Réformons la réforme...

Jean Peyrot vient de nous quitter.

C'était un de chers professeurs, dont le souvenir éclaire encore celles et ceux qui ont suivi son magistère, du haut d'une chaire, ou d'une de ces salles accueillant les militants de l'APHG.

Il nous manquera, comme il nous manque déjà.

Il nous manquera encore plus en ce moment. Un départ est toujours injuste, toujours précoce. Mais il est des moments où ils sont encore plus insupportables.

Ce moment en est un.

A l'heure de la réforme des lycées et de la disparition de la terminale S de cette matière qu'il a tant servie, c'est un départ symbolique. Dans le combat à mener, sa voix manquera, comme son expérience.

On ne reviendra pas aux temps bénis et anciens où l'histoire-géographie était une discipline phare. Des facteurs objectifs plaident, d'ailleurs, pour une réforme. S'il y a vingt ans, l'histoire-géographie permettait d'obtenir une mention, aujourd'hui, elle sélectionne et fait perdre des points. Elle demande beaucoup, c'est une matière exigeante et chronophage, nos élèves de TS, n'en déplaise à certains, ne sont pas des fainéants mais le programme est trop lourd.

Alors, oui, pour la réforme.

Non, à la disparition de l'histoire-géographie en terminale S.

Mais oui à deux heures hebdomadaires, avec un programme optionnel.

Oui, à des cours optionnels sur la géopolitique contemporaine, oui à une histoire politique du contemporain, pour replacer l'écume de l'événement dans la vague du temps long et pour aider nos élèves à préparer Sciences-Po et les grandes écoles de commerce.

Oui, à des cours optionnels sur l'Histoire et la Géographie de l'Europe, oui, évidemment, (et nous l'attendons depuis longtemps) à une histoire des sciences en concertation avec des autres matières.

Oui à la fin du cloisonnement asséchant des matières.

La réforme est impérative, elle peut être une chance si nous relevons le défi.

Je ne sais ce qu'aurait dit Jean Peyrot. Mais je sais qu'il aurait mené le combat, avec sa fougue et sa terrible érudition, qui rendait le cadet que j'étais humble.

Ne serait-ce que pour lui et pour que sa voix ne s'éteigne pas, menons ce combat et proposons une réforme digne.

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