Hymne à mon peuple face au Chahut des crapules

Pendant que nous, nous marchons de ville en ville, eux, se sont planqués en conciliabule, envoyant leurs émissaires en éclaireurs à leurs soutiens pour monnayer leurs humeurs. De ruse en ruse, dans un chahut de crapules, jouant aux poupées russes, ils espèrent ainsi nous avoir à l’usure.

 

Hymne à mon peuple face au Chahut des crapules

Youcef Benzatat, Le 15 mars 2019 

Devant l’émotion qui m’a envahie ce jour de gloire, en voyant mon peuple uni en communion dans les rues de nos villes et villages, chantant l’hymne de ma patrie et scandant fièrement et dignement sa liberté retrouvée, je n’ai pu m’empêcher de verser quelques larmes en souvenir de tous nos enfants disparus dans les mers en essayant de fuir leur calvaire, de tous ceux qui se sont immolés sur les places publiques par désespoir et ceux qui errent encore dans les villes des pays prospères, sans domicile fixe, privés de toute affection humaine.  « Pardonnez- nous de ne pas vous avoir secourus à temps. » Pardonnez-nous, vous qui avez meurtris nos cœurs à chaque annonce de vos malheurs, où nous étions que des impuissants spectateurs, comme cela a été brandit sur une pancarte que tenait avec humilité une compatriote anonyme dans la foule révoltée.

Pardonnez-nous vous tous enfants fauchés à la fleur de l’âge, ceux dont on ne saura rien de leur malheur. Pardonnez-nous, nous avons tous faillis. Tous coupables. Coupables de ne pas vous avoir secourus. Coupables de ne pas s’être révoltés contre vos bourreaux. Coupables de nous être tus, résignés, avilis. Pardonnez-nous, nous étions nous-mêmes morts. Sans volonté. Sans gout à la liberté. Nous étions désunis et dans notre désunion nous donnions le bâton à nos geôliers, qui n’hésitaient pas à nous battre, sans scrupule et sans dignité, chaque fois que nous nous sommes révoltés, donnant l’air de gamins qui les chahutaient.

Maintenant que nous sommes de nouveau unis, comme autrefois lorsque l’occupant étranger nous avait avili ainsi, préservant ceci pour l’éternité et ne jamais oublier que notre force est dans notre unité, pour que plus rien ne pourra de nouveau nous voler notre liberté. Nous avons le devoir de faire régner la justice et la liberté dans ce pays, pour que plus jamais nous ne sentirons coupables d’avoir abandonner nos enfants à l’errance et à la mort cruelle par désespoir.

Voyez-vous, nous sommes des millions, nous sommes la sève de ce pays, alors que nos geôliers ne sont que quelques individus, toujours obstinés à nous voler de nouveau notre liberté à laquelle nous venons fraichement d’y accéder. Pourtant nous sommes la vérité, ils sont le mensonge. Nous sommes le destin, ils sont le passé douloureux. Appelez-lés les Oligarques si vous le souhaitez. Mais ils sont plus nombreux que vous croyez. Ils ont des soutiens et des conseillés étrangers, auxquels ils ont bradé notre souveraineté en échange de leur cruauté. Ils sont nos nouveaux occupants par procuration, pourtant issus de nos souffrances et de nos malheurs millénaires. Ils se sont juste égarés sur le chemin des crapules par cupidité, en violant le serment des martyrs et en pervertissant l’idéal de sa trajectoire.

Tenez-vous bien, ils sont puissants par complicité et ne sont pas prêts à nous restituer notre pays et nos libertés. Pendant que nous, nous marchons de ville en ville, eux, se sont planqués en conciliabule, envoyant leurs émissaires en éclaireurs à leurs soutiens pour monnayer leurs humeurs. De ruse en ruse, dans un chahut de crapules, jouant aux poupées russes, ils espèrent ainsi nous avoir à l’usure. Espérant gagner du temps pour atténuer notre émoi, fissurer notre unité et notre détermination, jusqu’à la dernière poupée à leur portée. Ils sont décidés de ne jamais nous restituer notre pays, notre souveraineté et notre liberté.

Notre combat pour la dignité ne fait que commencer. Restons unis contre eux et nous vaincrons leur obstination, comme le combat du ruisseau contre la roche, en usant de persévérance et de détermination. Jusqu’à la restitution de notre pays, son Etat et ses institutions.

Eloignons de notre chemin dans ce combat pour la liberté tous les chants de sirènes, tous ceux et celles qui les ont aidés à nous soumettre, tous les serviteurs et complices qu’ils ont eu comme alibi. Ceux qui ne se sont pas révoltés à temps contre nos malheurs et nos souffrances, préférant se soustraire à leur conscience, ils sont prêts à s’allier au diable pour leur égo démesuré et n’hésiterons pas à trahir de nouveaux dès que nous aurons le dos tourné.

Nous sommes seuls face à l’ennemi. Résistons sans faiblir, sans reculer. Notre seul soutien, notre seule force c’est notre unité et notre détermination à refuser tout compromis qui éloignerait notre marche de la direction de notre salut.

Y.B.

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