Le cinquième mandat, une diversion au sommet

A quoi bon hurler en concert que le cinquième mandat c’est le mal du pays personnifié. Faisant croire que si Bouteflika ne sera pas reconduit pour un cinquième mandat l’Algérie entrera dans une ère nouvelle ! Quelle inconsistance, pour ne pas dire hypocrisie.

 

Youcef Benzatat, le 19 novembre 2018

Certains croient qu’en hurlant sur Cheikh Chemsou ils ramèneront la modernité. D’autres, en s’enfermant dans leur région à singulariser leur cause pensent éradiquer le racisme envers eux et faire triompher leur part d’identité. Se croyant plus hardis, certains vocifèrent à longueur de colonnes sur leurs journaux l’impunité de ceux qui se sont rendus coupables des ravages de la prédation en tous genres, corruption, népotisme, détournement de l’argent public, croyant ainsi rétablir la justice dans son droit. Les plus engagés politiquement, se terrent entre deux suffrages et réapparaissent périodiquement la veille des élections du jour, croyant à leur tour finir par être élus et dispenser la bonne gouvernance. Tous ces valeureux citoyens ont en commun la charge de divertir le peuple, en se croyant vivre dans un pays où ils sont les plus libres de parole. De diversion en diversion s’accumule le poids de l’inconsistance qui fait le bonheur des amis du cinquième mandat et de tous les mandats passés et à venir.

Pourtant nous savons tous que c’est tout le système de pouvoir qu’il faut changer. Un système autoritaire et coercitif, hérité de l’indépendance. Aujourd’hui obsolète. Frappé d’érosion, dont les conséquences sont tragiques pour l’avenir de la Nation. La souveraineté de l’Etat hypothéquée par son aliénation dans le religieux et le militaire, réduisant les institutions à des matrices d’inquisition et de prédation. L’économie tributaire de la rente. Le politique réduit à la rhétorique de ce système et la citoyenneté le reflet de son image.

Ce n’est donc pas en se perdant de diversion en diversion, jusqu’à en faire une fixation sur le cinquième mandat, que l’on parviendra à la neutralisation des Chemsou, des prédateurs, des mandats surréalistes et de tous ceux qui empêchent la modernité d’advenir.

A quoi bon hurler alors en concert que le cinquième mandat c’est le mal du pays personnifié. Faisant croire que si Bouteflika ne sera pas reconduit pour un cinquième mandat l’Algérie entrera dans une ère nouvelle ! Quelle inconsistance, pour ne pas dire hypocrisie.

Pendant ce temps, le système se joue de son monde à lui vendre un cinquième mandat pour le divertir par le sommet et laisser les biens pensants divertir à leur tour le peuple par leur sarcasme et la caricature.

Y.B

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