Le 7 mai, soyons calmement, joyeusement, résolument des Publius Horatius!

Gens du bonheur, à la lutte! Retrouvons notre force joyeuse du 18 mars dernier. Partageons à nouveau cette intelligence stratège qui nous avait tant réunis ce jour-là. Réarmons notre volonté citoyenne pour se choisir un destin et inverser le triste cycle des défaites et des résignations subies.

 

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 Gens du bonheur, à la lutte!

Retrouvons notre force joyeuse du 18 mars dernier. Partageons à nouveau cette intelligence stratège qui nous avait tant réunis ce jour-là. Réarmons notre volonté citoyenne pour se choisir un destin et inverser le triste cycle des défaites et des résignations subies. Nous ne sommes pas seul(e)s, ni vaincu(e)s, les nombreux acteurs de terrain qui se sont regroupés au mois de mars, à plus de 80 associations, pour un "Appel des Solidarités", nous le disent.

Répondons-leur : Présent!, et courons, sans attendre, préparer les combats qui sont devant nous.

Car, lorsqu'on entend le délégué syndical CFDT de Whirlpool déclarer son intention de voter Le Pen au second tour de la présidentielle, il y a urgence. Urgence à ne surtout pas se lamenter ni se tromper de diagnostic. Urgence à savoir comment riposter. Et ne pas se contenter d'un sourire amer en entendant Hollande évoquer "ce vent mauvais" qui souffle avec souffrance et colère dans des voiles tissées aux fils multiples de ses trahisons.

Commençons déjà par mettre fin à notre interminable ping-pong délétère entre les partisans dégoutés du ni-ni et les castors déprimés du "barragisme" utilitaire. Et puis, changeons de regard. Au lieu de s'interroger à partir du lieu supposé d'un échec, questionnons autrement la réalité. Prenons le point de vue du lutteur pour qui le bonheur est le sang de la lutte.

Bonheur de revivre à soi-même avec d'autres. Bonheur de partager dans la bienveillance, et une intelligence attentive, des objectifs qui nous rendront plus forts pour construire notre avenir en commun.

Si nous ne décidons pas rapidement du moyen le plus efficace de relancer la lutte, Le Pen et Macron, on le constate déjà, vont former un couple à l'image de ces automates qu'un même mécanisme faisait danser ensemble pour le divertissement des salons aristocratiques du faubourg Saint-Germain dans le Paris du XVIII ème siècle. Il s'agit maintenant de trouver comment en disloquer la mécanique.

Demandons-nous alors : à la défaite de qui nous aurions le plus à gagner?, plutôt que de s'interroger pour savoir à la victoire de qui nous aurions le moins à perdre.

Une défaite de Le Pen nous offrirait déjà ce premier avantage de la voir livrée à la Justice sitôt la campagne terminée. Mais également ceci: nous ne serions pas contraints de combattre sur un terrain politique exclusivement choisi par le FN, dont les thèmes se sont infiltrés comme une mélasse sous les portes des partis, à droite comme au PS.

S'ajoute à cela que la non mise à disposition des leviers du pouvoir constituerait pour elle un indéniable recul fragilisant ses ambitions personnelles de remise en ordre de son parti. Ce serait pour nous, au contraire, une occasion appréciable d'éviter un rétrécissement drastique du champ politique autour de la seule extrême-droite, ce qui pourrait comporter le désagrément de redonner à nouveau de l'oxygène à la droite "socialiste" au prétexte d'une "union anti-fasciste" dont, par le passé, Cambadélis a su habilement faire ses délices.

Et l'on ne verrait pas, de même, la droite estrosiste vouloir se faire décerner indûment des brevets de "vertu républicaine".

Ce que nous gagnons avec cette défaite du FN est extrêmement précieux : c'est de ne pas voir les urgences écologiques et sociales disparaître dans la plus grande confusion au profit d'un combat exclusivement aimanté par les entraves contre la Justice, l'impunité policière, l'interdiction du burkini, du voile, le halal à supprimer, les centres du planning familial à fermer, la culture dite "de gauche" à museler, l'identitaire national à imposer, l'Histoire à réviser, les milices municipales à armer, l'insécurité "basanée" à éradiquer, le linge aux fenêtres à retirer, les crèches de Noël à placer dans les mairies, et toute la litanie du "terrorisme migratoire", des banlieues "délinquantes", et on en passe et des meilleures.

Autant de ferments de haine potentiellement dangereux. Et pour nous, qui ne serions plus le maître des horloges, que d'énergie gaspillée en vain à tenter de se dépêtrer de cette tunique de Nessus mortifère!

Disons-le : la défaite de Le Pen en nous épargnant tout cela offrirait plus encore. Son affaiblissement serait préjudiciable à la capacité de mobilisation des troupes FN pour les législatives qui suivront. Nous aurions alors un champ politique apte à mieux capter nos thèmes, ceux qui ont été travaillés et diffusés tout au long de l'année 2016 et du début 2017. Car, ce sont eux qui ont contribué au spectaculaire surgissement de la France Insoumise à la présidentielle. Comme un chirurgien avec son champ opératoire, notre combat ne se verrait pas pollué par des polémiques sans lendemain; nos adversaires de droite et de la Macronie jouyeto-centriste montreraient vite leurs convergences sur les questions économiques et sociales. Le PS, ou ce qu'il en restera, se retrouverait, quant à lui, asphyxié, et au bord de connaître une de ses pires déroutes. Conséquence logique de la victoire à la Pyrrhus d'Hamon lors de la primaire PS qui lui a ouvert un boulevard pour l'enfer.

La défaite souhaitable est donc d'abord celle de l'ogresse diabolique, suivie de celle de Macron, entreprise dans la foulée selon la tactique employée par Publius Horatius lorsqu'il eut à affronter les trois Curiaces : il les tua l'un après l'autre.

Le 7 mai, soyons calmement, joyeusement, résolument des Publius Horatius!

(NOTE : Ce texte n'a pas été directement écrit par moi, il s'est élaboré dans le cours d'une discussion entre ami(e)s. J'ai eu leur accord pour le faire mien le temps d'un partage sur ce blog.)

 

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