Algérie : La révolution triomphera, malgré la répression

La révolution triomphera, tellement les frustrations du peuple sont infinies et son ambition sans limites.

Youcef Benzatat,
Le 10 avril 2019

La révolution triomphera, tellement les frustrations du peuple sont infinies et son ambition sans limites. Depuis le commencement, le désir de vivre libre s’entend dans tous les coins les plus reculés de l’immensité de notre territoire. Pas un vendredi, pas un jour de semaine, pas un instant ne laisse indifférent notre jeunesse et notre peuple dans toutes ses composantes devant la nécessité d’éprouver ce sentiment de bonheur retrouvé, que seule la liberté puisse procurer. L’expérience de cette liberté est encore embryonnaire, mais son jaillissement spontané aurait suffi pour la sentir éternelle, tellement les frustrations étaient profondes. Pour avoir déjà gouté au bonheur que procure le sentiment de liberté, il est inimaginable et inconcevable d’envisager le reflux vers le sentiment d’avant, celui de la solitude, de l’exclusion, de l’humiliation, de la résignation et de la dépossession. Après avoir communié et éprouvé la joie dans la chaleur émanant de la densité compacte de millions de compatriotes, aux désirs partagés et aux rêves éveillés qu’exprimaient les soupirs cathartiques, il ne serait plus possible d’éprouver le sentiment de réclusion dans la solitude et l’indifférence, ni de vouloir s’exiler vers des ailleurs meilleurs. 
La révolution triomphera, malgré toutes les tentations de répression. Malgré les jets d’eau et les matraques. Malgré les intimidations et les arrestations. Elle triomphera de la force brute et de la ruse machiavélique. Le peuple marchera vers les horizons d’où jailli la lumière, même si l’on dresse devant lui l’arme sournoise de la division et de la tentation de la violence. Rien, désormais, ne peut distraire son désir d’évasion des geôles où il était reclus, ni obstruer son chemin vers la lumière qui illumine les peuples heureux. Ni l’obstination d’un système agonisant et à court de propositions, que ce qui a déjà prévalu depuis le commencement de son calvaire. Où l’on fait mine d’écouter la clameur des suppliciés et on promet de changer les rouages coupables. Où l’on s’adonne au discours promoteur, tout en conservant les mêmes méthodes, les mêmes habitudes, la même structure et les mêmes satrapes. On promet de tout changer, sans rien changer aux cercles de représailles.
Aucune urne qu’on lui imposera ne pourra contenir les rêves d’un peuple qui s’éveille d’un long cauchemar, d’une longue nuit de supplice, dont la longueur équivaut son âge. Qui a brisé ses espoirs et avili ses ardeurs, après avoir englouti des générations entières. Aucune urne sans sa volonté ne pourra satisfaire son ambition illimitée de côtoyer les étoiles et rivaliser de bonheur avec les peuples les plus heureux. Sa soif de liberté est tellement immense, que seule une urne d’où pourra jaillir l’éclosion d’un vivre ensemble capable de transformer nos vies, nos villes et villages et notre rayonnement parmi les peuples, en chants symphoniques, que seuls les couleurs arc-en-ciel des fleurs et les oiseaux rebelles au printemps peuvent réaliser en concert. 
Alors de grâce, laissons nos bourreaux dans leur vase clos humer la nostalgie de nos insouciances, de nos lassitudes et nos démissions, en se débattant dans leurs ultimes convulsions. Désormais, la révolution est en marche. Sa cause est juste. Notre détermination est sans failles et leur obstination est folie et égarement. Leur chemin est sans issue. Demain le jour se lèvera avec sa lumière éclatante et il ne restera au fond des rivières desséchées que leurs pierres. 
Y.B.

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