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Billet de blog 12 nov. 2018

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Kamel Daoud, sa guerre avec la guerre d’Algérie

Analyse critique du texte de Kamel Daoud « Ma guerre avec la guerre d’Algérie », paru su le New York Times le 15 octobre 2018.

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Youcef Benzatat, le 12 novembre 2018

Dans cette analyse critique du texte de Kamel Daoud « Ma guerre avec la guerre d’Algérie », paru su le New Work Times le 15 octobre 2018, l’accent sera mis sur son commentaire de la déclaration du Président français, Emmanuel Macron, concernant la criminalisation de la colonisation, qu’il qualifia de « crime contre l’humanité », ainsi que le style avec lequel il les avait abordés. Dans un précédent texte, intitulé « Comment Kamel Daoud dupe ses lecteurs au profit de ses mécènes », paru sur Algériepatriotique, le 7 novembre 2018, ont été examinés les questions relatives à l’image de la guerre de libération nationale, des vétérans de cette guerre et le style avec lequel Kamel Daoud les avait abordés.

Il n’est pas question, ici, de faire le procès de Kamel Daoud sur ses errances de journaliste écrivain outre-mer et son instrumentalisation grossière par une certaine élite intellectuelle et médiatique hostile à notre pays. Pour cela, Ahmed Bensaada a définitivement clos le sujet. En mettant kamel Daoud à nu, dans son essai « Cologne, contre-enquête », publié aux éditions Frantz Fanon en juin 2016. D’ailleurs, Kamel Daoud n’est pas le seul intellectuel à avoir été débusqué par Ahmed Benssada dans cet essai dévoilement. Ce sont tous ces intellectuels nord africains qui ont un pied permanent sur la rive gauche parisienne, et qu’il qualifie de bons supplétifs des intellectuels néoconservateurs et néocolonialistes de la pensée, qui dominent la place médiatique française. A l’image des harkis pendant la guerre de libération nationale, ces supplétifs de la pensée, ont pour tâche de constituer une caution alibi pour légitimer et renforcer le discours néocolonialiste. Ahmed Benssada, n’est pas d’ailleurs le seul à avoir dénoncé la complicité de ces intellectuels avec ce discours néo colonialiste qui prédomine dans l’ancienne métropole coloniale. Beaucoup d’autres intellectuels, aussi bien des anciens colonisés que des intellectuels issus des anciens pays colonisateurs européens, opposés à cette nouvelle forme de colonialisme sournois, avaient eux aussi dénoncé « ces nègres de service », comme les avaient appelés certains d’entre eux. Mais Kamel Daoud, conscient de cette posture dégradante, investit tant d’efforts à se justifier, par l’ajustement de son style d’écriture et même pendant ses prises de parole publiques. Allant jusqu’à marteler qu’il vit à Oran et non pas à l’étranger. Même sur le papier qu’il publia sur le New York Time, et qui est discuté ici, il n’hésitera pas de le signer en précisant le lieu : ORAN, ALGERIE, bien écrit en lettres majuscules, pour bien se faire entendre à ce propos. Alors qu’en vérité, il bénéficie d’un titre français de séjour visiteur. Statut accordé aux nantis financièrement, et aux personnes se trouvant dans son cas, et qui équivaut à un titre de résident permanent.

Dans son commentaire de la déclaration du Président français, Emmanuel Macron, concernant la criminalisation de la colonisation, qu’il qualifia de « crime contre l’humanité », Kamel Daoud poursuit son discours avec le même style et la même rhétorique. Un style qui se distingue par des généralisations essentialistes et un usage sélectif de l’information, destinés à réconforter l’orientation de son discours.

En fait, Emanuel Macron avait lancé comme un pavé dans une grande marre sans fond, la déclaration dans laquelle il qualifia la colonisation française de « crime contre l’humanité ». C’était pendant un moment de sa campagne électorale, où chaque geste, chaque mot est pesé et réfléchi autant de fois de sorte à éliminer toute probabilité d’erreur qui lui aurait été fatale et l’empêcher d’accéder à la fonction suprême de la présidence de la République. Rien n’était donc entrepris au hasard. Dans la suite, non pas qu’il fut surpris d’avoir été pris au mot et à la lettre, et même au ton solennel de son énonciation par une partie importante des français dans une réaction hostile à sa déclaration, mais il s’y attendait, certainement, fermement. La marche arrière qu’il fit alors, sitôt, en reformulant sa déclaration sur un ton plus accommodant, n’était certainement que la suite prévue dans son plan de campagne. La première chose qui vient à l’esprit, c’est que cette déclaration n’avait été prononcée que par calcul électoral, en pensant probablement capter les voix des électeurs originaires des anciennes colonies, et ils sont nombreux, et qui peuvent faire basculer une élection d’un côté comme de l’autre au grès des lignes idéologiques des uns et des autres candidats. Ceci démontre combien une partie importante des électeurs français vivent encore avec l’esprit de ce qu’on appelait autrefois la grande France, à savoir, l’empire colonial, y compris ceux-là même qui au plus haut niveau de l’état entretiennent et veillent sur la continuité de la colonisation sous une forme néocoloniale non avouée. Puisque sa déclaration n’avait donc rien de sincère, il ne s’agissait en fait que d’un effet d’annonce, qui était destiné à être très tôt oublié, et qui n’aurait eu aucun impact significatif sur l’attitude de la France envers ses anciennes colonies. Ni même sur la pensée néocolonialiste qui domine la scène politique française. L’objectif voulu, ne pouvait donc être autre chose, que de vouloir capter l’attention de la masse des électeurs originaires des anciennes colonies, comme une publicité capte inconsciemment le désir de consommation du produit ciblé. Tout en sachant que cette catégorie d’électeurs n’était pas en mesure de le blâmer en faisant volte-face, alors que la sanction de ceux qui étaient hostiles à sa déclaration aurait été immédiate et fatale, s’il avait persisté à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité ». Par le fait que cette autre catégorie d’électeurs est plus puissante et plus nombreuse.

C’est dans ces moments de crise du discours, que le besoin des supplétifs, ces « nègres de service », se fait sentir, et qu’ils seront appelés à la rescousse. A ce propos, Kamel Daoud avait rapporté sa position sur la question, dans son article discuté ici, dans ces termes « Lors de sa visite en Algérie pendant sa campagne électorale l’année dernière, Macron avait parlé de «crime contre l’humanité» en évoquant la colonisation française…J’étais en France à ce moment-là, et on m’interrogea avec insistance sur cette déclaration…Je voulais saluer le courage de la déclaration mais sans pour autant m’enfermer dans le rôle du décolonisé qui ne fait que ressasser sa mémoire coloniale et attendre des excuses. Je voulais à la fois honorer le passé et affirmer ma liberté vis-à-vis de lui. » Kamel Daoud ne se préoccupe même pas de la sincérité ou non de cette déclaration, il se contente de sa réception comme argent comptant, en jouant son rôle qui lui est assigné à la perfection, celui du bon supplétif, crédule, qui ne doute pas un instant de la bonne foi de l’ancien colonisateur : « honorer le passé…en saluant le courage de la déclaration… » Faire d’une pierre deux coups, duper ses lecteurs sur son bon patriotisme et affirmer sa complicité avec ses mécènes. Il anticipe même leur ruse par le truchement de cet effet d’annonce : « mais sans pour autant m’enfermer dans le rôle du décolonisé qui ne fait que ressasser sa mémoire coloniale et attendre des excuses. » C’est toute la démarche de reconnaissance du crime qui est remise en question, en insistant sur son inutilité, allant jusqu’à la culpabilisation de la victime à vouloir rétablir la vérité du crime. Par l’affirmation de sa liberté vis-à-vis du passé, Kamel Daoud dissimule mal sa posture d’indifférence vis-à-vis de ce crime, une précaution nécessaire pour rendre son discours crédible vis-à-vis de ses lecteurs, en même temps de rassurer ses mécènes. C’est une figure de style à laquelle on reconnait un texte de Kamel Daoud à la première ligne de lecture.

Alors que la reconnaissance du crime colonial, en plus de permettre le rétablissement de la vérité sur ce moment tragique de l’histoire entre deux peuples, qui leur permettra de partager une mémoire commune et guérir toutes les séquelles et les traumatismes de la guerre, constitue en même temps un gage de bonne foi sur l’entreprise de décolonisation totale. Elle est surtout le gage du départ d’une nouvelle relation, ancien colonisateur et ancien colonisé affranchi, basée sur le respect mutuel et une solidarité sans failles. Pour que la demande de reconnaissance du crime colonial et des excuses qui la rendent effective soient effectivement un enfermement dans la mémoire, il aurait fallu que ces demandes soient une fin en soi, accompagnées d’une rupture totale de la relation ancien colonisateur et ancien colonisé affranchi. Or, cela relève de l’impossible, voire de l’absurde, car la relation entre les deux peuples est tellement imbriquée en termes de déplacements de populations sur leurs sols respectifs, de métissage et de partage de valeurs, que si l’ancien colonisé voudrait s’enfermer réellement dans sa mémoire, il lui faudra opérer une véritable épuration ethnique et culturelle.  Ce serait plutôt ça qui ramènerait ce peuple en deçà de la civilisation. Or, c’est justement cette image de l’ancien colonisé, celle qui est en deçà de la civilisation, que Kamel Daoud caricature dans chacun de ses écrits en rapport à cette problématique et qu’il détermine par son aliénation à cette volonté de ne pouvoir s’émanciper de ce besoin « inutile » d’enfermement dans la mémoire. On peut certes reprocher dans une moindre mesure au pouvoir algérien, détenteur de l’autorité depuis l’indépendance nationale, d’instrumentaliser cette revendication avec insistance pour des calculs intéressés. Mais on ne peut pas balayer d’un détour de phrases commandées le besoin pour un peuple de structurer son imaginaire collectif sur un socle commun, ayant permis les conditions du vivre ensemble et la définition d’une identité nationale et d’avoir un référent permanent comme postulat de son histoire contemporaine. On peut certes culpabiliser une partie de ces demandeurs de la criminalisation de la colonisation d’en faire un fonds de commerce, mais sans faire d’amalgame entre le conjoncturel et le structurel. Kamel Daoud joue ici la confusion entre nationalisme et patriotisme. La question de la criminalisation de la colonisation est une affaire très importante pour la traiter avec légèreté devant l'opinion nationale et internationale. Car au-delà de la question de l'histoire et de la mémoire, c'est toute la problématique de la néo colonisation qui est posée. Voilà pourquoi il faut susciter le débat sur cette question.

Et si on inverse les places dans cette relation à la mémoire ? Si l’on considère que c’est plutôt celui qui refuse le rétablissement de la vérité historique sur les différends entre ces deux peuples, celui qui s’enferme d’emblée dans une image de soi magnifiée et narcissique, celle de la nostalgie de la grande France au temps de l’empire, qui est sacralisée et considérée comme éternelle, dont il qualifie lui-même la violence inhérente sur l’autre de « colonisation positive », et qui est le véritable protagoniste à vouloir s’enfermer dans sa mémoire !  Qui est en soi une posture décalée par rapport au cours de l’histoire, et donc, ce serait elle plutôt qui est réellement en deçà de la civilisation. C’est là où réside toute la posture néo coloniale : refuser la reconnaissance du crime pour le faire perdurer et perpétuer la domination par la violence et le pillage des richesses de l’autre. Ainsi, l’ancien colonisé dans son insistance à demander la reconnaissance du crime, demande en fait, implicitement, à l’ancien colonisateur, de cesser sa nouvelle forme de domination néo coloniale et non pas de vouloir s’enfermer obstinément dans sa mémoire. Comme voudrait le faire croire Kamel Daoud et comme voudraient l’entendre ses mécènes.

Y.B

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