Pour ne pas oublier Fukushima, Prenons la Bastille d'iode !

«Prenons la Bastille d'iode», le deuxième rassemblement mensuel antinucléaire en soutien à la population japonaise, aura lieu ce dimanche 11 novembre à la Bastille à 14h, co-organisé par Sortir du nucléaire Paris et Yosomono-net France (le réseau des ressortissants japonais). Il est associé au grand rassemblement organisé par la coalition antinuclaire de Tokyo qui va occuper les quatiers de ministère et du Parlement, ainsi qu'à des actions à Londres, à Berlin, à Berne et à Florence.

«Prenons la Bastille d'iode», le deuxième rassemblement mensuel antinucléaire en soutien à la population japonaise, aura lieu ce dimanche 11 novembre à la Bastille à 14h, co-organisé par Sortir du nucléaire Paris et Yosomono-net France (le réseau des ressortissants japonais). Il est associé au grand rassemblement organisé par la coalition antinuclaire de Tokyo qui va occuper les quatiers de ministère et du Parlement, ainsi qu'à des actions à Londres, à Berlin, à Berne et à Florence. Notre action en Europe est retransmise en direct sur internet par un média indépendant japonais, IWJ. A Paris, plusieurs interventions auront lieu ainsi que des animations originales : la danse des femmes de Fukushima, kansho odori (que nous avons déjà présenté le 13 octobre lors de notre premier rassemblement), les chants de l'archipel d'Okinawa, l'encerclement de la maquette du Parlement japonais etc. 

Je vais vous présenter mon intervention ici.

"La politique du gouvernement japonais à rebours de l'opionion majoritaire" (2)

Aujourd'hui, ce sont plus de 100 actions qui ont eu lieu un peu partout au Japon pour réclamer l'arrêt du nucléaire, avec un rassemblement gigantesque à Tokyo, à la fois autour du Parlement, de plusieurs ministères et du siège de TEPCO.

Le réseau international de ressortissants japonais, Yosomono-net, organise des actions de soutien à ces mobilisations à Londres, à Berlin, à Berne, à Florence et à Paris. Pour nous, ici, c'est le deuxième rassemblement mensuel co-organisé par Sortir du nucléaire Paris et Yosomono-net France.

Mon intervention porte encore une fois sur "la politique du gouvernement japonais à rebours de l'opinion majoritaire", car cette situation scandaleuse et anti-démocratique perdure alors que la catastrophe de Fukushima est toujours en cours : plus de 160 000 réfugiés de la région de Fukushima sont toujours sans espoir de retour chez eux, et la population est confrontée au problème de la contamination radioactive des aliments, et craint des conséquences sanitaires graves, notamment pour les enfants.

L'immense majorité, plus de 80% de la population japonaise réclame le "nucléaire zéro", en multipliant des manifestations qui dépassent parfois 100 000 personnes. Voir descendre dans la rue des femmes et des hommes "ordinaires", et constater que cela se répète toutes les semaines, notamment devant le Cabinet du Premier ministre, c'est un événement absolument inédit au Japon. Et je ne comprends pas ou, plutôt, je ne comprends que trop, pourquoi les politiques ainsi que les grands médias, notamment la télé et la presse étrangère continuent de faire la sourde oreille à ce phénomène de société.

Actuellement, il n'y a que deux réacteurs en activité au Japon, ceux de la centrale d'Ooi dans la préfecture de Fukui. Et il n'y a pas de pénurie d'électricité. Même si cela coûte économiquement d'importer plus de combustibles fossiles, la population préfère éviter un autre accident nucléaire en demandant l’arrêt de cette centrale et en s'opposant au redémarrage de toutes les autres. Car, début novembre, un sismologue respecté a conclu, après une enquête sur place, à la probabilité très forte de l'existence de failles actives sous la centrale de Ooi, comme d'ailleurs sous d'autres centrales au Japon.

Or, l'autorité de régulation nucléaire (NRA), le nouvel organisme de sûreté mis en place par le gouvernement mi-septembre, a ordonné une nouvelle enquête. Les membres de cet organisme ont été nommé par le gouvernement sans aucune discussion au Parlement, et en dépit de la protestation de l'opinion publique, alarmée en apprenant que sur ses 5 membres 4 sont des pro-nucléaires notoires.

Cet organisme a pondu fin octobre "les nouvelles directives des mesures d'urgence en cas d'accident nucléaire", immédiatement critiquées par les associations et les collectivités locales, parce qu'elles sont basées sur le même schéma d'évacuation de cercle concentrique et ne mentionne aucune mesure concrète comme la distribution de pastille d'iode. Bref, pratiquement aucune leçon de l'expérience de Fukushima n'a été intégrée dans ces directives. De plus, la carte de simulation constituant la base de ces directives, établie par une structure dépendante de l'Autorité de régulation (JNES), comportait plusieurs erreurs qui ont été immédiatement repérées. Cette structure va d'ailleurs présenter un plan de démarrage d'essai du surgénérateur Monju, en contradiction avec l’annonce du "nucléaire zéro à l'horizon 2040" faite par le gouvernement en septembre.

Un autre scandale a éclaté récemment : sur les cinq experts que comprenait la cellule qui détermine les nouveaux critères de sûreté des réacteurs, dépendante de la même NRA (autorité de régulation) quatre ont reçu de l'argent des industries nucléaires (le constructeur Mitsubishi Jûkô entre autres). Par ailleurs, le gouvernement japonais qui va accueillir le Premier ministre indien du 15 au 18 novembre projette de négocier un accord de collaboration pour l'industrie nucléaire.

Tout cela démontre qu’au coeur des centres de décision, personne n'a renoncé à la poursuite du nucléaire. L'autre versant de la politique des autorités japonaises est le déni des conséquences sanitaires de la contamination radioactive dont parlera ensuite Haruko Boaglio, mais je tiens à vous signaler le résultat de l'enquête de Greenpeace concernant des mesures de radioactivité effectuée dans la préfecture de Fukushima. Elle a eu lieu à la mi-octobre dans 410 emplacements de la ville de Fukushima ainsi qu’à IItaté-mura. Ils ont découvert que leurs appareils de mesure affichaient un niveau de radioactivité bien supérieur à celui des moniteurs de mesure installés par les autorités. Il semblerait que les emplacements officiels aient été préalablement décontaminés pour que le moniteur affiche une valeur inférieure à la réalité. Suite aux critiques, le Ministère de l'éducation et des sciences a répondu que 675 moniteurs de mesure affichaient une valeur de radioactivité 10% inférieure, à cause de la batterie qui empêchait une partie des rayonnements ionisants d'atteindre l'appareil. Or, Greenpeace a constaté des cas plus graves ou les chiffres officiels étaient jusqu'à 4 à 5 fois inférieur à leurs mesures. Voici un exemple parmi d'autres de l'attitude des autorités japonaises qui continuent à minimiser ou à camoufler la contamination radioactive en cours.

J'ajoute également un énième mensonge de TEPCO sur les travailleurs intervenant sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi. Chaque jour, 3 000 travailleurs continuent d'intervenir sur le site dans des conditions extrêmement difficiles où le manque de contrôles sur la radioprotection est criant. TEPCO prétendait que 24 000 personnes étaient inscrites sur la liste des intervenants pour assurer le "turn-over"(la rotation). Or, on a découvert que 16 000 personnes étaient déjà rayées de cette liste, soit qu’elles avaient déjà atteint la dose autorisée, soit qu’elles étaient parties à cause des conditions de travail trop dures ou inacceptables. Comment TEPCO pourra-t-il mener à bien les diverses interventions nécessaires qui vont durer au moins 30 ou 40 ans?

La liste de ces mensonges serait trop longue à citer, chaque jour apporte un nouveau fait ou une nouvelle révélation de la mascarade organisée autour de la catastrophe de Fukushima. Or, la presse internationale n'en parle pratiquement plus, les dirigeants ont entériné le fait accompli de la mise en danger de la population par une oligarchie politico-économique. Et les habitants de Fukushima se sentent de plus en plus abandonnés. Comme l'a fait remarquer le jeune Japonais venu à Paris pour le rassemblement du 13 octobre dernier, si l'on accepte ce qui se passe à Fukushima et au Japon maintenant, le sort des habitants de Fukushima sera le nôtre en cas d'accident grave en France. Soyons vigilants et restons informés pour soutenir celles et ceux qui luttent et souffrent là-bas.

Prenons la Bastille d'iode pour une révolution énergétique ! Et allons encercler le Parlement japonais à l'instar de nos amis japonais !

 

Yûki Takahata  le 11 novembre 2012

 

 

 

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