Un peuple sans icônes mais pas sans héros...

Pierre Vidal-Naquet écrivait que le héros était celui qui étonne et qui détonne.

 

Le héros, naguère, était un demi-dieu, déjà si supérieur au vulgum pecus, qu'il en devenait un peu dieu et moins homme.

 

Le héros a survécu à la mondialisation. Normal pour un héros... finalement.

 

La France a encore des héros. Non, ce n'est pas le Bleu qui joue avec sa main pour donner un coup de pouce à une équipe en panne d'inspiration. Non, ce n'est pas une ex star de football qui lui, jouait avec sa tête quand il l'a perdue, et nous, avec, une coupe du monde.

 

Non, que nenni ! Ces héros ne seront jamais publiés dans Forbes, ni dans Fortune. Car ces héros sont he-xa-go-naux.

 

La France a encore ses héros.

 

Ils s'appellent Tony le Lyonnais, Le Postier marseillais... Ils sont roués, malins, ils défient la police, ils se rient de l'autorité, et se moquent des magistrats. Ils rejoignent ainsi une longue liste, un panthéon d'héros populaires. Ils ont le sens primitif de l'accumulation du capital. Ils prennent aux nantis dans un souci égoïste de vivre mieux, de vivre comme les icônes dont on nous dit qu'ils sont les modèles à suivre. Ils osent défier les règlements, prennent des risques, souvent sans verser le sang. Ils ridiculisent les pandores, ils accablent les gabelous, et désolent le patronat, sans rien dire de l'épiscopat.

 

Mais ils amusent le peuple, la France des petits, la France des sans-grades, la France de la province, si on accepte la définition (contestable géographiquement, mais vérifiée sociologiquement) que la Province commence dès qu'on sort des arrondissements parisiens.

 

Le Français, d'en bas, rit. Il s'amuse devant son étrange lucarne. Il est envieux, un peu, beaucoup, et donc... il gamberge à son tour. Mais il n'ose pas encore faire de même, il n'ose pas toujours. Mais il rêve. Il oublie son pouvoir d'achat en berne, ses impôts locaux qui augmentent (avec l'apparition ici et là de "frais de gestion" inconnus avant, mais les contribuables sont contents d'apprendre que depuis cette année leurs impôts... sont gérés). Il rit de la traque qui échoue, lui, qui tremble devant le radar fixe. Il rit des mines désolées des autorités. Il est prêt même à donner un coup de main, ce qui depuis un certain match... est autorisé. Il pense aussi à ce qu'il ferait avec 2 millions d'euros... Deux millions... DEUX millions...

 

Le rêve rend magnanime. Alors il panthéonise notre Français.

 

Dans ce panthéon, on rencontre Mandrin, Bonnot, Spaggiari etc. Des héros populaires, des Robins des Bois, des Renart.... Ces héros surgissent de temps en temps, toujours au moment où la société est en crise, voire en poussière. Ils sont comme les révélateurs des maux sociaux : fiscalité écrasante, mépris des élites, difficultés économiques et sociales, défaillance des institutions collectives censées lier le corps social... A l'heure de Noël, cela fait une belle histoire, un beau conte, qui finira certainement mal. Mandrin s'est fait roué. Spaggiari est mort... Arsène Lupin, lui est en cavale, encore... et accessible en poche.

 

La France n'a plus d'icônes, mais a encore des héros. On a les héros que l'on peut. C'est peut-être cela le moins drôle...

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