Les jeunes comme instrument de reconquête de la gauche.

Pour faire vivre un semblant d’espoir en interne à défaut de faire vivre de l’espoir chez le peuple, nous nous embourbons encore plus, passant notre temps dans des tractations, dans des faux semblants, entre trop tard et très tôt, le temps passe … la vie passe … le peuple se détourne…

Notre société n’est toujours pas en mesure de produire un grand parti de gauche, dans un monde en perpétuelle mutation, la gauche marocaine n’a pas réussi à proposer un modèle, une vision, un projet pour s’accorder avec les aspirations des citoyens, elle reste empêtrée dans un inextricable méli-mélo de faiblesse politique et organisationnelle dans lequel les analyses superficielles et la dualité du discours ont compromis son devenir.

Après les années cinquante et soixante caractérisées par une lutte héroïque de la gauche en raison de sa proximité avec le pouls de la rue marocaine et l'encadrement des jeunes, peu à peu la marginalisation par le Makhzen, les divisions, la nature de son action clandestine et son discours trop élitiste l’ont isolée du peuple.

Aujourd’hui, la gauche se trouve devant un dilemme : La reconnaissance de sa contribution limitée, en entreprenant ainsi une autocritique et en identifiant les facteurs qui ont paralysé son efficacité, ou le maintient de son discours creux teinté de populisme et déconnecté face aux citoyens et à leurs problèmes.

La première solution est difficile, épuisante, coûteuse électoralement et ingrate, elle requiert une action longue et silencieuse. La deuxième solution est plus facile, et elle permet de rester sous les lumières, qui dissimulent généralement le vide de la pensée et la pauvreté de l'analyse.

Pour redonner du souffle à la gauche, il faut accepter de se remettre en cause et de se poser les vraies questions : Peut-on créer une nouvelle gauche, un nouveau parti avec d’anciens visages ? Peuvent-ils "Les anciens" décider du visage de cette nouvelle gauche à la place de ceux qui vont la faire vivre ? Est-il judicieux de reproduire les mêmes erreurs que par le passé en saupoudrant les mêmes méthodes avec un léger maquillage de modernité ?

Dans un moment où la gauche n'a plus droit à l'erreur, nos anciens reproduisent les mêmes erreurs du passé, se concentrant sur eux-mêmes à défaut de se concentrer sur le peuple, voulant à tout prix laisser une trace certes éphémère voir mortifère mais en laisser une. Reconstruction, fusion, nouvelle gauche, nouveau parti … les mots ne manquent pas pour marquer leur volonté de se rassembler, n’hésitant pas à employer des formules rhétoriques qui travestissent la réalité, mais la réalité du terrain illustre que le chemin à parcourir est encore long.

De mésaventure en mésaventure, nous remarquons de façon claire et limpide que notre maison est friable voir menaçant ruine, mais nous continuons à vouloir rajouter d’autres étages Pensant que cela renforcera la bâtisse tout entière… mais le sens de l’histoire vient pour nous rappeler que c’est l’effondrement qui nous attend.

Pour faire vivre un semblant d’espoir en interne à défaut de faire vivre de l’espoir chez le peuple, nous nous embourbons encore plus, passant notre temps dans des tractations, dans des faux semblants, entre trop tard et très tôt, le temps passe … la vie passe … le peuple se détourne…

Il est on ne peut plus clair qu’il va falloir faire émerger une nouvelle génération de jeunes dirigeants de gauche occupant des postes de premier plan capables de s’adresser aux jeunes car cela aura des implications psychologiques et politiques positives susceptibles de créer les conditions nécessaires à la réconciliation entre le jeune et le politique, sachant qu’une grande partie de la jeunesse marocaine a choisi la gauche comme mode de vie, de réflexion et d'analyse.

Il est évident que les jeunes, s'intéressent à la politique, lorsque la politique s’intéresse à eux. Cette idée résume le sens de l'action politique de la jeunesse marocaine et nous permet de formuler la question suivante: est-il possible de parler de jeunes non politisés qui ne prêtent aucune attention à ce qui se passe autour d'eux et ne manifestent pas le désir de s'engager dans une organisation ou de participer à une bataille électorale? Cette question n’est absolument pas crédible, car les transformations sociales et les mutations culturelles ainsi que les avancées technologiques et leur développement rapide, en particulier dans le domaine de la communication et des réseaux sociaux, ont permis à une grande majorité de jeunes de prendre conscience de la situation politique et de participer aux débats comme force d’opposition et de proposition.

Le grand parti de gauche, c’est celui qui va ouvrir grand ses portes aux citoyens et surtout aux jeunes, c’est celui qui va mettre en place une politique volontariste de recrutement, c’est celui qui va susciter l’envie en adoptant dans ses programmes et ses actions le discours de l’ouverture aux jeunes comme principale action politique, offrant aux jeunes tous les moyens pour leur épanouissement, imaginant sans cesse des dispositifs novateurs pour les encourager à s’impliquer d’avantages dans la vie partisane tout en préservant leur désir d’autonomie et de non-embrigadement.

Youssef CHAOUI

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