Déchéance de la nationalité : Mollet, Valls et l'esprit de VIchy.

(Younes Benkirane) Suffit-il de s'indigner de l'état de déliquescence de la vie politique en France, du débat d'idées et du niveau de la pensée ? Suffit-il de s'indigner de ce qu'un gouvernement "de gauche" applique de plus en plus ouvertement des mesures demandées par l'extrême droite ? Où sont les responsabilités ? Est-il possible de continuer à regarder Valls détricoter la France ?

Déchéance de la nationalité : on pourrait me trouver excessif à faire un parallèle avec Vichy. Pourtant, réfléchissons, depuis l’arrivée de Valls au gouvernement, la dérive droitière ne cesse de s’amplifier :

Plusieurs dizaines de milliards d’euros d’aide aux entreprises sans contrepartie, reniement du récépissé pour lutter contre le contrôle au faciès, reniement du droit de vote des étrangers, mise en garde à vue de militants politiques, collusion de la police avec le Betar et la LDJ, gouvernement en rang du Président jusqu’au plus petit ministre pour la fête annuelle du Crif, système fiscal en faveur des plus riches, système judiciaire condamnant les petits délits mais couvrant les parachutes dorés et les évasions fiscales de milliards d’euros, politique guerrière en direction du monde arabe, stigmatisation confirmée des citoyens arabes ou musulmans, couverture des guerres israéliennes et des atteintes répétées au droits humains, machiavélisme pro qatari et pro Arabie saoudite, interdiction –et répression- de manifestations pacifiques, adhésion progressive et de plus en plus assumée aux idées droitières, verrouillage progressif et contrôle des libertés…

Aujourd'hui encore, une bénévole a été condamnée pour "délit de solidarité" avec lesmigrants... ce que la droite n'avait osé faire.

Quant à la démocratie, qui est en état de déliquescence croissante, aucune réforme n’est à ce jour envisagée pour améliorer le débat d’idées et la réflexion. Malgré les avertissements de nombre d’intellectuels. Des mesures qui ne cessent d’insulter les valeurs historiques de la gauche.

On me dira qu’il n’y a là rien que de peu surprenant de la part d’un parti qui renie ses idées et sa philosophie. Et que Vichy est un parallèle à la fois grave et inadéquat car il n'y a pas d'occupation. Je dis que l’étau se resserre. Et qu’il sent mauvais, très mauvais.

Je dis que mon parallèle avec Vichy ne sous-entend pas quelque collaboration avec un pays occupant. Mais qu'il vise une dérive qui fait perdre au peuple son pouvoir sur ses libertés et sa marche vers l'avant. Un recul insidieux qui fait de nous peu à peu un troupeau de moutons auxquels l'on finit par faire croire qu'on ne peut rien contre cette dérive et que, finalement, le FN n'a peut-être pas si tort.

Réfléchissons. Faisons un parallèle. Avec Israël, tiens ! C'est sous les gouvernements de gauche que les politiques droitières ont été le plus appliquées. Cédant peu à peu l'esprit "de gauche" face aux idées de droite. Et la droite a progressé, imparablement. Puis les idées de droite sont devenues de plus en plus dures. Faisant le lit peu à peu de l'extrême droite. Et Israël en est là aujourd'hui, coince dans un chemin dont nul ne sait comment il pourra en revenir.

C'est, selon moi, exactement, le chemin qu'est en train de suivre la France. Le basculement de l'échiquier -non politique.. mais des idées et de la pensée- vers la droite, est à mon sens tout aussi symptomatique. Et dans quelques mois, ou années, on ne saura plus comment il sera possible d'en revenir ! Il est déjà très tard.

Edgar Morin a lui-même parlé voici moins d’un mois, de vichysation croissante des esprits.

Je pense que le PS a définitivement franchi le Rubicon. Et qu’une alternative à gauche doit émerger dans la plus grande urgence. A la manière sans doute d’un Podemos et de l’esprit des indignés. C’est, je crois, aussi l’esprit de Stéphane Hessel dans son « Indignez-vous ».

Mais il y a besoin d’une personne charismatique pour capitaliser toutes les attentes du « peuple de gauche » et fédérer autour d’elle les forces restées plus ou moins honnêtes à gauche, et celles prêtes à scissionner au sein du PS.

Younes BENKIRANE

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