Les jeunes font-ils encore confiance à la classe politique?

Suite à l’affaire Cahuzac, nous sommes allés à la rencontre de jeunes étudiants pour découvrir leur point de vue sur le monde politique.


Une jeunesse toujours connectée

A quelques exceptions près, la grande majorité d’entre eux s’intéresse à la politique et à l’actualité en général. Ces jeunes prêtent en effet une place importante à ce domaine très présent dans notre société. « Tout est politique dans notre monde » nous dit l’un d’entre eux. Afin de rester conscient des décisions prises, il n’y a pas d’autres choix de suivre les informations quotidiennes. Cela permet notamment de prendre du recul sur la société.

Cette vision est d’autant plus accentuée que les quelques personnes s’intéressant peu ou pas à la politique admettent qu’elles devraient y porter davantage d’intérêt . L’un des obstacles  rencontré est cependant le fait que les discours et l’activité politique demeurent assez compliqués. L’ennui est un sentiment souvent cité face à une politique dite « élitiste » et loin des enjeux populaires.
De plus, malgré l’intérêt porté, un certain désabusement se retrouve chez les jeunes qui n’hésitent pas à se placer qu’en tant qu’observateurs des politiciens ; la notion d’acteur politique perd beaucoup de sa substance à cause de leur impuissance, même une fois élus. « L’économie n’est plus un outil, ce sont les politiciens qui sont devenus outils de l’économie » dit ainsi une étudiante.
Malgré tout, voter est encore considéré comme un devoir de citoyen même s’il a tendance à perdre du sens à la vue des résultats : ce sont toujours les deux grands partis qui prennent la main. Notons tout de même que parmi les jeunes interrogés, seule une très faible minorité a déjà eu l’occasion de faire du militantisme partisan ou des actes politiques semblables.

Cet intérêt se couple au constat qu’il est difficile de se faire des idées politiques. En effet, malgré un certain nombre de partis différents, leurs acteurs répètent sans cesse les mêmes choses et agissent également toujours de la même manière une fois au pouvoir. Un manque de conviction tranché donc, qui diminue le sentiment d’appartenir à un courant politique.

Une jeunesse intéressée mais déçue

Au-delà du suivie régulier de la vie politique apparaît une réalité beaucoup moins réjouissante. Car c’est bien une déception générale que nous avons découvert auprès des étudiants. « Atmosphère de dépit », « dysfonctionnement », « pessimiste », « déçu » : voici le champ lexical dont nos micros ont été les témoins.

En premier lieu, il est clair qu’il existe un manque prononcé de confiance envers les politiciens. L’affaire Cahuzac représente, pour la grande majorité des jeunes interviewés, davantage une généralité  qu’un simple cas particulier. Cela démontre les failles du système politique ; et ce, que ce soit à droite ou à gauche. Le souvenir d’autres soupçons et scandales du précédent quinquennat demeure et renforce l’idée d’une malhonnêteté constante. Nommé scandale pour certains, évidence pour d’autres – car de tels faits seraient inévitables -, le lien pouvoir/argent est clairement posé : la vie politique est truffée de « magouilles » précisent un grand nombre des jeunes interrogés.

Une autre raison au manque de confiance accordée aux politiciens correspond à la désillusion constante dont ils font l’objet. Si la qualification de « promesses » est déjà largement intégrée à propos des réformes annoncées avant les élections, c’est surtout le manque d’efficacité une fois au pouvoir, même avec des réformes moins idéalistes, qui est dénoncé. Les réformes du droit de vote accordé aux étrangers et du non cumul des mandats ont été cités comme exemples; ces « projets » ont en effet été repoussés à 2017 par le gouvernement.
Certes, des réformes sont initiées mais celles-ci ne sont suivis d’aucun résultat nous ont-ils souvent indiqués. Les jeunes n’hésitent pas à prétendre alors que les gouvernants agissent dans leur seul intérêt et non dans celui du « peuple ». Le terme de peuple a d’ailleurs souvent été repris pour montrer la distance existante entre les politiques actuelles et la population. D’après la quasi-totalité des propos recueillis, les élus appartiennent avant tout à une élite. Un étudiant l’a simplement décris : « Ils [les politiciens] parlent de problèmes sociaux et derrière ont du caviar à manger au dîner ».

Enfin, beaucoup de jeunes ont dénoncé le « jeu de scène » de la vie politique. Un vrai ras-le-bol est ressenti sur la tradition des parties politiques consistant à s’opposer par principe. Quel que soit les propositions et réformes faites par un partis, on peut être sûr que l’opposition va les rejeter ; et ce, même si ce sont de bonnes idées. De même, voir la gauche arriver au pouvoir puis s’empresser de supprimer les réformes de la droite est décevant pour de nombreux jeunes.

« Quand les dégoûtés s’en vont, il ne reste que les dégoûtants ». Cette citation de Pierre Mauroy, reprise par l’un de nos interviewés, résume pour partie leur vision de la réalité politique. Chacun est d’accord pour dire qu’il existe de bons politiciens mais aucun ne fait de la politique… L’utopie d’une bonne gouvernance perdure au fond ; mais les acteurs n’en forment qu’une dérive. Le résultat actuel est un vote accordé uniquement par dépit et pour sanctionner les dirigeants.

Une vision optimiste de l’avenir

Malgré ce constat, la plupart des jeunes interrogés croient en une amélioration à long terme du monde politique. L’espoir réside ainsi en un renouvellement de ses acteurs. Beaucoup des jeunes ont également conscience de croire en certaines utopies ; mais à juste raison. « Ce sont les utopies qui nous font avancer » rappellent-ils. Le mot « renouveau » est également beaucoup cité : certes la réalité est mauvaise, mais celle-ci ne peut que changer en bien ; ou du moins, c’est ce qu’il faut espérer. L’implication que chacun doit donner à la politique se justifie d’autant plus qu’elle est en mauvais état.

Aller plus loin : Un constat amer provoqué par phénomènes étatiques globaux

Dans son œuvre Propos sur le champ politique, Bourdieu explique la dérive de la politique actuelle par la notion de champ politique. Ce champ, définit grossièrement comme l’arène des confrontations politiques, se repositionne sans cesse selon les enjeux actuels dit « politisés ». Les hommes politiques seraient en quête de ce qui leur parait avantageux tout en cherchant à éviter ce qui leur est couteux. Ainsi, l’un des problèmes majeurs, selon une idée reprise par le professeur de science politique Christophe Voilliot notamment, serait qu’aujourd’hui, ces champs ont de plus en plus tendance à se renfermer sur des luttes internes. De manière concrète, les acteurs des partis politiques se centrent sur eux-mêmes en cherchant à avoir des places dominantes, par exemple, et délaissent donc, au contraire, les enjeux publiques. Ces enjeux publics sont certes les plus attendus par les populations, mais ils sont aussi les plus risqués car les plus difficiles pour les politiciens. D’où ce délaissement qui est d’autant plus important. La lutte interne entre Jean-François Copé et François Fillon pour obtenir la place de « premier homme » est un bon exemple de ces luttes internes très mises en avant. Cette explication justifie le constat que les hommes politiques n’ont l’air de se soucier que d’intérêt proprement individuel en délaissant les vrais enjeux dont la population a besoin.

De même, l’une des autres causes des dérives actuelles est clairement le passage global de « partis de notables » à des « partis de masse ». Les premiers sont des partis qui regroupent surtout des élus locaux avec peu de militants : ils sont faiblement structurés. Les partis de masse, au contraire, sont fortement structurés et reposent sur une base militante importante ; les élus issus de tels partis sont très dépendants de leur organisation.
Ainsi, étant donné qu’aujourd’hui, la vie politique repose avant tout sur des partis de masse, il s’en ressort presque logiquement deux effets provocant le constat fait chez les jeunes.

Tout d’abord, ces partis de grande ampleur, pour trouver des sources de financement, sont obligés de se tourner vers les classes favorisées de la population ; ces adhérents leur fournissant de plus importantes ressources que les classes moins plus pauvres. D’où l’élitisme grandissant des partis politiques. A contrario, étant donné l’effet de masse, les actes politiques simples tel que le tractage sont de plus en plus dévalorisés au sein des partis qui ne mettent en avant que des activités très sélectives dû aux compétences demandées (talent d’orateur, savoir communiquer, gérer de grosses structures). Il en ressort une exclusion de nombreuses tranches de la population ; et ce, quels que soient les partis politiques.

Le second effet est la professionnalisation de la vie politique. Les structures étant de très grande taille, et les places donc très convoitées, les « premiers » de chaque partis ont eu la nécessité d’y faire carrière avant d’atteindre ce statut. Sans oublier que les compétences nécessaires pour franchir les paliers sont toujours aussi élitistes. Il n’y a alors nul d’étonnement à avoir lorsque l’on constate que les jeunes décrivent une distance flagrante entre les élus et le peuple.

A retrouver sur: http://www.parlonsinfo.fr/politique/2013/04/20/les-jeunes-font-ils-encore-confiance-a-la-classe-politique/

Yonathan Van der Voort


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