Comment la psychiatrie produit du sexisme et de l'exclusion

A propos des conditions matérielles d'exercice du soin en psychiatrie notamment en situation de crise et sur comment elles entretiennent des schémas sexistes archaïques.

Cette dernière nuit de travail fut plus productive que prévue, j'ai veillé sur les patient•es, notamment deux admissions du matin, j'ai préparé le service à la future journée de travail et de soins en œuvrant à l'hygiène de locaux, à la préparation de rendez-vous et en m'assurant de la présence de tout le matériel nécessaire à la journée qui s’annonçait.

Petit bonus non prévu et objet de cet écrit, j'ai été sollicité pour intervenir dans chambre d'isolement, l'infirmière du service voisin concerné ayant reçu la consigne (écrite ou orale?) de n'intervenir auprès de la personne isolée qu'en présence de "deux hommes", je me suis soumis à cette obligation non sans moquer intérieurement ce genre de consigne dont je saisis le sens et dont la portée dépasse malheureusement le cadre du soin...

Pas besoin d'avoir fait Saint-Cyr (non vraiment pas), le corps médical et/ou soignant peut avoir tendance à auto-discriminer des éléments qui le compose en s'appuyant sur des stéréotypes sexistes : le postulat étant que la personne isolée et donc en crise (délirante, suicidaire, maniaque...) aurait besoin de cadre et de contenance physique pour assurer sa sécurité, celle du personnel et apaiser son agitation psychique et/ou motrice.

Sont souvent valorisées dans ces situations des soignants hommes ou perçus comme tels (qui seraient naturellement supérieurs en force physique, en résistance aux coups et formés à l'auto-défense...) et qu'il serait fantasmé que les soignantes femmes ou perçues comme telles serait incapable d'intervenir de manière à répondre aux besoins de ces situations de soin spécifiques (on leur attribut à naturellement des qualités de douceur, d'écoute, de patience... des qualités dites "maternantes"... grrrrr ce terme!).

Vous l'aurez compris les pratiques soignantes (que l’institution ne remet pas en question voire entretient) naturalise trop souvent des qualités fantasmées en fonction du genre du soignant ou de la soignante au détriment des qualifications réelles de la personne. Ainsi, ces pratiques entretiennent une vision patriarcale binaire du genre au mépris des qualités et des ressentis des professionnel•les. On perpétue la vision d'hommes virils détenteurs de la force, et de femmes faibles et fragiles, petite choses à protéger...

Ces pratiques ne sont pas que moralement et éthiquement critiquable (on parle d'une forme de discrimination quand même non? Alors qu'on devrait lutter contre le sexisme), elles ont un coût, elles enferment les personnes dans une vision binaire du genre (homme/femme), sont sources de violence pour les personnes mégenrées par erreur (considérées comme "homme" alors que la personne ne se reconnait pas ainsi ou au mépris de ses ressentis par exemple...) qu'on force à coller à des stéréotypes sexistes, sans parler des personnes qui ne se reconnaissent ni homme ni femme, quelle place ou elle•eux dans ces pratiques?

Bref je n'ai pas nécessairement de solution, ce ne sont là encore que des ressentis en lien avec mon propre vécu et ma sensibilité, si j'en parle c'est parce qu'en tant que concerné, j'ai de plus en plus de mal quand on m'appelle "monsieur" ou quand on m'interpelle parce qu'on cherche un homme.

Pourquoi ne pas raisonner en terme de compétences requises pour intervenir dans des situations de crise plutôt que de raisonner en terme de genre perçu? Pourquoi ne pas simplement proposer aux personnes qui se sentent plus à l'aise d'y intervenir d'y aller sans discrimination de genre. Si c'est une question de sécurité, le nombre de soignant•es peut faire office de protection peu importe leur genre, et pourquoi se priver de professionnelles de qualité dans des situation de crise juste parce qu'elles seraient femmes, quelle absurdité non?

Bon, j'en reste là pour aujourd’hui.

Des bisous (si consentis)

Yo

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