L'urgence des luttes

Si à ce jour je n'ai pas encore de moyen de déterminer la manière dont je vais me positionner lors des futures grandes échéances électorales, et encore moins leurs issues, ce que je peux à peu près présager c'est que peu importe quelle personnalité ou quelle famille politique en sortira gagnante, il faudra que les luttes se poursuivent, parce qu'elles sont à mes yeux les moteurs de l'Histoire.

Tout est parti cette nuit de la lecture d'une énième tentative d'analyse des forces politiques (au sens partisanes) en présence pour les élections présidentielles de 2022 que me venaient ces réflexions, ces futures échéances vont mobiliser beaucoup d'affects dans les champs médiatiques et politiques aux vues des enjeux en termes de pouvoir, et nul doute que je serai grandement attentif à ce qui s'y déroulera, mais ce ne sera qu'un divertissement de piètre qualité...

Une certitude me concernant, étant identifié comme un homme blanc issu de milieu plutôt aisé, étant fonctionnaire avec un salaire à vie, je bénéficie d'ores et déjà de nombreux privilèges dans notre société patriarcale et capitaliste. L'issue des élections ne bouleversera surement pas profondément mon quotidien, à la différences de celui de beaucoup personnes pour qui la politique implique des questions de vie ou de mort et vient les saisir jusque dans leur chair, pour beaucoup il ne s'agira pas simplement de question d'esthétique ou de couleur électorale mais de survie.

Accueil des réfugiés, prévention des violences sexuelles, hébergement pour les sans-abris, prévention des suicides, disparitions des services publiques, augmentation des petits salaires... Autant de questions urgentes qui déterminent déjà les conditions matérielles d'existences d'une majorité des citoyen.ne.s.

Si le politique pouvait ou voulait répondre à ces questions qui mettent en jeu les vies d'un si grand nombre, j'oserai imaginer qu'il s'en serait déjà saisi, mais non, aujourd'hui on parle d'islamo-gauchisme à l’université, on parle de l'interdiction de l'écriture inclusive, on parle des repas sans viande à la cantine... de l'esthétique, du dérisoire...

Je pars donc du principe que le politique ne veut pas s'en saisir. Mais qui alors pour se mobiliser pour ce qui concerne la survie des exploité.e.s en dehors des exploité.e.s eux-mêmes? C'est au mouvement social dans sa pluralité, aux associations, aux ONG, aux syndicats d'être des moteurs de lutte, d'être force de proposition, de rassembler des données, de travailler le terrain et les esprits, petit à petit, de faire évoluer les consciences vers une société plus inclusive, plus juste, plus solidaire.

Ces institutions doivent servir à politiser les affects et le réel, doivent contribuer à mettre des mots sur les réalités. Ces institutions peuvent êtres des forces de pression pour le politique cynique et inerte qui cherchera d'une manière ou d'une autre à capter ces puissances d'agir pour se perpétrer lui-même, parce que c'est ce qui fait l'essence du pouvoir, sa volonté de perdurer, voire de croître, pour ça, le pouvoir doit engager dans son sein un maximum de puissances citoyennes, alors, si ces puissances sont mobilisées derrière telle ou telle cause, le politique s'en saisira secondairement, mais pas en première instance.

Au-delà de leurs travaux quotidiens qui modifient le réel, ces contre-pouvoirs que sont associations/ONG/syndicats, mettent à l'agenda politique les questions qui font la survie de tant de personnes.

Alors peu importe pour moi qui sera à l'Elysée en 2022, un social-traître, un néolibéral extrémiste ou une néo-fasciste... Il faudra être aux rendez-vous des luttes, au quotidien, car c'est la lutte qui est le moteur de l'Histoire.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.