'un corps de doctrine monolithique et figé. Il est réactif, et même hyper-réactif, parle de tout et sur tout, lance des formules saisissantes, pas toujours heureuses comme celles sur l'Afrique. Il peut appeler de ses voeux une politique ultra-libérale et dans le même temps prendre des mesures totalement colbertistes. Il ramène la France dans le commandement intégré et donc inféodé aux Américains et en même temps tente de redonner à la France une place de puissance mondiale, ambition assurément gaullienne, voire gaulliste, ou crypto-gaullique. Bref, il est là, et là, mais aussi là et même ici, il déconcerte, il surprend, il choque, il énerve, il taquine aussi (voir supra), il irrite, il fait suer par rigoles, il fait couler de l'encre par bassines. Notre président, on l'aime ou pas.

Et si c'était cela finalement la vraie raison ?

Cela en dirait long sur notre niveau de réflexion politique...

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