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Billet de blog 20 mars 2020

La Guerre selon Macron

Ma réflexion de simple citoyen sur la guerre annoncée par le président de la république, rien n'ai pas déjà été dit ailleurs, mais juste une envie de l'écrire à ma manière, histoire de garder une trace...

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Six fois, il l'a dit six fois il parait, je n'ai pas compté mais je vais faire confiance à celles et ceux qui connaissent les chiffes. "Nous sommes en guerre", lundi 16 Mars, le président de la république a usé de l'anaphore pour mettre en garde les 35 millions de téléspectatrices/teurs face au Covid-19.

On entend depuis, le vocabulaire martial mit en lien à tout-va avec la crise sanitaire, "en première ligne", "au front", et bien sur "en guerre" peu importe leur place sur l’échiquier politique, les élu.e.s usent avec une certaine délectation de ces mots qui résonnent lourdement, ils ont eu la confirmation du chef des armées, nous sommes en guerre.

Bon, on peut largement critiquer l'analogie entre pandémie et conflit armé - même si les images d'une partie de la bourgeoisie parisienne fuyant la capitale pour se réfugier à la campagne ou dans les îles rappellent la débâcle de 1940 et que l'armée a été effectivement sollicitée depuis le début de semaine pour apporter une aide logistique dans le Grand Est notamment - mais j'ai donc eu envie de prendre M.Macron au pied de la lettre.

"En guerre", oui d'accord, contre qui? Le Covid-19 pense-t-on (et le pense-t-il aussi surement en premier lieu), c'est ce que je me suis dis sur le coup. Et ce "nous" qui est en guerre et que le président utilise en s'adressant à ses compatriotes, lui et eux si je comprends bien? Tous ensemble contre le coronavirus? Là je bloque, moi qui ai la sensation d'avoir plus en commun avec un quelconque prolétaire européen qu'avec Emmanuel Macron, j'ai du mal à me lier à lui de quelque façon que ce soit.

Et si ce "nous sommes en guerre" traduisait l'expression de l'inconscient capitaliste? "Nous" la classe dominante, consciente de ses intérêts, "en guerre" contre les exploités qui cherchent à reprendre le contrôle de leurs destins face à cette crise. Relocalisation de la production, accès inconditionnel à la santé et au logement, les masses éveillées se saisissent de ce moment pour mettre en lumière les aberrations du capitalisme et proposer des alternatives. Calmons-nous, ce n'est pas notre heure nous dit-il, #OnApplaudit les soignant.e.s et on renvoie ceux qui le peuvent le plus vite au travail!

Ils vont nous résister, c'est un des attributs essentiels du capitalisme néolibéral, sa capacité à absorber la critique et les crises pour en ressortir plus puissant encore, renforcé par l'impression qu'il donne d'avoir évolué, d'avoir écouté les "revendications", sans avoir modifié son essence, le pouvoir de la classe dominante sur le travail et la production, qui engendrera inexorablement de nouvelles crises. 2008 c'était hier, Sarkozy avait annoncé vouloir "moraliser le capitalisme".

Donc ils sont en guerre oui, mais pas contre le virus, ou pas exclusivement.

En guerre contre ceux qui souffrent du confinement et qui n'ont pas le loisir de jouir d'un logement salubre et de moyens de se divertir, privilège de classe.

En guerre contre les potentiels infectés dont il faut s'éloigner, la classe bourgeoise se réfugiant sans scrupules dans des ghettos de riches, celle-là même qui repoussait hier les migrants à la mer se rue aujourd'hui à l'île de Ré.

En guerre contre ceux qui souffrent en soignant, qui réclament du gel hydro-alcoolique et le dégel du point d'indice.

En guerre contre ceux qui veulent relocaliser les productions et qui se réjouissent de l'amélioration de la qualité de l'air et de l'eau en lien avec la réduction des flux.

En guerre contre les travailleuses/eurs inquiet.e.s pour leur santé et qui ne jugent pas leur production essentiel.

En guerre contre les banlieues populaires à qui il faut violemment faire respecter le confinement à coup d'arbitraire policier...

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