Comme une envie de me « dés-Hublo-ter »

« Hublo, le premier outil de gestion des remplacements dans la santé » : voilà la phrase qui nous accueille sur le site de la plate-forme qui propose très concrètement aux agents des établissements de santé de s'auto-exploiter en faisant des remplacements au sein de leur lieu de travail.

Je me prépare à travailler les 6 prochains jours à partir de demain, j'ai comme une envie de retrouver Joséphine Baker dans sa demeure éternelle mais je vais plutôt m'énerver sur mon clavier.

"Hublo, le premier outil de gestion des remplacements dans la santé" : voilà la phrase qui nous accueille sur le site de la plate-forme qui propose très concrètement aux agents des établissements de santé de s'auto-exploiter en faisant des remplacements au sein de leur lieu de travail (qui les remplace ensuite elleux? Je n'ai pas de réponse...) pour pallier au manque de soignant·es dans les services pour s'occuper des personnes accueillies.

Si en soi, l'existence de cet outil me gêne mais ne me révolte pas outre mesure (après tout dans une société capitaliste il n'y a rien de surprenant à ce qu'une entreprise privée vienne mettre son nez dans les affaires publiques pour faire du pognon sur le dos des malades...) parce qu'en temps de crise je peux considérer éventuellement le recours au volontariat temporairement pour aménager les espaces de travail en difficulté...

Mais le problème se pose quand cet outil semble être la seule solution proposée pour réparer les dégâts causés par des décennies de gestion néolibérales de l'hôpital public. On me rétorquera que les établissement cherchent à recruter, certes, je veux bien vous croire, mais dans un secteur frappé de plein fouet par la crise sanitaire la volonté de recruter ne suffit pas, il faut révolutionner les politiques de santé, pas pour aujourd’hui ni demain mais pour les décennies à venir si on veut pouvoir retrouver un peu de sérénité dans nos métiers.

Où sont les campagnes de promotion des métiers du soin? J'ai vu pendant des mois, et j'en vois encore, des publicités pour l'armée de terre (que ce soit sur des panneaux en ville, dans des émissions sur Twitch en partenariat avec des influenceurs (sur LeStream par exemple, 1ère web-tv française) : https://www.youtube.com/watch?v=LafwS_nGKesdes publicités sur les réseaux sociaux, des vidéos d'influenceurs sponsorisées par l'armée (je pense notamment à Tibo InShape, + de 8M d'abonné•es sur Youtube) : https://www.youtube.com/watch?v=u-v07taMbIQ

Où sont les constructions d'instituts de formation ? D’établissements de santé ? D'universités ? De laboratoires de cherches? Parce qu'on va avoir besoin de bras et de cerveaux avec les défis annoncées de la santé : le réchauffement climatique va amener son lot de désastres sanitaires :

Pour s'y préparer, des investissements majeurs sont indispensables, sans quoi, des êtres humains vont mourir, ce n'est même pas une question morale, c'est une question d'efficacité, pour que nous survivions collectivement, il est nécessaire que les infrastructures de santé s'adaptent à l'augmentation des besoins et à l'apparition des nouveaux défis.

Mais les grands travaux n'ont pas l'air de se diriger vers la santé, le ministère de l'intérieur débloquent des moyens (900M en plus pour 2022) pour que les flics tabassent les manifestant•es, tuent les descendant•es de l'immigration dans les quartiers populaires, éventrent les tentes des réfugié•es (https://www.humanite.fr/paris-la-police-traque-les-refugies-sans-logement-696661)... Autant de choses qu'une politique de santé combattrait mais sont au contraire valorisées par l'exécutif (un dernier exemple en date signé l'abject violeur Darmanin)...

Bon courage aux patient·es qui n'ont pas fini d'en baver.

Yo

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