Le pot de cinquante années...

L'artefact du jour n'est plus de la première jeunesse.

 

Nutella a cinquante ans ! Cinquante ans, l'âge de la maturité ! Cinquante années écoulées et pas une ride de prise ! Au contraire, le pot de Nutella est même très fashion, se décore de temps à autre, des couleurs de l'équipe de France de Football, célèbre les champions d'Europe et les J.O. et leur retour sur la terre hellène qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Il nous file même des cadeaux. Il est comme ça, le pot de Nutella, généreux.

 

Et puis, avec tous ces trentenaires, groupe de pression en plein essor d'après les zétudes de marché, le pot de Nutella terrasse les linéaires et submerge les gondoles. Nutella, c'est un totem, c'est un blason (Nutella Président !!!!). Et on le prête, nous autres, cet artefact qui nous a vus grandir, à des plus jeunes générations, avec une réticence à peine avouée. Car le pot de Nutella, c'est notre histoire à nous, à vous et à moi. Tant d'épisodes mythiques, de complicité, de goûters savoureux, après avoir joué aux Longeverne, construit des cabanes le long de la Vesle, salué une fille, après avoir essuyé une larme (ou deux...) à cause de la même fille, d'une mauvaise note juste avant l'anniversaire (merci monsieur le maître), d'un trou à sa blouse CAMIF (marque déposée). Le pot de Nutella, c'est un plaisir toujours simple, deux bêtes tranches de pain et hop... Le pot de Nutella, c'est toi, c'est moi, c'est nous, quoi !

 

Mais il y a plus que cela, pour nous autres, les hommes, les vrais, les pas bien-rasés, les classieux, échappés de la vraie vie, pas celle dessinée sur papier glacé quadrochromique... le pot de Nutella, c'est notre concurrent, notre rival. Un Don Juan, un bellâtre, pas un minet, un homme, un Homme !!! Avez-vous remarqué que chez chaque femme, se trouve un pot de Nutella ? Avez-vous déjà observé une femme et un pot de Nutella ?

 

Elle le regarde, elle le cajole, le caresse amoureusement du bout de ses longs doigts, comme la bouteille d'eau gazeuse, vous savez... Elle lui parle (!!!) et elle se retourne. Lui, il s'en fout, il joue l'indifférent. Vieille tactique éprouvée. Le temps travaille pour lui. Elle se retourne, revient, le déshabille illico presto, pronto... et se met à le sssssavourer... Goulûment, tendrement, amoureusement, passionnément. Et puis, elle le rhabille. Et le reprend une fois, deux fois, trois fois... Il a du pot ce Nutella !

A cinquante printemps, il assure grave comme dirait mes élèves ! Hélas, pour la femme, cet être fragile et subtil, le pot de Nutella donc, finit par succomber à ces étreintes répétées. Mais aussi vite qu'il me le faut pour l'écrire, la femme, affreusement mercantile (car Nutella se vend, Nutella est un gigolo !!!) s'en procure un autre, souvent un plus gros, un XXL... Et l'histoire reprend, avec ses caresses, ses léchouilles, ses envies, ses interdits, ses regrets, ses désirs, ses reproches (bah oui! Nutella fait grossir... Y a une justice quand même...).

 

Ah! Moi quand j'aurai pris femme, je vous le jure, amis lecteurs, amies liseuses, il n' y aura pas de pot de Nutella chez moi...

 

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