Réajustement de la trajectoire révolutionnaire, Ali Ghediri et nous

Pour répondre à son défi, lui qui est friand de proverbes du terroir, nous lui lançant le nôtre : nous vous suivons mon Général, « nous suivrons le menteur jusqu’au seuil de sa porte. » Nous n’avons rien à perdre. Si vous êtes sincère nous aurons gagné le combat ensembles. Si cela n’est pas le cas, ou si vous déserterez le combat on continuera sans vous.

Réajustement de la trajectoire révolutionnaire, Ali Ghediri et nous 

Par Youcef Benzatat, Le 19 Février 2019

L’irruption de Ali Ghediri dans le champs politique et le jeu électoral, à l’occasion des présidentielles du 18 avril 2018, à permis au slogan « mettre du mouvement dans le statut quo » cher au défunt Aït Ahmed de devenir une réalité tangible. Jamais une candidature à la présidentielle, depuis l’ouverture du champ politique au pluralisme après octobre 1988, n’a suscitée autant d’intérêts pour la population algérienne que celle de Ali Ghediri. Des groupes de soutient à sa candidature naissent tous les jours sur les réseaux sociaux et affichent une volonté de rupture avec le système de pouvoir égale à sa détermination. Une volonté de rupture jamais observée à ce jour avec une telle intensité. Son discours radical de rupture avec le système de pouvoir, qui dominait le champ politique depuis l’indépendance du pays, a tellement impacté la population qu’elle s’est appropriée ses slogans pour les faire siennes. Son discours d’en finir avec le système a agi comme un déclencheur du retour du refoulé collectif qui a poussé la population massivement et spontanément dans la rue. A y regarder de près, c’est la plus belle chose qui nous arrive depuis l’indépendance, depuis le détournement du processus révolutionnaire enclenché en 1954. Aujourd’hui, la révolution semble reprendre son cours. Il y a du mouvement dans les impasses et le statu quo en est ébranlé.

Les élites, les intellectuels, les militants associatifs sont mis en demeure de l’éclairer, de l’accompagner et de la faire aboutir. Il y va du salut de la nation, de sa consécration et de son devenir. Ali Ghediri n’est qu’un signe dans la conjoncture. Il s’agit d’un combat pour le sens de notre existence, pour notre dignité et pour notre inscription dans la contemporanéité du monde et notre intronisation dans le cours civilisationnel. Le système à fait de nous la risée du monde en nous poussant vers l’exil intérieur et extérieur dans notre néantisation. Nous pourrons solidairement redresser ce tord qui nous a été fait et devenir un peuple respecté et une nation exemplaire, à l’image de nos ainés qui sont tombés en martyres pour que le peuple algérien recouvre sa liberté. L’heure n’est pas aux armes, mais au combat pour la démocratie, pour un Etat de droit, pour un Etat civil, pour un Etat moderniste comme le déclame haut et fort, avec volonté et détermination le candidat Ali Ghediri. L’heure est à la lutte contre le néocolonialisme qui nous impose des dictateurs couchés pour nous dépouiller de nos richesses avec leur complicité et nous empêcher de construire des Etats démocratiques, comme l’ont accompli nos ainés au XX° siècle en combattant le colonialisme qui nous dépouillait de notre souveraineté et de notre humanité.

Néanmoins, on peut admettre que ce mouvement dans le statut quo n’est qu’une vaste manipulation ou qui pourra le devenir, qui au lieu de nous servir, nous desservira. Soit ! L’unité, la solidarité, la détermination seront notre rempart contre toute forme de manipulation, présente ou future, lorsque notre objectif demeure inébranlable dans nos consciences. Si nous sommes prêts et disposés à ce combat nous irons élire Ali Ghediri et revendiquer notre victoire électorale, au-delà de la fraude, jusqu’au triomphe. Pacifiquement et inébranlablement. Le Général à la retraite promet de mener ce combat jusqu’au sacrifice de sa personne s’il le faudra. Le général nous lance un défi : ayons le courage, la volonté et la dignité de vouloir vivre libre !

Il nous appartient par la suite de lutter contre nous-mêmes pour édifier un vivre ensemble où chaque algérien et chaque algérienne puisse s’accomplir selon sa liberté de conscience et se sentir représenté dans sa particularité. Ali Ghediri promet de refonder l’Etat et les institutions en réécrivant la constitution avec la participation active de la population. On peut supposer qu’il puisse consacrer son mandat à une période de transition dans laquelle il élira une assemblée constituante pour fonder une deuxième république. C’est du moins en partie sa volonté, telle quelle transparait dans ses déclarations récentes. Ses positions sur l’identité et sur la religion importent peu. Il s’agit dans un premier temps de réussir la rupture avec le système de pouvoir et enclencher le processus de changement, pour se consacrer dans un deuxième temps à la recherche de l’équilibre dans les contradictions qui traversent la société. A savoir, comment parvenir à la quête de la souveraineté de l’Etat, désaliéné du militaire, du religieux et de l’identitaire, comment parvenir à concilier un Etat moderniste et une citoyenneté fondée sur la liberté de conscience dans une société aliénée dans les structures mentales patriarcales et l’imaginaire mythologique religieux. La question que je soulève relève de la psychopolitique de la transition démocratique. Comment parvenir à doter le citoyen de l’entendement nécessaire pour pouvoir intérioriser et s’approprier les valeurs démocratiques et républicaines qui caractérisent un Etat moderniste et une citoyenneté fondée sur la liberté de conscience. Je ne sais pas si Ali Ghediri le sait très bien ou ne mesure pas l’importance. Ce que je sais par contre est que cela ne se décrète pas et s’acquière par l’éducation scolaire et une instruction adéquate. C’est une affaire de générations. Le premier temps auquel je fais allusion consiste à refonder l’école et la doter des moyens nécessaires pour y parvenir. On ne désaliène pas une population de ses structures mentales patriarcales et de son imaginaire mythologique religieux avec une baguette magique ! Il faut être réaliste et pragmatique pour mener à bien cette entreprise. Je ne me soucis même pas en fait si Ali Ghediri le comprend ou pas, s’il est disposé ou pas à aller dans ce sens. Ses dernières déclarations plaident plutôt pour un conservatisme contraire à cette nécessité transitionnelle, qui consiste à débarrasser la société des résidus moyenâgeux.  

Pour répondre à son défi, lui qui est friand de proverbes du terroir, nous lui lançant le nôtre : nous vous suivons mon Général, « nous suivrons le menteur jusqu’au seuil de sa porte. » Nous n’avons rien à perdre. Si vous êtes sincère nous aurons gagné le combat ensembles. Si cela n’est pas le cas, ou si vous déserterez le combat on continuera sans vous.

Y.B.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.