Le Hirak à l'épreuve de la recomposition des clans

Plus que jamais, Khaled Nezzar, Toufik, Zeroual, le commandement militaire actuel et tout autre personnalité influente sur le système seront directement responsables et comptables de tout malheur qui frapperait encore l'Algérie et son peuple, s’ils persistent à ne pas aider à la restitution du politique aux civils.

Tout le monde a été témoin, que Khaled Nezzar avait renvoyé les deux clans dos-à-dos, en désapprouvant les mesures prises par Gaïd Salah et sa réaction en général face à la déferlante du désespoir et de la colère du peuple dans la rue, en lui recommandant d’aider à mettre fin à la confiscation de la souveraineté politique du peuple. En même temps de désapprouver le conclave dissident entre Saïd, Toufik, Tartag, Louisa et marginalement Zeroual. Par l’intelligence de sa position face à la crise que le hirak a provoqué, on peut s’aventurer à le qualifier certes comme « le politique » qui manque cruellement aux militaires. On ne peut que reconnaitre chez lui une attitude politique constante face aux crises de cette ampleur qui lui fait prendre des décisions dictées par une juste lecture des conjonctures. Comme pendant les années 1990, il avait pris la bonne décision, en éradiquant la menace du péril islamiste, aujourd’hui, en mettant dos-à-dos les deux clans rivaux qui se disputaient la récupération du hirak, il se prononça en faveur de ce dernier avec la volonté de vouloir restituer la souveraineté législatrice au peuple. Cependant, on peut lui reprocher de ne pas allez jusqu’au bout de ses idées et de poursuivre son action politique jusqu’à mettre fin aux pratiques totalitaires du système au profit d’un état de droit, civil et démocratique, en 1990 comme aujourd’hui. Comme en 1990 avec la menace du péril islamiste, on ne peut pas non plus continuer à évoquer encore aujourd’hui la menace extérieur et intérieur (la récupération du hirak par des parties instrumentalisées par des intérêts étrangers) pour décréter la nécessité du statu quo. En vérité, et c’est mon opinion, le système n’a pas la volonté de changer, en restituant le pouvoir aux civils, tant que les intérêts de ses membres seront directement lésés par cette transition. Le système de pouvoir n’est plus un système régi par des hommes depuis la disparition de Boumediene. On a affaire depuis ce jour là à un système de places dominé par des clans qui se forment au grès de l’accès au sommet de la hiérarchie militaire des membres les plus influents de réseaux préexistants et qui se forment à leur tour au grès de chamboulements qui le mettent en crise. Comme c’est le cas aujourd’hui avec la conjoncture présente. Ni Khaled Nezar, ni Toufik, ni Chengriha, ni Teboune, ni quiconque n’est en mesure de déroger à cette règle, sous peine de se voir éjecté du système comme un malpropre, comme ce fut le cas pour Khaled Nezzar, Toufik et tant d’autres dans la conjoncture qui vient de se dénouer par leur réintégration et leur soumission au code de fonctionnement de ce système. A moins que Khaled Nezzar démontre en effet son entière autonomie et continuer à défendre la position qu’il avait prise au début du hirak. Aucune allusion à une quelconque menace, extérieur et/ou intérieur ne saurait justifier le reflux du processus de démocratisation de la vie politique du pays et la libération du peuple de l’emprise de la dictature. Le hirak n’est pas seulement Sadek Hadjerès et Larbi Zitout et leurs conclaves comploteurs ! Sinon, la révolution de novembre 1954 aurait cessé à cause des harkis et des démissionnaires. L’aboutissement du hirak est la véritable barrière à toute convoitise, extérieure et/ou intérieure de la souveraineté nationale. Plus que jamais, Khaled Nezzar, Toufik, Zeroual, le commandement militaire actuel et tout autre personnalité influente sur le système seront directement responsables et comptables de tout malheur qui frapperait encore notre nation et notre peuple s’ils persistent à ne pas aider à la restitution du politique aux civils. Par ailleurs et pour refonder l’état sur des bases pérennes, l’aboutissement à un état de droit, civil et démocratique, qui permettra l’avènement d'une justice véritablement indépendante, ne pourra faire l’économie sur les crimes et disparitions commis les années 1990. Ces crimes doivent faire l'objet d'une enquête objective sous l'autorité de cette justice indépendante. Ils doivent être jugés et la loi d'amnistie annulée, car on ne peut pas construire un état de droit et une justice indépendante sur le déni de justice. Car aux crimes de sang doit s'ajouter des enquêtes approfondies sur les crimes financiers qui perdurent à nos jours. Il ne s'agit pas de faire porter le chapeau à Khaled Nezzar, à Sellal et Ouyahia, où à d’autres encore, à l’image de leur lynchage sur les réseaux sociaux, qui relève plus de la vengeance aveugle contre le système, incarné par ces figures médiatiques, mais de faire justice et assainir les passifs criminels tout azimut.

 Y;B.

 

 

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