Le député qui marche dresse un premier bilan

Par Simon Sainte Mareville et Yonathan Van Der Voort

 

" L'Occident, l'Europe, le club des pays qui ont su devenir démocratiques et en particulier la France ne vont pas bien." Jean Lassalle ne pouvait mieux démontrer, en ce 15 juin, son intime conviction. Après avoir mûrement réfléchit sa décision, M.Lassalle décidait le 10 avril dernier de se lancer dans une grande marche à travers la France, partant à la rencontre des français. Réuni dans un bureau du Palais Bourbon, " le député qui marche, " entouré de son équipe ainsi que de ses proches soutiens, nous a livré un premier bilan de ses déjà 1.300 kilomètres parcourus de quête de témoignages et avis de ses concitoyens.


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Un bilan doublement " terrifiant "

M.Lassalle n'a de cesse que de décrier le disfonctionnement démocratique de la République française. Cette première grande idée, importante constituante de sa démarche, avance l'impuissance organisée du monde politique, impuissance à propos de laquelle il aura plaisanté dés le début de la conférence : " Au moins, quand on est ici, on a l'impression de présider quelque chose. " En effet, le peuple français serait considéré comme un " amas de gens individualisés " dont on me demande plus rien, car on le croit incapable de décider. Il en résulte une perte de sa souveraineté. Cela est d'autant plus terrifiant que la démocratie ne doit pas tuer le débat mais l'appuyer : il faudrait une démocratie vraiment directe.

" Il faut faire le trait-d'union car chacun reste dans sa bulle "
C'est alors qu'a germé le principe des cahiers de l'Espoir. Ces cahiers, héritiers en certains points des cahiers de doléances de 1789, servent à donner corps à des paroles citoyennes et démocratiques, comme le définit le député centriste. En somme, que ce soit sur les routes, sur internet ou par correspondance, Jean Lassalle recueille les témoignages de tout citoyen souhaitant s'exprimer.

" Le plus dur n'est pas la marche mais les témoignages "
En une soixantaine de jours, quelques milliers de messages ont illustrés le second aspect terrifiant du " rapport Lassalle. " La perte de confiance des citoyens envers les élus se matérialise en une sorte de méfiance collective : " Nous ne savons pas à quoi aboutira votre démarche mais rapportez nos propos exacts." Au-delà de ce sentiment de méfiance profond, force est de constater que les propos sont plutôt agressifs. Lassalle lui-même ne subit aucune réelle attaque personnelle, sa démarche étant admirée par de nombreuses personnes et ce sont plutôt ses collègues députés qui en prennent pour leur grade. Plus qu'agressifs, ces messages traduisent le désaveu quasi total des membres de l'hémicycle aux yeux des citoyens français : " On vous déteste, rien ne change depuis trente ans " ou encore " Vous nous prenez pour des demeurés." Pire encore, certains ne savent même plus où ils en sont, qui ils sont et ne se sentent plus représentés par les politiques.

Alors que nous vivons dans un système gravitant autour du débat, de tels problèmes pourraient totalement renverser nos acquis, profondément ancrés dans notre société. Les citoyens ont besoin de faire confiance en ces hommes politiques et ces derniers sont tout autant dépendants de la confiance de leurs concitoyens car c'est par elle qu'ils obtiennent leur légitimité. Comme le remarque Lassalle, 90% des individus rencontrés prévoient une brutale remise en question du système actuel (" Ça va péter ") mais seulement 30% souhaiteraient y participer, ces chiffres prouvent que cela ne reste encore qu'une idée, cependant, notons que les citoyens français seraient (paradoxalement) très attachés au militantisme et à la vie démocratique.


Jean Lassalle " l'atypique" ?

Ses détracteurs le jugent atypique, d'autres critiquent le fait qu'il soit en " vacance " alors que son mandat parlementaire court toujours bien qu'il se soit engagé à ne pas recevoir ses indemnités, conformément avec les règles de l'Assemblée Nationale. Derrière ce portrait peu flatteur, ces individus tentent de décridibiliser l'action de M. Lassalle qu'il proclame au contraire désintéressé. En vérité, il apparait ici comme un idéaliste, un homme passionné ne rechignant pas à aller sur le terrain pour écouter et retransmettre les messages qu'on lui fait passer aussi fidèlement que possible. Cette mission qu'il s'est donnée relève d'une démarche sincère et droite, certes atypique, cette attitude prouve que ce député s'intéresse à l'ensemble des citoyens français, qu'il est à leur écoute et qu'il tentera de faire entendre leurs supplications. Le père de Jean Lassalle lui avait dit qu'on ne naissait pas courageux mais qu'on le devenait, il s'impose comme une évidence qu'il aura suivit cette maxime à la lettre.

Par la mise en place de ces cahiers de l'Espoir, le député du Modem et son équipe souhaitent faire parvenir les idées citoyennes brutes aux élus sans qu'il n'y ait nulle instrumentalisation ou interprétation. Néanmoins, plus que dans le but d'inspirer les seuls élus, ce projet souhaite également faire participer les citoyens au jeu politique. " Le pays a besoin de vous, " voici le message que veut faire passer M. Lassalle aux citoyens et à la jeunesse plus particulièrement. Jeunesse qu'il estime être le futur radieux et incontournable de notre société future. Il espère ainsi que son action soit poursuivie par de nouvelles initiatives et réflexions, qu'elles viennent de français engagés ou de politiques chevronnés. Cet espoir est d'autant plus essentiel qu'il avoue lui-même ne pas avoir les clés des problèmes qu'il pose, il faudra donc un véritable effort collectif pour parvenir à relever ces défis.


Un projet limité à sa nature utopique

Ici apparaissent donc les limites de son projet, lui même étant parfois trop idéaliste. Ces dites limites prennent vies au travers du peu de temps de parole accordé aux les députés du Modem, dont Jean Lassalle fait parti au sein de l'Assemblée. Ces contraintes temporelles empêchent les députés d'exposer les problèmes que leurs électeurs leurs demandent de résoudre, ils éludent donc de nombreux sujets bien malgré eux, soumis aux ordres du jour souvent totalement opposés avec les plaintes des citoyens.

Quoiqu'il en soit, même si ce combat n'est pas gagné, Lassalle rappelle que " l'inspiration jaillit du fond de la nuit " et que ce combat représente, d'après lui, " son acte le plus politique où il se sent le plus utile. "

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