La puissance invisible des soignant.e.s

Un mot sur l’importance donnée aux soignant.e.s face à l'épidémie - importance légitime mais pas nouvelle - qui pousse à réfléchir sur la valeur donnée à leur travail.

Ce sont des héros/héroïnes, on les applaudit, on leur rend hommage... Parfois, je repense à Richard Ferrand (président de l'Assemblée nationale, LREM) qui le 18 Février denier a refusé à Caroline Fiat (députée, La France Insoumise) un hommage à une infirmière poignardée mortellement à Thouars dans son service (https://www.youtube.com/watch?v=4xoBi9yfEps) mais n'a pas manqué d'ouvrir la séance du 22 Mars par un hommage au médecin décédé alors qu'il avait été contaminé par le Covid-19... Anecdotique peut-être, ou fait-il y voir une énième illustration de l'invisibilisation des soignantes, ou de la solidarité masculine face à une députée elle-même soignante cherchant à mettre en lumière la pénibilité et la dangerosité des métier du soin.

Quelle indignité de devoir attendre une crise sanitaire internationale pour relever le caractère indispensable du travail des soignant.e.s, je ne m'attarderai pas à développer sur le caractère indispensable des soins, ça coule de source à mon avis, mais je soulignerai quand même, que ces activités de soins sont si essentielles, qu'elles sont maintenues - et c'est logique - en temps de crise alors que beaucoup d'autres sont interrompues et qu'on réquisitionne les travailleuses les jours de grève pour maintenir un service minimum de santé.

Ces deux points : Maintien en service par épidémie et réquisition lors des jours de grève devrait suffire à dénoter l'importance de ces travailleuses, à la différence de certaines activité non-essentielles, je pense par exemple au sport professionnel, on peut se passer de Neymar pendant des mois (ça peut même être salvateur), par contre, notre collègue Elodie, décédée à Thouars le 13 Février pendant son service, nous manque cruellement...

Inutile de rappeler le salaire indécent de Neymar, bien qu'il ne soit pas lui-même le problème, juste un symptôme de la déréglementation du capitalisme, il est parlant : presque 37 millions par an d'après les Football Leaks (https://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Le-vrai-salaire-de-neymar-au-psg-devoile/836961). Elodie avait 31 ans le 13 Février, j'en ai 28, nous faisions le même métier, je touche approximativement 1800 euros nets par mois... Je vous laisse mesurer le gouffre, l'indécence, vertigineuse...

Elodie avait - et a toujours à mes yeux - quelque chose que Neymar n'aura jamais avec ses millions, la puissance. Pas la puissance d'une héroïne, celle d'une travailleuse, productrice de valeur économique, reconnue par du salaire.

La puissance d'une travailleuse assurant une fonction essentielle, la fonction de reproduction, invisibilisée par un processus de naturalisation depuis des siècles, au point que certaines des ces activités ne soient plus reconnues par du salaire, comme le travail domestique. Aujourd'hui dans la mesure où se travail domestique - assurée dans l'immense majorité des cas par des femmes - est souvent gratuit, pourquoi faudrait-il payer pour ces mêmes activités hors de la sphère domestique? Pourquoi faudrait-il bien payer une aide-soignante? Une femme de ménage? Une auxiliaire de puériculture?

La non-reconnaissance de ce qui a de la valeur est au cœur de cette lutte, il faut appeler ces activités réalisées comme le soin aux enfants à la maison, les"tâches ménagères"... Du travail! 

Le mouvement social, à travers cette lutte - entre autres bien sur - reconnaîtra pleinement la puissance des travailleuses comme productrices de valeurs économiques. Si le pouvoir exécutif chante les louanges des soignant.e.s, il faut lui rappeler que ces travailleuses mettent leur corps et leur esprit en jeu au quotidien, Elodie en est un tragique exemple, les 238 soignant.e.s contaminé.e.s par le Covid-19 au CHU de Strasbourg en sont un autre (https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/23/c-est-un-choc-ce-n-est-qu-un-premier-cas-les-soignants-face-a-la-premiere-victime-du-coronavirus-dans-leurs-rangs_6034066_3224.html).

Les applaudissements doivent dorénavant laisser la place au augmentations de salaire, à la rénovation des établissements de santé et des instituts de formation, à la création de structure médico-sociales, à une gouvernance des établissements par les travailleuses elles-mêmes.

Ce serait, là, une reconnaissance à la hauteur de la puissance des travailleuses.

 

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