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Le Club de Mediapart mar. 30 août 2016 30/8/2016 Édition de la mi-journée

Et si les tontons flingueurs étaient un film de droite ?

 Le cinéma aussi se distribue sur l'échiquier politique. Il y a des films de gauche comme la Marseillaise de Renoir. Il y a des films de droite, comme l'Anglaise et le duc de Rohmer. Et il y en a d'autres, pour qui l'appartenance est moins lisible. En revoyant dernièrement Les tontons flingueurs pour nourrir un débat d'amphis, m'est venu à l'esprit une idée saugrenue. Et si Les tontons étaient un film de droite ? Plusieurs faits semblent plaider en ce sens...

 

Le cinéma aussi se distribue sur l'échiquier politique. Il y a des films de gauche comme la Marseillaise de Renoir. Il y a des films de droite, comme l'Anglaise et le duc de Rohmer. Et il y en a d'autres, pour qui l'appartenance est moins lisible. En revoyant dernièrement Les tontons flingueurs pour nourrir un débat d'amphis, m'est venu à l'esprit une idée saugrenue. Et si Les tontons étaient un film de droite ? Plusieurs faits semblent plaider en ce sens...

 

* Une nostalgie de la France d'avant...

 

La droite, pardon, les droites , sont une famille politique attachée aux traditions. Certes, les droites connaissent et éprouvent le vent de l'Histoire, soit pour le dénoncer et le contempter (comme la droite ultra), soit pour l'accompagner, voire l'attiser (comme la droite bonapartiste). Mais les traditions appartiennent au patrimoine génétique des droites, alors que les gauches veulent, du passé et des traditions qui le soulignent, faire table rase. Or, Les Tontons... est un film qui évoque une France qui meurt, une France qui disparaît. Les Français s'adonnent au whisky et en oublient le pastis. Le whisky, symbole de l'impérialisme yankee, dissout l'âme gauloise dans l'ambre de ses degrés. Le Whisky, c'est aussi l'avènement de l'apéritif chez soi, dans son salon, qui condamne la convivialité des débits de boisson et du zinc à la mort. La sociabilité toute paysanne de l'estaminet disparaît au profit du paraître bourgeois et policé. Le Whisky, c'est aussi un vecteur de l'Anti-France... Mais le Français, dépeint dans la scène (fabuleuse) de la péniche, ne se contente pas de délaisser le petit jaune. Il a perdu son appétence sexuelle pour la parépatéticienne. Il préfère s'adonner à ce "divertissement d'hilotes" qu'est la télévision pour savoir s'il ne serait pas, par hasard, "l'homme du vingtième siècle". Le furtif client a ainsi disparu, déplore la mère maquerelle, et avec lui, un pan de notre histoire. Nos héros, toutefois, ont le sens des valeurs, des vraies, de celles consacrées par le temps. Ainsi, au cours d'une scène d'anthologie, ils se laissent aller au bizarre, au malhonnête, à ce breuvage chassé par le gabelou, débusqué par le pandore, traqué par le polyvalent. Evocation du temps d'avant, d'avant la fin du privilège héréditaire des bouilleurs de cru. Ce bon vieux temps des breuvages d'hommes, qui faisaient la fierté de nos terroirs et la force de nos ulcères. Ce film diffuse donc le parfum d'une France qui est en train de s'éteindre, celle d'une France rabelaisienne... Autre caractère droitier, le culte du chef.

 

 

* Le culte du chef

 

Dans ce film, la question essentielle, c'est l'autorité. L'autorité est. Elle ne souffre aucune contestation, ni discussion. L'autorité s'impose d'en haut. Le Mexicain qui intervient dans le début du film, a le réflexe droitier assez accusé. Il était, dit-on, prompt à dégainer son artillerie dès qu'on évoquait augmentation de salaires ou congés payés... Lorsqu' in articulo mortis, il annonce la dévolution de son autorité, devant la contestation des barons de son empire dénonçant un manque de communication (comme on dirait aujourd'hui), il s'en gausse : "j'aurai pu aussi faire un référendum..." Le chef est certes tribun, mais sans s'encombrer des rites démocratiques qui dénaturent l'autorité légitime, consacrée par la force de l'automatique. Monsieur Fernand reprend alors l'héritage, d'une main de fer. Mais de condition plus rurale, pour asseoir ses décisions dans la noble assemblée, il délaisse le revolver au profit du "bourre-pif", indéniablement plus primitif, mais un rien plus efficace économiquement parlant. Les salariés morts ne sont plus rentables. Il le sait. Le chef de droite montre donc qu'il possède des lettres en marketing... Ainsi s'explique la prospérité de cette petite entreprise familiale. Pas de trusts anonymes et de conglomérats à l'américaine, mais une saine société familiale, où les rapports sont directs et chaleureux, du sommet à la base. Les négociations sociales sont simples. Pas d'accords Matignon. Décision et exécution. En outre, ce chef montre l'exemple. Il y a du Lyautey dans le personnage joué par Ventura. Il n'hésite pas à jouer de sa personne, à faire lui-même le coup de poing et le coup de feu, lui devant... et les autres derrière. Il est un chef aimé de ses troupes, courageux, intrépide, décidé, incarnant l'exemple à suivre. Tel est bien le chef de droite... Autre caractère qui semble rattacher ce film à droite, la place des femmes.

 

* la place des femmes

 

Force est de reconnaître que le monde des Tontons... est un monde d'hommes, un univers plutôt masculin. Et ce, jusque dans la boisson lampée... Car, comme l'affirme Lino Ventura, force est de "reconnaître que c'est plutôt une boisson d'hommes...". Les femmes, dans cet univers, sont à la marge. Il y a la Dame Maquerelle, qui sert le patron dès qu'il arrive. Tout sourire, mielleuse, elle n'existe que pour servir le plaisir des hommes. On trouve aussi la mère de Patricia. Défunte, elle est réduite à un souvenir, souvenir constitué par son caractère et par sa beauté. Patricia, fille de sa mère, qui prépare son bachot, dans une institution religieuse, est une jeune fille moderne. Elle connaît Sagan, qu'elle cite et qu'elle imite (elle se promène les pieds nus). Prête à embrasser fougeusement Claude Rich sur une banquette d'un Louis quelconque (ce qui montre son souci assez léger des convenances), à la faveur d'une lumière propice, elle n'en a pas moins des rêves très traditionnels : épouser en blanc son Antoine. La scène où elle ragougnasse, montre qu'elle est prête à se couler dans le moule du modèle féminin rêvé par les hommes : une femme aimante et au foyer, habile à la confection du ragoût et capable de briller en société. Même influencée par Sagan, la jeune fille a des rêves petits-bourgeois et presque prud'hommesques. La femme est obéissante et soucieuse des traditions, une femme qui a tout d'une femme de droite.

 

 

Tels sont les éléments qui pousseraient nos Tontons vers un cinéma droitier...

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