Pourquoi nous allons continuer à porter la France Insoumise au cœur du débat

Précisons d'abord: quel "nous" parle ici? Pas celui d'un parti, d'une organisation, ou d'une abstraction. Ce "nous" est celui d'un processus dynamique, celui d'un mouvement s'instituant en peuple, et de son élan pour s'incarner dans une Constituante, lequel est porté par "une révolution des esprits qui dépasse le régime existant".

Précisons d'abord: quel "nous" parle ici? Pas celui d'un parti, d'une organisation, ou d'une abstraction. Ce "nous" est celui d'un processus dynamique, celui d'un mouvement s'instituant en peuple, et de son élan pour s'incarner dans une Constituante, lequel est porté par "une révolution des esprits qui dépasse le régime existant". Voilà une formule qui dit assez justement la situation. Elle est reprise à un ministre du tsar en 1907, que Nicolas Werth, qui la cite dans son dernier ouvrage consacré aux révolutions russes de 1917, complète ainsi : "L'autocratie, désormais honnie par une partie de l'opinion, avait cessé d'être la seule référence et le seul horizon politique dans un pays véritablement éveillé à la vie politique."

On me pardonnera, je l'espère, d'avoir choisi pour ma démonstration de prendre appui de façon totalement arbitraire sur un blog de Mediapart (en l'occurence celui de Dominique Vidal) sélectionné un peu au hasard parmi beaucoup d'autres opinions semblablement interchangeables. Notons, cependant, qu'un prêche alarmiste aux coloratures de Cassandre semble valoir autorisation pour exprimer une agressivité décomplexée à l'égard de J-LM.

L'image du leader de la France Insoumise n'est globalement pas bonne chez beaucoup de personnes redoutant comme moi les dérives vers le pouvoir personnel. Mais doit-on craindre de revendiquer la part subjective de toute parole ? Je ne le pense pas, et c'est la raison pour laquelle je reconnais volontiers nourrir à son égard plus que des réserves, notamment sur sa vision de la politique internationale, et sur sa matrice idéologique presqu'exclusivement centrée sur la Révolution française (mais après tout c'est aussi une façon de rester fidèle à la tradition socialiste qui reconnaît la République française, dans la lignée de Jaurès), sans parler de la question du nucléaire militaire. (Aveu fait hors de toute affiliation militante particulière).

Cependant, je suis bien forcé de le constater, comme lors de la Marche du 18 mars dernier - où l'opportunité de discuter avec énormément de monde (dont un très grand nombre de jeunes) s'est offerte à moi -, un élément totalement nouveau est apparu au fil du temps, qui est maintenant nettement discernable dans les réunions comme sur les pages persos que l'on voit fleurir sur le net (un exemple ICI parmi bien d'autres).

Quel nom donner à cela? La politique. Oui, ce à quoi on assiste, c'est bien au réenclenchement d'un désir profond de politique s'exprimant à travers la réappropriation personnelle d'une réflexion qui prend pour objet une société dans sa globalité, l'ayant jugée bloquée par la corruption, les injustices, et les violences de tous ordres.

C'est avec une certaine stupéfaction, je dois le confesser, que j'ai fini par découvrir ce qui enchantait à ce point la France Insoumise dans la figure du tribun de J-L M. Beaucoup entendent dans ce qu'il dit: "Je prends ma part en vous aidant à identifier les problèmes, mais une fois élu président je ne serai pas, je ne pourrai pas être, à moi tout seul, la solution. La solution viendra de vous et seulement de vous." Voilà pourquoi, au-delà de l'ego d'un homme politique au parcours déjà bien rempli, je vois d'abord un mouvement qui prend conscience de sa force au fur et à mesure qu'il sent s'élargir au cœur de la société un passage susceptible de rendre enfin possible, et enthousiasmante, une pensée politique autonome, une pensée pour soi-même. Et de gauche. Véritablement de gauche.

Pour soi-même, mais encore? Disons à l'avantage de qui découvre qu'en empruntant la voie d'une éthique forte, grâce à la brèche ouverte par J-L M dans le vieux mur de fatalité où nous nous sentions condamnés à répéter jusqu'à la nausée les éternelles lamentations de l'impuissance, une liberté nouvelle se fabrique: celle retrouvée du citoyen qui ressent l'envie d'agir avec d'autres pour qu'un monde meilleur soit possible.

Et, il est précieux ce sentiment, car c'est celui qui nous fait dénoncer la prétention de quiconque à vouloir bricoler pour nous un avenir désirable.

Voilà qui nous fait entrer dans le corps du déni, si on peut dire. Car, sous la "moraline" qu'exprime tout au long de son blog, Dominique Vidal, il y a l'horrible goût de la peur. De la peur qui aveugle et paralyse l'intelligence. Parce qu'enfin, ces cinquante premières lignes fortement anxiogènes, de quoi sont-elles le nom? De Benoît Hamon. Lequel possèderait aujourd'hui assez de légitimité pour rassembler sous sa bannière, PS, Verts et FG. Une unité à solder, comme il se doit, par des compromis sur le modèle des accords électoraux signés entre le PS, les Radicaux et le PCF dans les années 1970, "avec des résultats qui méritent évidemment un autre débat" (dixit l'auteur).

Il est étrange qu'un collaborateur du Monde Diplomatique, puisqu'ainsi il se présente, n'ait pas intégré cette vérité simple, et évidente pour l'écrasante majorité d'électrices et d'électeurs qui vont s'exprimer, ou pas, lors du scrutin pour la présidentielle, puis pour les législatives qui suivront: la "force intranquille" représentée par monsieur Hamon, et qui porte le nom de Parti Socialiste, est à ce jour, et pour un bon moment, TOTALEMENT INCAPABLE DE REMPORTER LA MOINDRE ÉLECTION, car irrémédiablement discréditée, et pour ne pas dire honnie par une part majoritaire de ce qui constitua, dans les années soixante-dix, l'électorat qui a porté la gauche aux responsabilités. Que ça plaise ou non, et ce n'est certainement pas par la faute de Mélenchon, cette époque est révolue. Ce qui revient à dire que le PS ne peut pas être la solution, étant lui-même le problème.

Retournons alors la balle à l'envoyeur en modifiant légèrement son paragraphe initial : "J’avoue ne pas bien comprendre si monsieur Vidal nie cette évidence par conviction – parce qu’il n’y croit vraiment pas – ou par tactique: l’admettre détruirait, il est vrai, d’autant la pression en faveur de l’unité à tout prix. Dans le premier cas, j’y vois une preuve d’aveuglement politique ; dans le second, une faute morale."

Allons encore un peu plus loin et désignons cette faute politique pour ce qu'elle serait: un véritable aveuglement moral. Car, qui ne voit pas qu'avec ce "reniement" de deux pas en arrière, et par son inévitable cortège de négociations d'appareils, de conciliabules préparatoires à l'établissement de listes communes, forcément communes, pour les législatives à suivre, où se cotoieraient dans de savants dosages les irréductibles ennemis d'hier, la sanction, l'ultime sanction, serait le plongeon à l'abîme.

Non, monsieur Vidal, on ne peut plus sauver le soldat PS. Il y a maintenant plus urgent à faire: avec tenacité, avec courage, avec lucidité, et une lente impatience, il faut reconstruire les fondements d'une gauche vraiment de gauche.

(NOTE : Ce texte n'a pas été directement écrit par moi, il s'est élaboré de lui-même dans le cours d'une discussion entre amis. Je le fais mien, avec l'accord de tous, le temps d'un partage sur ce blog.)

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