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Billet de blog 3 mars 2022

Нет войне! Non à la guerre! Нет войне!

Le devoir de tout être humain ayant un sens élémentaire de la justice, - et a fortiori de tout militant de gauche et encore plus d’un révolutionnaire - est de s'indigner et de se révolter quand il voit les puissants opprimer et piétiner les faibles et les sans défense.

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Нет войне! Non à la guerre! Нет войне!

Par Yorgos Mitralias

Athènes, 27 février 2022

Surtout dans les circonstances actuelles, moins on en dit, mieux on se porte. Donc, en quelques mots, le devoir de tout être humain ayant un sens élémentaire de la justice, - et a fortiori de tout militant de gauche et encore plus d’un révolutionnaire - est de s'indigner et de se révolter quand il voit les puissants opprimer et piétiner les faibles et les sans défense. Ce qui se traduit aujourd'hui par une solidarité entière et complète -sans faux-fuyants- avec le peuple ukrainien qui est bombardé, saigné et qui résiste tragiquement seul. Et aussi une solidarité sans faille avec les courageux citoyens russes qui manifestent contre la guerre de Poutine, faisant exactement ce que Rosa, Liebknecht et un certain Vladimir Ilitch Lénine ont fait en août 1914! Aujourd'hui comme hier, ce sont ces quelques braves qui sauvent l'honneur non seulement de leur pays mais aussi du monde entier…

Après ce rappel nécessaire, venons-en aux événements de ces journées cauchemardesques. Et commençons par un quiz : qu'ont-ils en commun les ennemis anticommunistes occidentaux de Poutine et nos compatriotes défenseurs de Poutine ? La réponse est que tous les deux perçoivent la Russie de Poutine comme une certaine "continuation" de l'URSS. Les premiers pour la critiquer et la condamner, les seconds pour l'approuver et la défendre.

Mais que dit de tout cela la personne directement concernée, le président Poutine lui-même, dans son discours historique du 22 février, dans lequel il a exposé en détail, pendant une heure et demie (!), les raisons de la guerre qu'il a déclarée en Ukraine ? Il dit exactement le contraire. C'est-à-dire qu'il déteste la révolution russe, les bolcheviks et, en particulier, Vladimir Lénine, plus que tout autre chose ! Écoutons-le : "Du point de vue du destin historique de la Russie et de son peuple, les principes léninistes de construction de l'État n'étaient pas seulement une erreur, ils étaient, comme nous le disons, encore pire qu'une erreur."Pourquoi ? Parce que « la politique bolchevique a abouti à l'émergence de l'Ukraine soviétique, qui, même aujourd'hui, peut être appelée à juste titre "Ukraine de Vladimir Lénine ».Il en est l'auteur et l'architecte».

Et pourquoi, selon Poutine, Lénine est-il "le créateur et l'architecte" de l'Ukraine d'aujourd'hui ? Parce que "Ce sont les idées de Lénine sur une structure étatique essentiellement confédérative et sur le droit des nations à l'autodétermination jusqu'à la sécession qui ont constitué le fondement de l'État soviétique". Nous sommes entièrement d'accord avec la description de Poutine. Sauf que nous applaudissons l'application de ces "idées de Lénine" non seulement à son époque mais aussi maintenant, et même partout et toujours, alors que Poutine les déteste à mort. Après les avoir d'abord qualifiées de "folie", il affirme ensuite de la manière la plus catégorique ce qui suit : « il est très regrettable que les fantaisies odieuses et utopiques inspirées par larévolution, mais absolument destructrices pour tout pays normal, n'aient pas été rapidementexpurgées des fondations de base, formellement légales, sur lesquelles tout notre État a été construit »...

Conclusion ? Nous n'avons rien à ajouter lorsque Poutine lui-même est en total désaccord avec ses ennemis occidentaux et ses amis de gauche qui prétendent que sa Russie est une sorte de substitut de l'URSS, ou qu'il vise - par exemple avec sa guerre en Ukraine - à la faire revivre ! Tant les premiers que les seconds luttent contre des ombres et nous racontent des histoires à dormir debout tout en faisant de la propagande grossière adressée à des idiots : il n'y a probablement pas d'anticommuniste plus juré et d'admirateur plus farouche de l'empire tsariste que Poutine!…

Cependant, tout ce qui précède, entrecoupé par les affirmations constamment répétées de Poutine sur l'inexistence d'une nation et d'un État ukrainien, peut signifier quelque chose de très important : Que la haine de Poutine contre l'Ukraine n'a rien à voir avec la "sécurité" de la Russie et son encerclement - tout à fait réel et étouffant - par l'OTAN et les impérialistes occidentaux ! Quoi qu'il arrive, tôt ou tard, Poutine enverrait son armée en Ukraine, tout comme il l'a envoyée en Tchétchénie pour raser Grozny au début de sa présidence, sans qu'il y ait la moindre menace de l'OTAN contre la sécurité de la Russie. En fait, les paroles de Poutine nous convainquent que nous avons affaire à un tyran "grand russe" de la même trempe que Staline, que ... Lénine qualifiait aussi dans son testament de "grand chauvin russe", conseillant d’ailleurs de l’éloigner du pouvoir tout de suite. Et bien sûr, ce n'est pas une coïncidence si c'est Staline qui recueille toute la sympathie de Poutine, précisément parce qu'il est l'opposé de Lénine, sur la question de l'Ukraine entre autres...

Sur l'Ukraine "néo-nazie" et Poutine l’antifasciste

En Grèce, l'impression s'est installée depuis longtemps que, sinon tous, beaucoup d'Ukrainiens sont des "néo-nazis". Il est certain qu'en Ukraine, les organisations et les groupes d'extrême droite et de néonazis -qui se (auto)présentent comme des continuateurs de l'œuvre du collaborateur des nazis allemands Stepan Bandera- ont fait et continuent de faire sentir leur présence qui n’est pas négligeable. En d'autres termes, on voit en Ukraine à peu près ce qu’on voit se passer dans d'autres ex-pays du socialisme réellement existant. Cependant, alors que, par exemple, en France, l'extrême droite (Le Pen + Zemmour + deux ou trois autres) recueille les préférences d'environ 35 % des Français, l'ensemble de l'extrême droite et du parti néonazi ukrainien ne recueillent même pas 3 % des voix de leurs compatriotes aux élections. Ainsi, selon la "logique" de Poutine et de ses admirateurs, encore plus que l'Ukraine, on pourrait qualifier de... "néo-nazie" la France ou "fasciste" la Grèce, puisque en Grèce, les résultats de l'extrême droite et des néo-fascistes dans les élections dépassent généralement de loin le 6% ou même le 10 %. Bien sûr, cela ne provoquerait que des commentaires ironiques, que toutefois on n'entend pas à propos de l'"Ukraine néo-nazie" qui est considérée comme allant presque de soi dans de nombreuses publications de la gauche grecque.

Mais surtout, comment Poutine, qui finance Mme Le Pen, reçoit la crème de l'Internationale noire au Kremlin et s’associe aux pires dictateurs et politiciens d'extrême droite de notre époque, peut-il passer pour un antifasciste et un ennemi de l'extrême droite, des néofascistes et des autres racailles néonazies ? Par quel tour de passe-passe le parrain de la pire réaction raciste, obscurantiste et néo-fasciste de notre temps peut-il se transformer en ..."antifasciste" ?

Enfin, nous ne pouvons pas faire passer sous silence l'autre adjectif utilisé par Poutine pour discréditer Zelensky et son gouvernement : "toxicomanes". Si nous ne nous trompons pas, la présentation des opposants comme "drogués" a une longue tradition chez les bourreaux de la classe ouvrière, des révolutionnaires et des gens de gauche. Les Communards de Paris étaient déjà qualifiés de drogués, d’ ivrognes, de bandits et de voyous par leurs massacreurs, inaugurant ainsi une tradition qui s'est poursuivie tout au long du vingtième siècle et qui est parvenue jusqu'à nos jours, après avoir traversé la Grèce pendant la guerre civile et immédiatement après ! Après tout, il faut être très, très réactionnaire, raciste et obscurantiste, comme l'est Poutine, pour penser qu'à notre époque, le pire affront que l'on puisse faire à quelqu'un est de le traiter de "toxicomane"…

Nous nous arrêtons ici avec le sentiment que les mots ne suffisent plus, car il y a des signes croissants que quelque chose ne tourne pas rond dans la gauche grecque. Et nous ne faisons évidemment pas référence au spectacle effroyable de ces anciens camarades qui semblent aujourd’hui... jouir carrément avec les "exploits" criminels de l'armée russe en Ukraine. Nous nous référons, à quelques honorables exceptions près, à tous les autres qui préfèrent rejeter le moucheron et avaler le chameau au point soit de dire à peine un mot sur le peuple martyrisé de l'Ukraine, soit le présenter comme un "détail" dans leurs habituels exercices géostratégiques sur papier. Alors, qu'est-ce qui se passe ? N'ont-ils pas de cœur ? N'ont-ils pas de sentiments ? Ou y a-t-il autre chose?

Malheureusement, le problème ne se pose pas maintenant pour la première fois, il a des racines profondes et une préhistoire. Il recule et passe inaperçu durant les périodes "normales", et refait surface, en balayant ce qui avait été construit de bien auparavant, dans les moments d'exacerbation des grandes crises nationales ou internationales. Comme par exemple aujourd’hui…

Et pour qu’il n’y ait pas de doute, voici un article écrit il y a quatre ans, qui pourrait aider le lecteur francophone à mieux comprendre les racines profondes et la préhistoire de cette grande plaie ouverte qui tourmente et gangrène la gauche grecque…

Traduit du grec

La gauche grecque et ses dérives « macédoniennes » ou comment on ouvre la voie à la menace fasciste !

22 février 2018 par Yorgos Mitralias

Fin janvier début février 2018, plusieurs centaines de milliers de Grecs ont participé à deux grandes manifestations, d’abord à Thessalonique et ensuite à Athènes, dont le mot d’ordre était un non catégorique à tout accord avec la République de Macédoine concernant son nom officiel. Mikis Theodorakis était le principal orateur à la manifestation d’Athènes.

Alors, est-ce vraiment une « surprise désagréable » que Theodorakis se frotte publiquement aux apologistes du racisme, de l’antisémitisme, de l’anticommunisme et de la cauchemardesque « pureté ethnique » ? Désagréable, sans doute. Surprise, pourtant non. Et si le problème était seulement Mikis, le mal serait mineur. Cependant, puisqu’il ne s’agit pas seulement de lui mais aussi de plusieurs autres, le problème est énorme et le danger imminent. Il est donc temps pour qu’on appelle les choses par leur vrai nom…

Première vérité : La gauche grecque, ou tout au moins une grande partie d’elle puisqu’il y a - heureusement - des exceptions qui sauvent son honneur, souffre d’un chauvinisme pathologique qui touche - et parfois dépasse - les limites du racisme. Depuis quand ? Mais, sans doute depuis fort longtemps, depuis au moins plusieurs décennies.

Deuxième vérité : Ce chauvinisme traditionnel, qu’elle appelle « patriotisme », la gauche grecque non seulement ne le cache pas mais en est fière, et le présente presque comme s’il était la vertu suprême exempte de toute critique.

Troisième vérité : La critique de son chauvinisme est impensable parce qu’il est pratiqué au nom de deux tabous grecs unanimement acceptés : la « communauté nationale d’âmes » et « l’union nationale » imposées par ce qu’on appelle « questions » ou « causes nationales ».

Quatrième vérité : L’acceptation de ces deux tabous de la part de la gauche grecque est la conséquence logique du fait qu’elle pense traditionnellement la société grecque comme un tout unique dont les différenciations (de classe et autres) sont d’importance secondaire puisqu’elles reculent devant « l’intérêt national ». En d’autres termes, la lutte de classe est renvoyée aux calendes grecques…

Cinquième vérité : Étant donnée que cette « union nationale » constitue un besoin vital et aussi « l’étendard » idéologique de la domination bourgeoise, son acceptation de la part de la gauche grecque conduit inévitablement cette dernière à accepter et à adopter la plupart - sinon toutes - les croyances obscurantistes et réactionnaires au nom desquelles « l’union nationale » est imposée à la population et est mise en pratique : la supériorité de l’orthodoxie et de la nation grecque, sa « pureté raciale », son refus de la différence et du droit à la différence, le mépris pour les autres et pour l’autre puisque la nation grecque est une nation « élue » et « unique », assiégée et menacée en permanence par des « ennemis » de toute espèce...

Sixième vérité : Ayant accepté et adopté cette « conception policière » de l’histoire grecque d’inspiration bourgeoise, la gauche grecque propose quand même sa propre « version de gauche » en inventant la théorie de la nation grecque prétendument ennemi juré de l’impérialisme lequel fait « évidemment » tout son possible pour punir les Grecs. C’est ainsi que la Grèce, membre fondateur de l’OTAN, ancien membre de choix du Marché Commun et de l’UE, et d’une myriade d’organismes (impérialistes) internationaux, ainsi que gendarme régional de l’Occident, est transformée par un coup de baguette - et pour des raisons que personne n’a jamais expliquées - en cible privilégiée de l’impérialisme et de ses « agents » locaux (balkaniques), lesquels sont des pays plutôt petits et impuissants et par ailleurs colonisés par le capital grec !

Septième vérité : Face à l’impérialisme qui en veut aux Grecs, la gauche grecque invente deux autres nations qui se distinguent aussi pour leur prétendu anti-impérialisme traditionnel - sinon inné - les nations serbe et russe, qui ne peuvent qu’être des alliés naturels des Grecs. D’autant plus, que ces trois nations étant orthodoxes, la théorie de « l’arc anti-impérialiste Athènes-Belgrade-Moscou » en sort renforcée, acquérant ainsi une dimension orthodoxe séculaire pour devenir le pilier de la politique étrangère grecque privilégiée par la gauche grecque …

Il est évident qu’une telle vision du monde, primitive, métaphysique et profondément réactionnaire n’a aucun rapport ni avec le marxisme, ni avec les grandes valeurs traditionnelles du mouvement socialiste et ouvrier que sont la solidarité de classe et l’internationalisme, ni même avec l’humanisme le plus élémentaire. Mais le pire, c’est que les résultats de sa mise en pratique sont toujours catastrophiques. Comme l’indique, par exemple, le bilan honteux et désastreux de l’attitude de presque toute la gauche grecque durant les guerres, les massacres et les nettoyages ethniques de masse qu’ont marqué la dissolution de la Yougoslavie au cours de la première moitié des années 1990.

C’est donc parce qu’elle a remplacé l’internationalisme et la solidarité de classe par ses élucubrations nationalistes sur « l’arc orthodoxe » et « les frères serbes », empruntées d’ailleurs à la droite et l’extrême droite, que la gauche grecque n’a rien fait pour se différencier de l’hystérie nationaliste qui balayait alors la Grèce. Au contraire, elle s’est trouvée dès le début non pas aux côtés des victimes, non pas avec les habitants et les défenseurs assiégés de Sarajevo et des autres villes de Bosnie (dont de nombreux Serbes, comme le dirigeant de la défense de Sarajevo, le général Serbe Jovan Divjak), mais avec les criminels de guerre Milosevic, Karadjic, Mladic et Seselj et leur « Grande Serbie » !

Malheureusement, les années et les décennies passent et rien ne semble changer dans la gauche grecque. Et en réponse à ceux qui - de bonne foi - s’interrogent sur les dérives « macédoniennes » de plusieurs de ses ténors, voici ce que nous écrivions [1] il y a 25 ans, le 7 Mai 1993, dans un texte au titre éloquent « Bosnie, le Waterloo de la Gauche grecque », quand cette même gauche échouait lamentablement au test historique qu’a été l’explosion des barbaries nationalistes dans la Yougoslavie agonisante :

Cependant, la gauche grecque n’a eu le temps pour répondre aux appels de ses alliés naturels Bosniaques. D’ailleurs, elle a toujours fait tout ce qu’elle pouvait pour ignorer même leur existence. Avec un cynisme indescriptible dépassant tout précédent d’hypocrisie, elle a feint dès le début que ceux-là et les autres protagonistes du drame n’étaient que de simples pions de quelques forces obscures et invisibles. Et en conséquence, elle s’est épuisée en d’interminables exercices sur papier, où il n’y avait plus d’êtres humains en chair et en os, ni de bains de sang concrets, mais seulement des conspirateurs étrangers et des conjurations machiavéliques impérialistes. Et quand quelqu’un osait poser les questions qui gênent « Et avec ces Bosniaques romantiques, qu’est-ce qu’on fait ? », la réponse qui venait le foudroyer était toujours la même : « Quelle force impérialiste se cache derrière eux ? ». Comme si à notre époque, il était tout à fait impensable qu’il y ait encore des citoyens disposés à lutter pour les droits de l’homme les plus élémentaires ...

Voici donc pourquoi il y a eu quelques manifestations contre « la guerre qui vient » et pas une seule contre la guerre... réellement existante. Voici pourquoi la gauche grecque non seulement n’a rien trouvé à redire aux propagandistes du front unique des nations orthodoxes, mais elle a rajouté son propre coup de pinceau « anti-impérialiste » à la paranoïa métaphysique des temps présents. Cependant, bien qu’elle puisse penser avoir fait son devoir progressiste (ou révolutionnaire), il reste un détail : Qu’est-ce qu’elle propose pour tous ces misérables qui sont en train d’être bombardés depuis 12 mois à Sarajevo, à Mostar, à Gorazde et à Srebrenica ? Que propose-t-elle au sujet des trois millions de réfugiés ? Pour les victimes du nettoyage ethnique ? Que propose-t-elle pour l’avenir de Bosnie, c’est-à-dire pour l’avenir des Balkans et de la Grèce elle-même ?

Et manifestement ce n’est pas un hasard si nous concluions alors, presque de la même façon que maintenant, un quart de siècle plus tard :

Alors, avec les partisans de la Grande Serbie ou avec les libres assiégés de Sarajevo qui se battent pour une société libre et multinationale ? Avec les racistes de la pureté raciale ou avec les partisans des métissages de toute espèce qui, d’ailleurs, rendent la vie plus attrayante ? Avec les ennemis du droit à la différence de toute sorte (ethnique, religieuse, « raciale », sexuelle) ou avec les défenseurs des droits démocratiques élémentaires des minorités ? Avec les crétins qui se demandent pourquoi l’Europe ne comprend pas leur travail de « salubrité publique » contre « l’avancée musulmane » ou avec les intellectuels musulmans comme par exemple Emir Kusturica et autres qui n’ont rien d’intégriste. Avec les bouchers ou avec les massacrés ? Avec les fantômes du passé, les Tchetniks et les Oustachis, ou avec les continuateurs des combats des partisans Yougoslaves ? Avec le retour à la barbarie ou avec ceux qui incarnent l’unique espoir pour tous les Balkans ? Avec la vie ou avec la mort ?

Les guerres yougoslaves et leurs massacres se sont finalement arrêtées et il y en a eu plusieurs qui se sont empressés de déclarer « ouf, c’est fini, tout ça n’a été qu’un cauchemar qui est passé ». Et avec eux, il y en a eu qui ont cru que les dérives chauvines de la gauche grecque avaient été de simples... accidents de parcours dus au… « mauvais hasard », et que les erreurs du passé ont servi de leçons.

Malheureusement, tant les uns que les autres ont eu tort. L’ex-Yougoslavie peut à tout moment exploser de nouveau, tandis que la gauche grecque semble n’avoir rien appris et reprend le chemin de ses impasses nationalistes. Et ce qui est pire, c’est qu’aujourd’hui comme alors, les conséquences sont catastrophiques. Pour tous mais surtout pour elle-même la « gauche patriotique » grecque qui persiste, comme un apprenti sorcier, à jouer avec le feu nommant anti-impérialisme le plus extrême des obscurantismes, et révolte populaire le regroupement de forces réactionnaires qui - comme alors - ouvre la voie aux néonazis d’Aube Dorée !

Voici donc ce qu’on voulait dire quand on soulignait au début de ce texte que « le problème est énorme et le danger imminent ». Car, au contraire de ce qui se passait il y a 25 ans, la crise actuelle grecque et internationale est beaucoup plus profonde et l’extrême droite en progression continue partout en Europe et de par le monde. Mais aussi et surtout, parce qu’en Grèce on a assisté non seulement à la défaite et à l’atomisation de la société et du mouvement ouvrier, mais aussi à l’expérience tragique du « premier gouvernement de gauche de l’histoire grecque ». Pour toutes ces raisons, toute compromission avec l’extrême droite raciste, obscurantiste, anticommuniste et va-t-en-guerre, la « légitime » et la fait sortir de son isolement, et ce faisant prépare le terrain pour le plus cauchemardesque de tous les scenarii : la répétition de ce qui est arrivé en Allemagne et ailleurs aux années ‘20 et ‘30, quand la pendule sociale - et avec elle, plusieurs gens de gauche - est passée d’un extrême à l’autre de l’échiquier politique ! Et au contraire de ce que semblent penser plusieurs gens de gauche grecs, l’histoire peut très bien se répéter comme une tragédie encore plus grande…

Notes

[1] Ce texte ainsi que 64 autres articles écrits et publiés dans la presse grecque entre 1987 et 1994, sont contenus dans un livre intitulé « Yougoslavie, Crime et Châtiment- Chronique d’une catastrophe », publié à Athènes en 1994. L’article complet en grec.

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