Le site de Florange: L’emblème d’une lutte générale.

De « ministre de l’industrie » à « ministre du redressement productif », le message de cette nouvelle dénomination en Juin 2012 du même ministère était clair : l’industrie française doit être relancée!


Sous cette bonne volonté affichée, ce message mis en avant par le gouvernement était prévisible car des signes de mauvaises augures étaient déjà bien présents: le chiffre d’affaire de l’industrie manufacturière a diminué de 2,7% entre août et septembre tandis que ce phénomène a été particulièrement flagrant à l’exportation avec une baisse de 4,2% selon l’INSEE.

Dans ce contexte de crise, cette dynamique de redressement s’est rapidement confrontée au scénario inquiétant d’Arselor Mittal. Comme vous le savez probablement, Mittal a effectivement présentée, il y a un peu plus de 2 mois, un projet de licenciement général avec l’arrêt total des deux derniers hauts fourneaux lorrains à Florange. Il va s’en dire que l’opposition soudaine entre objectif gouvernemental et mise au chômage potentielle de plus de 600 salariés a abouti à une cause nationale.
Très rapidement, le gouvernement a donc conclu un accord avec l’entreprise. Cet accord prévoyait la suspension des licenciements pendant une période de deux mois, temps pendant lequel l’Etat a tenté en vain de trouver un société prête à reprendre l‘activité délaissée par l‘entreprise.
Suite à l’expiration de cet accord sans résultat, les licenciements ont naturellement étaient remis au bout du jour. Le gouvernement est même allé jusqu‘à la menace de nationalisation de l‘entreprise pour les suspendre. Finalement, c‘est un accord à l‘amiable qui a été engagé le 30 novembre. Celui-ci prévoit l‘abandon du plan social de Mittal, des investissements et le maintien à chaud des hauts fourneaux, au moins à court terme, dans l‘hypothèse d‘une intervention européenne


Quoi qu’il en soit, cette crise d’ampleur locale s’est revêtue d’une portée nationale car Florange n’est finalement qu’un cas de licenciement massif parmi tant d’autres. Avec un taux de chômage de 10,3% en France selon l‘INSEE, les plans de licenciements sont de moins en moins tolérés par l’opinion publique dans son ensemble et les acteurs au pouvoir ne peuvent plus rester indifférents aux fermetures de lieus de productions comme cela a été le cas à Florange; et ce, même si trouver une solution demeure très difficile. Car il est bien là le problème, les plans sociaux en France se multiplient, mais étant dans une économie libéralisée, il est impossible de réellement intervenir sur un cas aussi précis de l’économie qu’est une seul entreprise et donc de négocier avec elle à l’aide de vrais moyens de pression.
On se retrouve alors dans une impasse qui aboutie à une certaine improvisation où de nombreuses mesures (comme celles citées ci-dessus: recherche d’un nouvel entrepreneur, nationalisation…) ne sont que de la poudre aux yeux aux regard toujours clairs des entreprises. La preuve en est d’ailleurs là: dans le traité du 30 novembre conclu avec Mittal, aucune garanti n’est réellement précisée et l’entreprise garde concrètement les mains libres. Certes, Monsieur Hollande a précisé que tout abus des clauses de l’accord entraineraient de nouvelles poursuites mais il difficile d’envisager des répressions réelles dans ce cas si ce n’est de nouvelles négociations (retour case départ ?!).

Face à ce constat, c’est toute la question de la gérance de l’Etat sur nos entreprises qui se pose. Les négociations ont abouti à un résultat toujours polémique mais aussi positif, par rapport au départ, avec la suppression du plan social prévu. Mais ce symbole de Florange décrit également un phénomène global de chômage et de décadence de notre industrie face à la concurrence étrangère. Par exemple, la production d’acier chinoise a augmenté de 9,6% sur le premier semestre 2011 pour atteindre 350 millions de tonne selon Xinhua.
C’est pourquoi plus qu’un accord ponctuel avec une entreprise telle que Mittal pour résoudre localement un problème de licenciement, ce sont davantage des mesures globales à une économie qu’il faut envisager. Plutôt qu’«uniquement» vouloir sauver les plus de 600 salariés de Mittal, il est probablement plus important encore de s’intéresser aux raisons à la base de ces licenciements. Car si une mauvaise gestion de la compétitivité française pousse Mittal à licencier, des même raisons structurelles poussent très probablement de nombreuses autres entreprises à licencier également. Par conséquent, quelque soit le résultat de l’accord à l’amiable entrepris par le gouvernement, l’important reste de savoir pourquoi une telle intervention gouvernementale a été nécessaire; et ce, pour qu’elle ne se reproduise plus à l’avenir en trouvant la voie des réformes à suivre (est-ce le coût du travail qui a poussé ces licenciements? Le manque d’innovations ? La mauvaise qualité des services et infrastructures proposés par l’Etat ?…)
Bref, plutôt que guérir l’aval par des mesures de court terme, ce sont surtout des mesures en amont et à long terme qu’il faut entreprendre pour éviter dans le futur, que ces emblèmes locaux, ne soient suivies encore et toujours par une réalité nationale.


Yonathan Van der Voort

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